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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Musashi-2
        La voie des guerriers, sabre japonais hyôho Musashi bushi technique

Musashi, Bushi et samouraï japonais terme hyôho voie du sabre


2) La voie des guerriers

Ce que j'appelle hyôhô est la pratique nécessaire dans les familles de guerriers. Celui qui dirige la guerre doit l'apprendre et les soldats devraient aussi la connaître. Cependant rares sont les « bushi » qui la connaissent bien...

En tout cas, la règle pour les bushi (guerriers) est d'avancer en même temps dans la voie des Arts Martiaux et dans celle de la littérature. Même si vous êtes maladroit, vous devez vous entraîner au hyôhô en raison de votre situation.

Ce qu'un bushi doit avoir toujours à l'esprit est la voie de la mort (savoir mourir). Mais la voie de la mort n'est pas réservée seulement aux bushi. Un moine, une femme, un paysan, toute personne peut mourir pour raison d'honneur privé ou social en choisissant sa mort. Dans la voie de hyôhô, pour les bushi, le principe doit être de vaincre dans tous les domaines. Il doit méditer comment gagner en combat contre un ou plusieurs, comment illustrer son nom et celui de son seigneur et accomplir son devoir. C'est cela nature du hyôhô. Il y a sans doute des personnes qui pensent que même si elles apprennent le hyôho, celui-ci ne sera pas efficace dans la pratique réelle. Mais, selon moi, suivre la véritable voie du hyôhô, c'est s'entraîner pour que le hyôhô soit utile à tout moment et en toutes choses, et l'enseigner ainsi... Il existe aujourd'hui des personnes qui se répandent partout en se déclarant adeptes de hyôhô mais elles pratiquent seulement le kenjutsu (sabre). Il y a quelque temps, les prêtres shintoïstes du temple de Kantori près de Kashima (1) dans la province de Hitachi-no-kuni, ont fondé une école en disant que l'art leur avait été transmis par les dieux et l'ont diffusé dans toutes les provinces...

A partir des seuls principes du kenjutsu, on ne pourra pas bien comprendre le kenjutsu lui-même et on sera loin de concevoir ce qu'est le hyôhô.

L'attitude de Musashi apparaît clairement dans ce paragraphe. Il recherche, à travers ce qu'il appelle hyôhô, un pragmatisme applicable d'une façon générale. Mais son pragmatisme n'est pas une technique au sens occidental du terme. Il n'y a pas de dualité technique-esprit. Pour Musashi la technique n'est pas distincte de l'esprit. L'esprit doit donc être recherché dans la technique et le principe de l'efficacité est toujours inclus dans la logique même de la technique. Il considère son hyôho comme un grand principe applicable à tous les phénomènes. Il est un avec ses techniques : la technique, c'est l'homme. Chacun des arts peut devenir un mode de vie s'il est compris comme une voie (do ou michi).

Cette façon de penser va se renforcer et se raffiner durant la période Edo (1603-1867) où la société globale japonaise se coupe presque complètement de l'étranger. Le Japon va se replier sur lui-même et constituer une société où les modèles culturels s'unifient en allant vers le raffinement et la formalisation. C'est seulement dans les sociétés de ce type qu'il est possible de concevoir un principe valable pour tous les phénomènes, semblable à celui que recherchait Musashi. Pour Musashi, la voie du hyôho va bien au-delà du maniement du sabre. Il y fait entrer ce qu'une autre démarche rechercherait dans la religion. Une anecdote, peut-être un peu romancée, rapporte qu'en chemin vers un combat contre des adversaires nombreux, où ses chances étaient très faibles, il passa devant un temple shintoïste. Prenant conscience soudain qu'il commençait à prier en demandant la protection des dieux, il se redressa et se ressaisit, s'accusant de manquer de confiance en son hyôho car c'est au hyôhô, et à lui seulement, qu'il devait confier son destin. C'est le sens de sa phrase célèbre : « Il faut respecter les dieux et le Bouddha mais ne pas dépendre d'eux ». Il exprime par là, sous une forme tranchée et explicite, une tendance qui reste d'habitude sous-jacente à la philosophie du budo. En effet, les guerriers pouvaient être adeptes de différentes religions mais celles-ci étaient plutôt une coloration de la voie des bushi que l'inverse.

(A suivre...)

Document d'archive écrit en 1986
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

Musashi, Bushi et samouraï japonais terme hyôho voie du sabre

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