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Etude de la logique du corps, l'exemple des arts martiaux japonais
Les kata, séquences gestuelles codifiées, jouent un rôle essentiel dans la transmission et l'étude des arts japonais. Dans ces systèmes de signes transmis par le geste, il s'agit d'émettre et de recevoir des significations portées par le corps. Il s'agit aussi de communiquer une signification particulière à des personnes choisies en la dissimulant aux yeux des autres. Le décryptage de ce système est plus complexe qu'il ne paraît au premier abord. En effet, le risque est grand de prendre en compte la forme des gestes, sans en comprendre le sens, sans saisir les principes sur lesquels repose la dynamique. Ceci d'autant plus que ces éléments n'ont pas été explicités et sont souvent occultés dans les modes contemporains d'exécution de la gestuelle.
L'étude pratique et théorique de l'art du sabre classique et la comparaison avec les danses japonaises m'ont conduit à l'hypothèse que les arts corporels dont nous pouvons remonter la tradition relevaient de principes gestuels différents de ceux qui sont pour nous évidents.
La culture japonaise est fortement marquée par la présence du corps et, dans le domaine artistique, le corps a souvent le rôle principal. La langue écrite reste et le corps disparaît en laissant les kata. Une étude fondée seulement sur l'écrit peut recouvrir de graves lacunes. Pour les hommes de l'époque Edo, la mort était bien plus concrète et ancrée dans la réalité des gestes quotidiens qu'elle ne l'est pour nous. Comment apprécier Ihara Saikaku ou Chikamatsu Monzaemon, si nous en restons aux valeurs contemporaines, si le corps reste une abstraction dans la mort décrite ? Le risque est d'avoir une vision édulcorée et idéalisée de la culture des guerriers faute d'approfondir ce qu'étaient pour eux le corps et la présence physique de la mort, éléments nodaux de leurs préoccupations.
« Si vous voulez aller vers l'ultime niveau du sabre, dégainez le sabre chaque matin en mettant la lame devant votre visage et méditez sur le fait que c'est avec cela que l'adversaire va vous attaquer » (Matsuura Seizan, 1810). Cette phrase concrétise la façon dont les guerriers recevaient une éducation à la mort, ce qu'exprime aussi le Hagakure : « La voie du guerrier est celle de la mort ». Elle montre aussi à quel point la mort était un poids lourd à supporter pour les guerriers. Il serait faux de dire qu'ils n'ont pas eu peur. Nous trouvons partout les traces d'une lutte pour se libérer de la peur de la mort en affrontant cette peur. La pratique traditionnelle de l'art du sabre le montre concrètement : lorsqu'on arrive à surmonter la crainte de la mort, l'essentiel de l'art du sabre est atteint.