Plus d'informations sur www.tokitsu.com

Etude sur les maîtres du sabre japonais - Bokuden-5
[4/5] Bokuden et le seigneur Kitabataké Tomonori

L'inquiétude de Bokuden se réalise treize ans après leur séparation. En 1566, Matsunaga Hisahidé, un des vassaux de Shogun, l'attaque traîtreusement dans la nuit. Cette nuit là, Yoshiteru n'a qu'une quarantaine de vassaux pour garder sa demeure et, lorsqu'il s'aperçoit de l'attaque, sa demeure est déjà entourée d'ennemis dix fois plus nombreux armés de fusils et d'arcs. En voyant la situation, il comprend tout de suite qu'il n'y a aucune issue possible.

Il se dit : « Je mourrai en me battant dignement comme un chef de bushi, le Shogun Ashikaga. »  et dit à haute voix à ses gardes : « Venez vous battre, seulement ceux qui veulent mourir avec moi ! Montrons comment de véritables bushi se battent ! ». Sur ce, les gardes sourient bravement et poussent des cris vaillants. L'un deux apporte un arc : « Le Seigneur prendra-t-il un arc ? »  Yoshiteru répond : « Les flèches sont limitées, vous les tirez. Je me bat en sabre. ».  Les vassaux tirent les flèches et Yoshiteru pourfend les ennemis qui franchissent le mur entre les flèches. Mais, bientôt, ses vassaux tombent un à un en recevant des balles ou des flèches. Le kimono de Yoshiteru est imbibé du sang qui jaillit du corps des ennemis qu'il pourfend et il est blessé aussi à l'épaule gauche par une flèche. Il use plusieurs sabres, ceux-ci deviennent tous comme des scies. Et, lorsqu'il juge qu'il n'a plus de possibilité de se battre, il jette dans le jardin de l'or et des objets précieux. Pendant que les soldats d'ennemis y sont attirés, il met le feu à des portes coulissantes en papiers qui brûlent immédiatement avec de grandes flammes et la maison prend feu rapidement.

Un des documents relate : le Shogun Yoshiteru, entouré de feu, se donna la mort en se décapitant de lui-même avec un sabre court. Aucun Shogun dans l'histoire ne s'est battu et n'est mort en luttant comme Yoshiteru.

Un autre relate : les soldats ennemis entourent le Shogun Yoshiteru en prenant les portes en bois comme bouclier et ils réussissent à l'immobiliser, puis de nombreuses portes s'abattent sur le corps du Shogun. Son corps est transpercé par des lances.

Nous ne savons pas quelle version est la plus fidèle à la réalité mais il est certain qu'un des héritiers de l'art de Bokuden a disparu en se battant jusqu'au dernier moment.

L'unique transmission de Hitotsu no tachi.

En 1553, après avoir quitté Kyoto, Bokuden s'arrête à Isé. Il avait déjà reçu à Kyoto une invitation cordiale de la part d'un seigneur de cette localité, nommé Kitabataké Tomonori. Celui-ci est un grand seigneur féodal, renommé aussi comme adepte de sabre. A cette époque, un seigneur doit savoir se battre et certains d'entre eux atteignent un niveau considérable. Tandis qu'à l'époque Edo, un seigneur qui sait se battre devient plus en plus rare.

Le lendemain de la réception, Kitabataké vient saluer Bokuden et dit:

« Veuillez me faire la faveur de me donner une leçon du sabre ? »

Cette demande est normale de la part d'un adepte renommé comme Kitabataké et Bokuden l'accepte naturellement.

Immédiatement après s'être mis en face de lui avec un bokken, Bokuden trouve que le niveau de Kitabataké est loin d'être ordinaire car il ressent la fraîcheur du « ki » dégagé par sabre (ken ki) de Kitabataké. Il ne s'attendait pas à une aussi grande capacité en sabre de la part d'un seigneur. Kitabataké prend son bokken au-dessus de son épaule droite, Bokuden remue son sabre en l'ajustant au dégagement du « ki » du sabre de son adversaire. Au moment où Kitabataké lance une attaque du haut en bas, un bruit sec résonne et son sabre tombe à terre. Kitabataké ne peut comprendre ce qui s'est passé, il ressent une douleur au poignet. Il sait seulement que Bokuden a frôlé avec une précision inouïe son poignet immédiatement après avoir arraché le bokken de ses mains par un seul coup formidable. Il a compris tout de suite qu'il existe une grande différence de niveau entre lui et Bokuden. Il s'agenouille devant Bokuden et dit en baissant la tête jusqu'à terre : « Je vous remercie de cette leçon. ». Puis, en relevant sa tête, il continue : « Je désire que le maître me fasse la faveur de m'instruire en demeurant un moment dans mon humble domaine. »


Copyright © 2002-2007 Tokitsu-Ryu. Tous droits réservés.