CINQ QUESTIONS A Shaolin Mon Karaté Do Maître Kenji Tokitsu
Il y a quelques semaines se déroulait à Amiens un stage international de karaté, organisé par l'A.S.C. Karaté. Nous avons rencontré Maître Kenji Tokitsu, qui animait ce stage, et lui avons demandé de nous présenter son approche du karaté.
C.P.: Qu'est-ce que le Shaolin Mon Karaté Do, et pourquoi avez-vous développé votre recherche dans cette voie ?
M.K.T.: Après avoir pratiqué le karaté Shotokan pendant. une quizaine d'années, j'ai été amené à me poser certaines questions sur ce style. Je suis parti d'un constat : de plus en plus de pratiquants de karaté moderne se voyaient confrontés à des problèmes de longévité de leur pratique, après l'âge de 35 ou 40 ans. Les seuls vieux maîtres pratiquant efficacement jusqu'à un âge avancé étaient ceux qui continuaient à perpétuer les traditions du karaté ancien. L'éthique du Budo (ensemble des arts martiaux japonais) voulant que l'étude d'un art de combat devienne véritable à partir de l'âge de 30 ans il m'a semblé important de réaliser une étude comparative entré styles anciens et modernes. Je me suis d'abord penché sur les styles originels du karaté, tel que pratiqué dans l'île d'Okinawa, berceau des arts martiaux japonais. L'Okinawa était certes moins spectaculaire que les styles modernes, mais plus efficace. Il permettait de plus une pratique assidue pendant longtemps. Les styles anciens n'étant pas parfaits non plus, j'ai orienté mes recherches vers les écoles chinoises d'Art du combat, pratiqué par les moines dans les temples Shaolin.
Après ce long- travail de recherche et de pratique, j'ai donc développé le Shaolin Mon Karaté Do, qui tire les enseignements des styles de karaté anciens et des écoles chinoises, tout en préservant les acquis du karaté moderne. Le Shaolin Mon Karaté Do n'est pas un style, une école ou une institution, mais une attitude de recherche. Il n'y a pas de comparaison avec une autre école, car il n'y a pas de forme à respecter, mais une discipline.
Il n'y a aucun style parfait, et le karaté est en constante évolution. Le karaté et un art martial, et comme tout art, c'est une accumulation historique, il évolue en fonction des différents enseignements. Le fondement du Shaolin Mon Karaté Do, comme tout art martial, est l'efficacité en combat.
C.P.: Que signifie l'efficacité en combat en 1985 ?
M.K.T. ; Avant tout de s'assurer une bonne santé physique et morale, en relation avec le bien-être et l'équilibre apporté par la pratique du Budo. Le but est donc de mieux vivre, ou, ce qui est la môme chose, de mieux mourir. II faut faire évoluer son été physique et moral avec comme but l'efficacité.
C.P.: Il n'y a pas de compétition sportive chez vous, comment l'enseignement se concrétise-t-il ?
M.K.T. : Le tort de la compétition est que les critères de jugement appartiennent à une tierce personne, juge ou arbitre, et que ces critères sont irréalistes. Dans le Shaolin Mon Karaté Do, le critère est en soi-même, ce qui est beaucoup plus difficile, car on ne peut tricher. Une victoire sportive est comparable à du sable sec que l'on vous met dans les mains : à peine fait-on un mouvement qu'il vous file entre les doigts. La pratique du Shaolin Mon Karaté Do est une vision à long terme, ce qui exclut d'ailleurs un enseignement de masse. Le pratiquant se rend compte de son évolution au travers des combats qu'il fait avec d'autres, de façon très concrète et réaliste. Après un certain temps, tout son mode de vie est parqué par sa pratique, ce qui est le but du Budo. Ce n'est pas alors comme le karaté de compétition sportive uniquement une activité de défoulement. Un des fondements essentiels du karaté est sa faculté de régénération d'énergie, trop souvent oublié dans le karaté contemporain, ce qui explique la difficulté d'une pratique assidue après l'âge de 40 ans. C'est très net dans le milieu des arts martiaux sportifs.
C.P.: Le karaté a une image de violence : quel rôle éducatif a-t-il alors ?
M.K.T.: Oui, mais la vie est violente. Tout le monde peut pourtant pratiquer le karaté, si toutefois l'enseignement est adapté à ses propres conditions. Il faut être extrêmement prudent sur ce rôle éducatif notamment en ce qui concerne l'enseignement pour les enfants. Certaines pratiques sont véritablement criminelles, laissant des blessures physiques et psychologiques irrémédiables.
C.P.: Et pour ceux qui voudraient pratiquer le karaté, quels conseils ?
M.K.T.: Il faut avoir une vision à long terme de la pratique. Il serait illusoire de croire que l'on peut obtenir des résultats durables sans une pratique assidue sur plusieurs années. On ne peut en outre pratiquer le karaté aujourd'hui comme on le faisait il y a 50 ans au japon. C'est pour cela que le Shaolin Mon Karaté Do est un karaté dans la modernité c'est-à-dire qu'il adapte et condense notre problème de la pratique en 1985 à la culture traditionnelle des arts martiaux.
Propos recueillis par Frédéric ALPI
A.S.C. Karaté : Gymnase. Elbeuf, rue d'Elbeuf. Amiens.
Source : Sports Amiens - 11-12.1985 - PAGE 14