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Articles de K. Tokitsu
    Méthode Hida
        Hida: Réflexion sur la méthode Hida, Postface

Hida: Méthode et croyance, mort volontaire

Réflexion sur la méthode Hida

La plupart de ceux qui pratiquent un art martial ou un sport de combat ont pour motivation de départ de « devenir fort ». Si certains veulent apprendre à mieux se battre, d'autres veulent mieux se défendre ou se sentir en sécurité. En avançant dans la pratique la motivation change car ils découvrent des champs divers qu'ils ne voyaient pas au départ, comme, en gravissant une montagne, on voit le paysage et la perspective changer suivant le niveau où l'on se trouve. Selon la personnalité et son acquis, l'évolution dans la longue voie martiale varie. Certains persévèrent dans la pratique physique, d'autres s'orientent vers les méthodes dites « internes » ou le qi gong. Heureux sont ceux qui trouvent une satisfaction durable. Avec mon expérience limitée, je peux dire qu'il existe un grand nombre de méthodes, que la valeur de certaines d'entre elles est discutable et que beaucoup tendent à se constituer en pratique mystique.

La méthode Hida s'appuie purement sur l'exercice physique. En allant vers le « purement » physique, il atteint un domaine « psychique » ou « spirituel ». H. Hida a fini par fondre sa méthode dans une croyance.

Lorsque la pratique d'une méthode corporelle devient la manière de vivre d'une personne, elle semble souvent se confondre avec une croyance. Les paroles de M. Ueshiba sur l'aïkido ne sont pas compréhensibles si nous ne les situons pas dans la dimension de sa pratique religieuse. G. Funakoshi a dit qu'il faut aller jusqu'au point où le karaté devient votre religion.

On pourrait dire d'une certaine manière que leur démarche partant d'une méthode physique a fini par inclure le domaine spirituel. Mais il faut bien voir qu'une telle classification est due à une interprétation cartésienne qui facilite le classement des méthodes. Dans la pensée de H. Hida la pratique physique implique celle de l'esprit. Il s'inscrit là dans la tradition japonaise, lorsqu'une pratique physique atteint un certain niveau de profondeur, elle implique un contenu spirituel. Dans cette perspective, est-il possible de dissocier une avancée de l'esprit d'une croyance religieuse ? Cela me semble être un des objectifs du développement des méthodes corporelles contemporaines.

 

Postface

J'ai présenté deux méthodes : le dà cheng chuan et la méthode Hida. Elles ont en commun le fait que leur application consiste, en quelque sorte, à se recréer soi-même. Chacun se forme au cours de son développement. Pratiquer la méthode des arts martiaux implique une évolution plus ou moins radicale de la personne. Avec ces deux méthodes, il serait inutile d'essayer d'apprendre uniquement l'aspect utilitaire de la pratique car celle-ci implique un changement de soi.

Vous pouvez examiner la méthode scientifiquement en tant qu'observateur. Dans ce cas, vous ne pouvez pas l'appliquer avec votre corps car ce type de pratique physique implique la pratique d'une personne dans sa totalité ; c'est ce que montre si clairement H. Hida. Si vous dites : « je suis moi-même, je ne changerai pas et j'étudie ce qui me plaît », je pense que vous vous trompez dès le départ. Car ce que vous pensez étudier et apprendre n'est que la carapace vide d'une méthode. C'est comme si vous n'aviez rien compris après avoir lu ce que dit H. Hida.

J'écris ceci car cette démarche semble plus facile dans la culture japonaise que dans les cultures européennes. C'est précisément un problème que je rencontre avec mes élèves français. Il me semble parfois qu'ils pratiquent les arts martiaux sans vouloir changer leur manière d'être. S'ils changeaient, leur ego serait-il bouleversé ? L'ego est-il si rigidement construit, si fragile qu'il ne peut pas subir un changement ? Implicitement, pour eux, c'est l'extérieur qu'il faut changer, non pas eux-mêmes.

Cependant, je suis persuadé que le budo est la voie du changement de soi.

 

Notes :

1- Dans le texte japonais H. Hida a écrit 18 ans selon le système traditionnel du calcul de l'âge où l'on compte un an à la naissance. A l'usage des non japonisants, je traduis dans ce texte selon le système habituel aujourd'hui.

2 « Miyamoto Musashi, maître de sabre japonais du XVIIème siècle, le mythe et la réalité » - Doctorat en langue et civilisation orientale, Université Paris VII Juin 1993. La thèse peut être consultée à la bibliothèque de l'Université.

Document d'archive écrit en ???
par Kenji Tokitsu - publié dans les Editions Shaolin-mon (©Tokitsu-ryu)

Hida: Méthode et croyance, mort volontaire

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