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Articles de K. Tokitsu
    La voie de l'arc
        La voie de l'arc


Unité du corps et de l'esprit par la pratique des arts martiaux

Pour le pratiquant d'arts martiaux que je suis, la recherche de l'unité du corps et de l'esprit représente quelque chose d'essentiel et de primordial. Cette unité du corps et de l'esprit, loin d'être un résultat tangible, ne peut être qu'une quête permanente, faite d'exigences, d'efforts et de sueur.


Une telle recherche présuppose des connaissances théoriques de la cosmogonie extrême-orientale, mais demande également une expérience concrète et vécue de la pratique des arts martiaux. La pratique des arts martiaux, qui englobe diverses disciplines et techniques de combat, soit à mains nues, soit avec armes, a une influence décisive sur le pratiquant sous trois aspects (le corps, l'esprit et la technique), quelque soit la discipline suivie. Parallèlement, cette pratique, dans laquelle la respiration joue un rôle essentiel, permet de développer l'énergie qui est propre à chaque individu. Nous tenterons donc de voir comment se réalise cette unité du corps et de l'esprit à travers la voie de l'arc ou la cible non-cible : la pratique du Kyudo.
Celle-ci est la discipline la. plus élevée dans la hiérarchie des Budo, c'est-à-dire les voies de l'harmonie par les 18 arts de combat, que devait maîtriser autrefois le Samouraï. C'est également la discipline la plus imprégnée de la méditation Zen comme l'a montré le philosophe Karl Herrigel dans son livre devenu classique « Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc » ; ce livre a démontré de façon remarquable les liens étroits qui unissent le Zen et le Kyudo, du fait, entre autre, que ce dernier est une discipline du non-but et que le Zen est une ascèse qui tend vers l'Unité esprit-corps par la pratique d'une posture rigoureuse, fondée sur une philosophie de non-vouloir, de non-agir (équivalent au « Wou Wei » de non-ego).

 

Les huit phases (Hassetsu) du Kyudo sont les suivantes :

  • ASHIBUMI : l'enracinement des pieds (ou mise en position correcte des pieds)
  • DOZOKURI : l'affermissement de la posture (ou mise en place du tronc)
  • YUGAMAE : l'éveil de la vigilance (ou mise en place de l'arc)
  • UCHIOKOSHI : l'élévation de l'arc
  • HIKIWAKE : l'extension répartie dans tout le corps
  • KAI : l'union
  • HANARARE : séparation - lâcher
  • ZANCHIN : la continuité et le prolongement (le corps qui reste, l'esprit qui demeure)

Nous nous concentrons sur les trois phases « ASHIBUMI », « KAI » et « ZANCHIN ». La phase « ASHIBUMI » désigne la façon de placer les pieds. Cette position constitue l'assise du tir tout entier. Pour réussir à toucher la cible, il est d'abord nécessaire d'acquérir une posture correcte et pour cela, il faut réaliser un ashibumi correct. En prenant comme point de repère la longueur de la flèche (Yazuka), on écarte les pieds pour former un angle d'environ 60 degrés. Les orteils des deux pieds doivent se trouver sur une ligne droite imaginaire partant du centre de la cible. La pointe de l'arc est placée à environ 10 cm au-dessus du sol, et se trouve sur une ligne imaginaire qui passe par le centre du corps. Lors de la phase « KAI », le corps et l'esprit sont en union totale. L'archer laisse « mûrir » le moment du départ de la flèche. Il ne faut pas que le souffle reste bloqué au niveau de la poitrine. Il doit au contraire descendre naturellement dans le hara où l'énergie reste concentrée sans contraction pendant huit à neuf secondes au terme desquelles le lâcher intervient. Après le départ de la flèche, intervient la phase « ZANCHIN ». On garde les yeux fixés sur le point d'impact de la flèche, sans rien modifier de sa posture. Sans laisser son énergie se disperser, l'archer maintient le corps en extension maximum tout en inspirant. Par la pratique des arts martiaux, il est donc possible d'harmoniser le corps et l'esprit grâce à la maîtrise d'une (ou de plusieurs) technique(s). C'est également par l'union du corps et de l'esprit que se développe l'énergie interne propre à chaqe individu, permettant d'aboutir à une efficacité réelle, dans la vie comme en situation de combat. Il conviendrait également de souligner l'importance de l'aspect thérapeutique et de prévention que recherche toute pratique martiale. En effet, l'union du corps et de l'esprit est garante de l'équilibre, de la mise en forme et d'une bonne santé de l'individu.

THAI Quang Nam (Paris)

Extrait d'un document rendant compte d'une recherche personnelle sur le Karatédo, le Taï chi chuan et le Kyudo.

Document d'archive écrit en juillet 1994
par THAI Quang Nam - publié dans Les cahiers de l’académie AEKAEMEO n°3


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