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Bulletin de liaison Shaolin-mon n°6 |
Mon livre sur la méthode et les manuels
Plusieurs manuels de pratique des différents niveaux destinés à mes élèves sont en projet.
Ces ouvrages compléteront et aideront à mettre en pratique la méthode que j'ai présentée dans mon livre : « Méthode des arts martiaux à main nue » (Robert Laffont, 1988).
Ce livre présente les grandes lignes d'une méthode, celle du Shaolin-mon. Ecrit dix ans après, « La voie du karaté » dans lequel j'avais analysé les significations et la structure du combat en budo, il en est le prolongement. Toutefois, dans ce nouveau livre, je n'ai pas exposé les aspects trop personnels de la méthode, car j'ai voulu éviter qu'il ne prenne un caractère publicitaire. J'ai préféré traiter les thèmes généraux qui semblent concerner la plupart dés pratiquants des arts martiaux. C'est pourquoi j'ai conçu en complément, à l'usage dé mes élèves, dés manuels destinés à les aider à pratiquer convenablement cette méthode. En attendant de terminer la rédaction de ces manuels, je ferai dans ce bulletin certaines remarques sur la pratique. Les manuels sont inséparables de la pratique, j'emploierai donc des expressions liées à cette pratique. C'est-à-dire que vous serez censés lire mes phrases en ayant l'expérience et les capacités suffisantes pour lés compléter entre les lignes, par votre pratique. Je n'écris pas pour des inconnus, non habitués à la pratique du Shaolin-mon. Rien n'est plus absurde que d'expliquer une photographie sans la voir. L'acte de voir durant quelques secondes est nettement plus éloquent qu'une longue explication sans photo. Soyez donc indulgents si mes expressions sont insuffisantes, et soyez aussi attentifs pour compléter les lacunes par votre perspicacité dans la pratique.
Deux critères d'exercice pour le kata du matin
- Apprendre d'abord correctement les séquences gestuelles ;
- Constituer ensuite les réseaux de sensations internes liés à chacun des mouvements.
Sur ce second point une explication me semble nécessaire. S'il y a des formes dans les mouvements du corps, il y a des formes dans les sensations internes. Nous ne pouvons pas rendre évidente la sensation interne vécue par chacun de nous. Les formes des mouvements externes sont, en un sens, les intermédiaires de cette sensation interne.
Chaque geste technique a une particularité quand il est appliqué en combat, mais il a aussi des particularités qui nous permettent de nous exercer plus efficacement à un type particulier de sensation. Par exemple, en faisant les premiers mouvements de la deuxième section du kata du matin, il convient d'effectuer shoshuten. J'ai expliqué longuement ce qu'est le shoshuten dans mon nouveau livre ; ce que j'écris ici vient en complément. Ainsi, selon les passages d'un kata, la localisation de votre attention doit varier. Par l'ensemble d'un kata convenablement effectué nous pouvons bénéficier d'une meilleure régulation du ki dans notre corps. Mais, ici, effectuer un kata convenablement ne veut pas dire se limiter à l'apparence. Si j'explique cela par une image, il ne suffit pas de la dessiner dans l'espace par votre mouvement ; il est essentiel d'avoir un bon dessin à l'intérieur de votre corps. Ce dessin interne se trace par le contrôle interne de votre corps et par la respiration. C'est ce que j'appelle le « tissage des images internes ». Donner davantage d'explications risquerait de tourner au bavardage à propos d'une image que je ne montre pas.
Avoir une bonne paire de chaussures
Pour faire une promenade sur une colline, ou escalader une montagne peu abrupte, il suffit d'avoir une paire de tennis, mais pour atteindre le sommet du Mont-Blanc à pied, il faut une paire de chaussures convenables. Si l'on veut gravir les pentes de l'Himalaya, voire le sommet de l'Everest, il faut une préparation matérielle, physique et psychologique particulière ; quant à la paire dé chaussures, il en faut une qui convienne aux conditions particulières de la plus haute montagne du monde.
