Le « kyudo »
Le kyudo (« voie du tir à l'arc ») est sans doute, parmi les disciplines du budo, celle qui requiert le plus de maîtrise mentale. La force physique y est certes importante mais l'élément essentiel est l'obtention d'une harmonie parfaite entre le corps et l'esprit. Cela tient à la forme de l'arc, d'une longueur de 2,30 m, et à la façon de tirer. Au moment du tir, la flèche repose sur le pouce de la main qui le tient. L'archer tire la corde très en arrière, au point de se trouver sur un plan presque perpendiculaire par rapport à l'ensemble de l'arc tendu. Il est donc impossible, dans cette position, de viser la cible par un simple ajustement linéaire, à la manière du fusil ou de l'arc européen. L'archer ne vise pas seulement avec ses yeux, mais par l'ensemble de sa posture, ce qui nécessite une parfaite concentration, d'où l'importance de la respiration. Au cours de son apprentissage, l'archer apprend très tôt à renoncer aux techniques fondées sur le calcul car il est impossible d'être attentif à tout son corps d'une manière calculée, le moindre trouble d'une partie du corps se répercutant sur la flèche. L'archer doit percevoir son propre corps, l'arc qu'il tend, la flèche qu'il tire et la cible qu'il vise comme une totalité indivisible.
Le tir se présente comme une cérémonie aux rythmes lents : l'archer se recueille d'abord en position assise, puis se lève et marche jusqu'à l'emplacement du tir ; il saisit l'arc et les flèches d'une façon codifiée, se met lentement en posture de tir, tend son arc et tire. Il range ensuite, toujours aussi calmement, son arc. Cet ensemble de séquences gestuelles à l'aspect cérémoniel traduit la volonté d'obtenir une parfaite maîtrise de soi, le fait d'atteindre la cible devenant secondaire, car il n'est que le résultat de la symbiose que réalise l'archer. Cette quête de l'éveil par la parfaite vacuité de la pensée est proche de la méditation, à la différence près que l'archer n'est pas plongé dans la contemplation mais dans l'action. Par sa haute spiritualité, le kyudo se distingue fondamentalement des autres disciplines martiales.
Document d'archive écrit en 1994
par Kenji Tokitsu - publié dans le dictionnaire de la civilisation japonaise - Hazan