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Articles de K. Tokitsu
    Les applications martiales du taichi chuan
        Les applications martiales du taichi chuan


Le taichi chuan des synthèses authentiques (zhéng zong tai ji quan) que nous pratiquons a été dans un premier temps élaboré dans les années 30 et 40 en Chine par une réunion de maîtres des différentes écoles de taichi (Chen, Yang, Wu, et Suen) sous la direction de Chen Pàn ling puis modifié par son ami Wang Shu Jin, maître réputé de xing yi chuan et de bagua chuan et expert en combat.

C'est la déformation systématique des mouvements qui a rendu nécessaire la refonte des séquences de mouvements. Autant de maîtres, autant de styles puisque la justification des mouvements ne se trouve que dans la sensation (nécessairement subjective, donc différente d'un maître à l'autre et, pour un maître, d'un moment de son existence à un autre). La pratique du tai chi chuan n'est plus basée sur la pratique martiale mais y trouve souvent sa justification idéologique ; le mouvement, établi sur la base de sensations, sera toujours justifié par la suite par des applications martiales ad hoc, fabriquées après coup, tout comme dans les bunkaï des kata de karaté.

Les mouvements dans les différents styles de tai chi n'ont plus aucune base objective lorsqu'ils ne sont dictés que par la sensation ; le rejet de tout côté objectif (rapport avec une réalité existant en dehors de soi) conduit souvent à développer des aspects mystiques et à la constitution de sectes puisque tous les pratiquants cherchent à reproduire les sensations que ressent le Maître.

Les mouvements du taichi des synthèses authentiques sont dictés non par la simple sensation subjective mais par la nécessité technique. Il s'agit d'établir une correspondance entre l'aspect énergétique et le côté technique : la technique juste doit être énergétiquement positive ; mais la réciproque n'est pas nécessairement vraie :' tout mouvement énergétiquement positif n'est pas à coup sûr techniquement efficace - sinon il suffirait de pratiquer un qi gong statique pour acquérir des capacités martiales. Le bon mouvement est celui qui est juste du point de vue technique lorsqu'on effectue les mouvements du tai chi, on, peut se laisser guider par cet aspect technique, imaginer par exemple qu'on tire un bras vers soi et vers le bas ou qu'on pare un tsuki. Certaines déformations sont alors automatiquement évitées, la longueur moyenne d'un bras, par exemple, étant une donnée physiologique. Le travail dans le taichi est tout d'abord externe, la recherche de la position juste ; c'est sur cette base que le travail interne peut être correctement fait.

Dans le taichi de style Chen que nous pratiquons aussi les positions sont très amples ce qui permet de développer l'aspect énergétique, mais aux dépens de la signification technique des mouvements. En ceci d'ailleurs, cette forme de taichi a les mêmes défauts que le karaté Shotokan ; la différence entre les deux est cependant essentielle. Si on considère que la pratique du taichi consiste à faire (aussi bien que possible évidemment) des séquences de mouvements alors, en tant que pratique externe, ses défauts sont les mêmes que ceux du karaté. Mais si la pratique est interne, c'est-à-dire si tous les mouvements sont la conséquence de mouvements qui se passent à l'intérieur du corps (et qui supposent une conception différente du corps) alors la différence est fondamentale et ce tai chi permet une amélioration de la santé et le développement d'une certaine forme d'énergie (qualifiée parfois d'explosive et en tout cas qui n'est pas commune) utilisable dans le combat. C'est pourquoi cette forme du tai chi de Chen (par opposition à d'autres formes du même style plus anciennes et aux positions plus petites et plus « techniques ») peut être considérée fondamentalement comme un qi gong en mouvement. Si certains gestes ont conservé une certaine signification, d'autres ont été tellement déformés que c'est uniquement par comparaison avec des formes plus anciennes qu'on peut retrouver leur sens caché.

Des exemples d'application du taichi chuan ont été donné dans le numéro n° 226 de la revue Karaté Bushido. D'autres séries de photos avaient été faites par Jean Claude Gourbeyre ; pour permettre l'exécution correcte des mouvements du tai chi nous reproduisons ici certaines de ces séries.
Première série : premier mouvement du taichi de synthèse

Document d'archive écrit en juin 1996
par Maurice Fhima (élève de Me Tokitsu) - publié dans Bulletin Shaolin-mon n°8-9


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