J'entends ici par chaussures, la manière de tenir notre corps dans la pratique du budo, c'est-à-dire les déplacements dans le sens où ceux-ci comportent aussi une position statique. Il ne faut pas oublier que le rôle du bas du corps est de porter toutes les techniques. Si vous vous contentez de pratiquer pour aujourd'hui ou pour quelques années à venir, il suffit d'apprendre lés techniques utilisables toute de suite, sans trop penser à l'apprentissage spécifique des déplacements. Puisque vous venez au dojo à pied, vous possédez au moins la technique de la marche dans la rue. Je désigne par technique de la marche dans la rue une technique ordinaire de déplacement ; c'est le niveau habituel où vous faites les mouvements avec des réflexes plus ou moins aiguisés. C'est un état où vous avez une paire de chaussures ordinaires. Vous pouvez faire quelques ballades en montagne avec elles selon votre condition physique et votre habileté. Cette situation correspond à la pratiqué du karaté à court terme. Mais si vous visez à atteindre un sommet plus élevé, vous devez avoir une paire de chaussures différente. Ce changement correspond à une progression de votre niveau menée avec certitude tout au long dé la vie. Il ne s'agit pas d'un exploit unique mais de la capacité d'atteindre à tout moment ce qu'exige ce niveau. La montagne du budo est celle qu'on peut grimper durant toute la vie ; il vous faut donc préparer une paire de chaussures que vous puissiez utiliser quand vous aurez 70, 80 ans et plus. La particularité dé ces chaussures est qu'on ne peut pas les acheter. Il faut que chacun les fabrique artisanalement en les ajustant à ses pieds. De plus, il faut avoir les chaussures que vous portez aujourd'hui tout en fabriquant d'autres, meilleures. Bien sûr, cela dépend de ce que vous cherchez, et jusqu'où vous comptez aller. Moi, je vise l'Everest du budo ; je continue donc à fabriquer les chaussures nécessaires et c'est dans cette perspective que j'enseigne à mes élèves.
Je n'ai pas besoin maintenant de cette paire de chaussures. Elle sera terminée et je la mettrai lorsque j'aurai atteint plus de 8000 mètres d'altitude.
Qu'en pensez-vous ?
La rigueur nécessaire à l'apprentissage des déplacements
Nous avons tous oublié avec quels efforts nous avons commencé à marcher. Que de passion pour qu'un bébé arrive à faire ses premiers pas ! Nous sommes tous passés par là, seulement nous avons oublié. Nous avons tellement bien appris cette technique que nous pouvons marcher en pensant à tout autre chose, en parlant ou en écoutant un walk-man. La technique de la marche a atteint ce degré parce que nous nous sommes entraînés pour cela. Votre façon de marcher quotidiennement est donc votre technique de marche, et cette technique est personalisée. Il vous faut apprendre maintenant la technique de la marche du budo, ce qu'on appelle « unsoku ».
C'est une marche particulière qui comporte tous les déplacements nécessaires à la pratique du budo. Pour maîtriser l'unsoku, une rigueur est nécessaire, tout comme lorsque nous avons appris à marcher autrefois ; il faut autant d'effort naïf et concentré qu'en déploie le petit enfant. C'est ainsi que nous pourrons fabriquer une paire de chaussures pour les hautes montagnes.
La marche de Hakkesho
Nous avons appris au cours de physique du collège pourquoi la terre tourne autour du soleil, et pourquoi la lune tourne autour de la terre.
Nous avons appris en même temps ce que sont les forces centrifuge et centripète.
Rappelez-vous cette image pour effectuer la marche de Hakkesho.
Si vous ne vous sentez pas en équilibre ou si vos pas sont incertains, c'est parce que vous ne maîtrisez pas suffisamment un équivalent de la force centripète. Cette force doit être créée par votre contrôle interne au niveau du tanden.
Se contrôler psychologiquement et physiquement, veut dire que l'attention du tanden doit précéder chaque pas, et que cette attention doit être continuellement versée au centre du cercle. Votre pas est sur le cercle, mais l'attention du tanden doit déjà être au milieu du cercle, comme si, à chaque pas, vous projetiez une force tourbillonnante au milieu du cercle.
La pratique vous en dira davantage...
Document d'archive écrit en janvier-février 1988
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin de liaison Shaolin-mon n°6
