Le « karaté » ou « karatedo »
Cet art martial recourt principalement aux coups de poing et de pied ainsi qu'à leurs parades, mais aussi à des techniques de saisie et de projection. L'entraînement consiste surtout en une répétition d'enchaînements techniques codifiés (kata) auxquels on s'exerce seul. Entraînements et combats se font sans aucune protection, les coups devant être arrêtés soit juste avant le contact, soit à l'instant du contact, mis à part quelques groupes qui pratiquent le full-contact ou autorisent le contact sur certaines parties du corps.
Le karaté provient de l'art du combat chinois élaboré et développé par les habitants d'Okinawa, à l'extrême-sud du Japon. Cette île, autrefois royaume de Ryukyu, versait un tribut à la Chine depuis le XIV° siècle. Un village chinois fut fondé près de Naha, le port principal de l'île. Du XVII° au XIX° siècle, l'île vécut sous la double domination de la Chine et du Japon, représenté par la seigneurie de Satsuma (sud de Kyushu), qui interdit la possession d'armes à la population.
Les arts martiaux chinois sont d'abord transmis à quelques nobles du royaume qui en font une tradition familiale. Peu à peu, ils se diffusent dans les autres couches sociales. Les habitants d'Okinawa apprennent aussi certaines techniques de combat lors des voyages commerciaux qu'ils font en Chine, et qui s'intensifient à partir du XIXe siècle. C'est ainsi qu'ils élaborent un art du combat adapté à leur mode de vie mais qui ne commence à se diffuser de façon publique qu'à la fin du XIX° siècle. Plusieurs années après le rattachement d'Okinawa au Japon, en 1879, quelques maîtres de l'art martial d'Okinawa, alors appelé tode (« main chinoise ») ou simplement te (« main »), s'efforcent de le diffuser dans l'ensemble du Japon. La première démonstration publique de karaté est effectuée en 1921 par Funakoshi Gichin. Kano Jigoro, qui fait autorité pour les arts martiaux, encourage la diffusion et le développement de cette nouvelle discipline. Cependant, le karaté, n'appartenant pas aux arts martiaux traditionnels, n'est pas mis sur le même plan que les autres disciplines et il fallut une grande persévérance à ses adeptes pour qu'il soit reconnu en tant que tel. Les appellations anciennes sont abandonnées en faveur du mot karaté ou karatedo (« voie de la main vide »). La tenue d'entraînement blanche, le port d'une ceinture blanche ou noire, le système des grades, sont empruntés au judo.
Après la guerre, la pratique du karaté est autorisée plusieurs années avant celle des autres arts martiaux car les Alliés le considèrent comme une forme de boxe japonaise, ce qui montre combien est récente l'intégration du karaté aux arts martiaux traditionnels japonais. Le karaté connaît une expansion rapide à partir des années cinquante, et le premier championnat du monde est organisé à Tokyo en 1970. Aujourd'hui, certains le considèrent comme une discipline sportive internationale, tandis que d'autres tiennent à le définir, de façon paradoxale, comme un art martial de tradition japonaise. Contrairement au judo, dont les formes sont unifiées dans tous les pays, le karaté est partagé en un grand nombre de petites écoles indépendantes.
A côté du karaté, il faut enfin signaler le shorinjikenpo, qui fut créé après la seconde guerre mondiale par un adepte du bouddhisme, Doshin So, à son retour de Chine.
Document d'archive écrit en 1994
par Kenji Tokitsu - publié dans le dictionnaire de la civilisation japonaise - Hazan