Articles de K. Tokitsu
    Texte d'orientation 1994-95
        Karaté et taichi chuan de synthese de Chen

Eléments de la pratiqueda cheng chuan, kenjutsu, Hida, Xiangzhai

Le karaté

Le karaté est mon point de départ et il continue de rester une des trames de base techniques. Comme je l'ai explicité dans mon livre « L'histoire du karaté », nous pouvons considérer que la plupart des courants et des écoles actuels de karaté forment un ensemble d'éléments techniques convergents. C'est pourquoi j'entends par karaté l'ensemble des écoles et des styles dont le savoir nous est accessible. Examiné sous l'angle du travail de l'énergétique, et en relation à d'autres disciplines, le karaté représente un registre technique important, mais il ne constitue pas une méthode suffisante. Le karaté représente une des bases de l'Ecole qui comporte d'autres éléments fondamentaux.
Le nom de l'Ecole Shaolin-mon provient d'une orientation de recherche culturelle et historique sur l'art martial, qui remonte vers la source du karaté, puis vers son origine Shaolin chuan. En effet, les noms des deux courants fondamentaux du karaté d'Okinawa, le Shôrin et le Shôreï, sont deux variantes, introduites à des périodes différentes, de la prononciation locale d'un même nom chinois : Shaolin. Ceci vous sera d'autant plus compréhensible que vous ferez le rapprochement avec vos problèmes de prononciation de quelques termes japonais.
Exemples : « Rei » (saluer ou salut) se prononce en français « leï ». « Hara » (ventre) prononcé à la française sonne à l'oreille des japonais : « ara ». La série des kata « Heian » est prononcée par les Français « eïan » et cette prononciation est officialisée par la Fédération, alors que « eïan » ne veut rien dire pour un Japonais.
Le nom Shaolin appliqué à notre école renoue avec l'origine des deux courants du karaté, Shôrin et Shôreï. Le Shaolin chuan constitue la matrice des différentes disciplines de boxe chinoise, et l'étude du Shaolin chuan m'a conduit à la pratique du taichi, du xing-yi, du bagua, puis du dà chéng chuan.
Le Shaolin mon signifie donc « la porte du Shaolin » à travers laquelle passe le grand courant du Shaolin, et c'est en remontant ce courant que j'ai étudié les arts martiaux liés au karaté. Ce nom indique donc l'orientation de l'étude par laquelle nous approfondissons le karaté.
Aujourd'hui je cherche à expliciter les principes de la pratique. Dans cette démarche, j'ai introduit le kenjutsu et la méthode Hida à partir d'un autre horizon, pour préciser et approfondir le fondement même de la pratique. Peut-être est-il temps d'envisager un nouveau nom pour définir l'école d'une façon plus adéquate.

Le taichi chuan

Nous étudions deux formes de taichi.
Le taichi chuan de synthèse : j'en ai précisé les particularités techniques et historiques dans le texte d'orientation de 1991. Il est le produit d'une synthèse des écoles principales de taichi (Chen, Yang et Wu) effectuée entre 1940 et 1960, à partir d'une recherche systématique afin de clarifier les ambiguïtés techniques. La logique technique de ce taichi est donc claire. De plus la logique du combat de cette forme de taichi a été précisée par le défunt Wang Shujin, maître éminent de xing yi et de ba gua. En effet la position technique du taichi de synthèse est très proche de celle du combat et il recèle un très grand nombre de techniques du combat issues du xing yi et du ba gua, qui, avec le taichi, font partie de l'école « interne ». La forme actuelle sous laquelle j'enseigne ce taichi provient de l'enseignement de maître Wang Fulai, successeur de Wang Shujin.
La signification gestuelle y étant claire, la mémorisation est plus facile et l'exercice technique efficace, ce qui facilite la progression en taichi. C'était justement un des objectifs principaux de ce travail de synthèse, car les gestes du taichi avaient perdu dans la plupart des écoles leur signification et l'application au combat était devenue difficile, voire impossible. Si vous en avez l'occasion, observez différentes variétés de taichi et interrogez les pratiquants sur la signification technique des gestes. Il s'avère que, le plus souvent, l'explication technique n'est pas convaincante, c'est du moins ce que j'ai expérimenté au cours de ma recherche.
Avec le taichi de synthèse nous pouvons étudier et approfondir le travail énergétique spécifique au taichi et aussi des techniques de combat. Cependant, il existe deux modes de compréhension des techniques. Nous pouvons, en premier lieu, comprendre la technique telle qu'elle est montrée dans le kata, et en second lieu prendre chacune des techniques isolément en la combinant avec des mouvements auxiliaires. Au point de vue de l'exercice martial du taichi, ce travail est indispensable et il constitue justement un des éléments essentiels de la transmission.
Dans un premier temps, il convient de s'exercer aux kata de taichi avec des mouvements homogènes en vitesse et en tension, ce qui facilite le développement des contrôles proprioceptifs. Vous pouvez ensuite vous y exercer en faisant varier la vitesse et la tension.
Le kata du taichi de synthèse est formé de trois parties dont chacune est composée de deux sections. Il convient de l'apprendre en séparant chacune des parties.
Le temps d'exécution varie : 12 minutes pour une exécution rapide, 20 minutes pour une exécution de rapidité moyenne, et 35 minutes pour une exécution lente.

Le Chen shi taichi chuan (le taichi de Chen) : Les tào lù (kata) de taichi sont innombrables. J'ai introduit jusqu ici deux des formes classiques (lao jia) du kata de base du taichi de Chen. Nous en étudions actuellement la première partie orientée plus vers la préparation interne. Nous en étudierons aussi la seconde partie qui correspond aux exercices de combat et contient des techniques variées et l'exercice de l'explosion en force (fa jin).
Dans les exercices de ce taichi, les positions sont basses et les gestes sont amples. Si vous interprétez directement ces particularités au point de vue de l'application en combat, vous en perdrez rapidement l'intérêt. Nous pouvons y étudier et y cultiver une fluidité corporelle qui avoisine l'exercice de qi gong, une manière particulière de concentrer la force et aussi des techniques de déplacement. D'une certaine manière, l'exercice de ce taichi est un complément très efficace du taichi de synthèse.
L'amplitude des positions de ce taichi ressemble à celle du karaté Shotôkan moderne. Et, si vous le pratiquez à la façon du karaté, vous endommagerez vos articulations et vos muscles à cause des surcharges d'efforts. C'est grâce à la fluidité et au travail interne que l'exercice de ce taichi aboutit à une efficacité énergétique. Un certain nombre des kata du karaté Shôtôkan pourraient présenter un nouvel intérêt et une signification renouvelée si vous les effectuez en prolongeant ce travail. En passant par des positions similaires, les cadences des gestes et les sensations corporelles sont alors nettement différentes des formes officialisées, et la charge articulo-musculaire est bien moindre.

Document d'archive écrit en juin 1994
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin Shaolin-mon n°1

Eléments de la pratiqueda cheng chuan, kenjutsu, Hida, Xiangzhai

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