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Arts martiaux : dictionnaire de la civilisation japonaise
[5/8] Naginata et jukendo, aïkido

« Naginata » et « jukendo »

Intermédiaire entre la lance et le sabre, le naginata est composé d'une grande lame fixée au bout d'un long manche. Cette arme jouait un rôle majeur sur les champs de bataille à l'époque des guerres féodales. Aujourd'hui, l'entraînement au naginata se pratique, comme le kendo, avec une armure et une arme faite de bambou. Il est à noter que la plupart des adeptes sont aujourd'hui de sexe féminin, perpétuant la tradition de l'époque d'Edo, où les femmes pratiquaient souvent le naginata avec une arme de taille réduite - celle qu'on utilise aujourd'hui - afin de pouvoir s'en servir dans leur maison pour l'autodéfense.

Le jukendo, l'art du combat avec la baïonnette au fusil, est directement lié à la pratique militaire du début du XXe siècle. C'est une application des techniques du kendo, du naginata et de la lance.

L'« aïkido »

Cette discipline (littéralement : la « voie de l'union de l'énergie vitale ») provient elle aussi du jujutsu. Son fondateur, Ueshiba Morihei (1883-1969), commence à l'étudier à l'âge de dix-huit ans dans l'école Tenshin shin.yo-ryu, à laquelle a appartenu Kano Jigoro. En 1915, il devient l'élève d'un maître de jujutsu, Takeda Sokaku (1860-1943), dont l'école, Daito-ryu aiki-jujutsu, compte près de trois mille techniques créées, dit-on, à partir de l'art du sabre. Quatre ans plus tard, il devient adepte d'une nouvelle secte shinto, l'Omoto-kyo, et accompagne en 1923 son dirigeant, Deguchi Wanisaburo, qui part en Mongolie après une vision religieuse qui lui ordonne d'y construire un pays des dieux. Ce projet échouant, ils retournent au Japon, où Ueshiba enseigne à Tokyo le jujutsu de l'école Daito-ryu. C'est à partir de 1944 qu'il utilise le nom de Tenshin aïkido, qui devient officiellement, en l'aïkido, à l'occasion de la fondation de l'association Aikikai. Cette discipline est donc, d'une part, l'héritière des techniques de l'école Daito-ryu jujutsu, et, de l'autre, porte la marque de la mystique secte Omoto-kyo. Nombre d'anecdotes relatent les capacités exceptionnelles dont Ueshiba faisait montre grâce à la maîtrise qu'il avait acquise sur son corps et son énergie (ki).

Bien que ses paroles soient souvent obscures en raison de leurs connotations religieuses, il est clair que l'idéal qu'il vise est un dépassement du combat et de lieu de se heurter à l'attaque de l'adversaire, on la réduit à néant grâce à la puissance de l'énergie cosmique (ki). L'adversaire est ainsi dominé sans combat. Dans la pratique, il faut donc maîtriser la volonté d'attaque que manifeste l'adversaire avant de passer à l'acte. C'est ainsi que le combat peut se terminer sans affrontement. Les techniques principales sont la projection, l'immobilisation avec torsion du poignet ou du coude, et les clés. Elles peuvent aussi être utilisées face à un adversaire muni d'un sabre ou d'un bâton.

Ce que vise fondamentalement l'aïkido correspond à l'idéal de toutes les formes de bue. Mais les adeptes des autres disciplines lui reprochent d'avoir laissé se creuser au fil du temps un décalage entre son idéal et pratique de aïkido s'effectue en principe sous des formes conventionnelles, sans exercices libres comparables au randori du judo. L'anticipation réciproque de la réaction de l'autre joue un grand rôle dans les formes codifiées et permet des projections très spectaculaires, les adversaires s'entraidant dans la réalisation des techniques. Les critiques faites à l'aïkido portent donc essentiellement sur le fait que c'est en harmonie que l'on s'exerce en aïkido, tandis qu'un combat effectif se déroule fondamentalement en opposition. La plupart des techniques de l'aïkido ne sont pas réalisables en situation réelle de combat, puisque, alors, les adversaires ne s'harmonisent pas l'un à l'autre. C'est pourquoi un groupe minoritaire tente d'élaborer une forme de combat libre qu'on appelle aiki-randori-ho et de l'appliquer en compétition.

Quoi qu'il en soit, il est clair que l'aïkido met en pratique l'idéal du judo : « La souplesse domine la dureté, le petit peut vaincre le grand. » Il conserve des techniques qui, essentielles dans le judo à ses débuts, furent négligées à force de mettre l'accent sur la compétition : saisie et torsion des articulations, techniques codifiées (kata) et application face à différentes armes (sabre, bâton ou couteau). Comparativement au judo, dont les adeptes sont en moyenne jeunes, on compte en aïkido un grand nombre d'adeptes âgés. Et si un certain nombre d'adeptes du judo vont, en vieillissant, vers l'aïkido, l'inverse est rare. Issu du même fond, le judo est devenu de plus en plus sportif et physique, tandis que l'aïkido, qui nécessite moins de force physique, privilégie l'énergie cosmique et vitale, qui ouvre à un certain mysticisme. En un sens, les deux disciplines sont aujourd'hui complémentaires.


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