Articles de K. Tokitsu
    Entretiens avec le docteur Yayama
        Entretien Dr Yayama (5)

Entretien Dr Yayama (4)

TY : « Je comprends vaguement. Je ne suis jamais allé en Chine et je ne comprends pas très bien certains aspects du « qi-gong » chinois. Il existe en Chine une forte tendance à créer des groupes mystiques à partir du qi-gong et de ceux qui sont capables de manipuler le « qi », et les personnes qui pratiquent sérieusement les arts martiaux rejettent peut-être cette tendance. Personnellement, je n'aime pas dépendre de personnes qui possèdent un certain charisme ou des qualités spécifiques. Ces personnes comprennent probablement par eux-mêmes ce qu'est le « qi » mais certaines personnes profitent de cette tendance générale du « qi-gong » pour bénéficier d'une grande popularité. »

KT : « Je pense que vous avez raison. Tout à l'heure nous avons parlé de l'école de Me Nishino. Chez Me Nishino, on fait beaucoup de projections spectaculaires avec le « qi » ; j'ai été son élève avant qu'apparaisse ce type de phénomène et j'ai assisté au processus de sa création. Dans le sui-shu (ou tui-shou) on cherche, sans utiliser la force, à toucher le centre de l'autre ; au début, on est repoussé physiquement par la force de Me Nishino et on tombe en arrière ce qui résulte du fait que dans cet exercice les jambes sont fixées et qu'on est repoussé par une force supérieure à la sienne placée au centre de sa poitrine. Au début donc, tout le monde tombait en arrière. Un jour, poussé par Me Nishino, un des élèves est tombé en arrière de façon très sèche, de manière explosive ; Me Nishino lui dit alors : « Ah, tu as bien compris le « qi » ». Progressivement, d'autres personnes commencèrent à tomber de la même manière. A chaque fois, il disait : « Ah, le « qi » est bien sorti ». De plus en plus de personnes tombèrent de cette façon qui devint un des objectifs même du travail ; c'est un phénomène contraire aux objectifs du budo. J'ai compris que si on résiste à la poussée et que tout d'un coup on cesse la résistance on était projeté et que c'est ce qui m'arriverait si j'agissais ainsi ; pour ce qui me concerne j'étais repoussé en arrière et si la force n'était pas suffisante je restais sur place ; tant que Me Nishino ne me poussait pas assez fort, je n'avais aucune raison de reculer. Le climat psychologique devenait plus difficile pour moi qui ne m'envolait pas dans un groupe où ce phénomène se généralisait. L'année suivante l'un des élèves anciens, qui ne s'envolait pas non plus - et qui éprouva de telles difficultés dans le groupe qu'il finit par partir - me dit que le phénomène devenait de plus en plus spectaculaire en ceci que les élèves commençaient à s'envoler sans que le maître les touche. Pour moi, il s'agissait de concordance de qi et non pas de résistance, alors que c'est cette dernière qui est martiale. Il s'agit de savoir comment on peut développer la défense et l'attaque avec le qi alors que dans la méthode Nishino, les élèves commencent à pressentir l'intention du Maître et s'y ajustent ; c'est ainsi que le phénomène de l'envol commença à apparaître. Mais, et c'est mon expérience, il est vrai que Me Nishino était capable de produire une certaine pression sans me toucher ; c'est une sensation que j'ai moi-même expérimentée et que je n'ai jamais eu avec d'autres personnes. Personnellement, je ne m'envolais pas car, au lieu de réagir en concordance comme les autres élèves, je résistais dès que je ressentais cette pression, ou j'esquivais ou je cherchais à la dévier. L'objectif de l'exercice est cette sorte de résistance, de travail contre cette sorte de pression ; en m'envolant, j'allais à l'encontre de ma pratique martiale et me comportais en quelque sorte de façon malhonnête à l'égard du maître qui était en face de moi.
TY : « Pour vous ce n'est pas la même voie que celle de l'approfondissement du budo ; je comprends très bien cela, ayant moi-même pratiqué pendant longtemps les arts martiaux. Je vous remercie beaucoup pour votre témoignage et vos explications. »

 

Kenji TOKITSU et Toshihiko YAYAMA

Document d'archive écrit en 1996
par Kenji Tokitsu et T. Yayama - publié dans Bulletin de l'école Shaolin-mon n°1

Entretien Dr Yayama (4)

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