|
B. Il raconte dans son livre que le maître Okosai, nous allons adopter la prononciation japonaise, était un homme qui avait pour habitude d'ignorer ceux qui venaient le voir pour apprendre avec lui. Il ne leur disait rien. Ils ne leur restaient plus qu'à l'observer pour essayer d'imiter ses techniques.
K.T. En effet, quand il rencontra le maître Okosai, celui-ci refusa de le prendre comme élève. Mais il finit par l'accepter car, selon Sawai Sensei, il était très intéressé d'en savoir plus sur les arts martiaux japonais et il pensait qu'en acceptant il pourrait le faire avec lui. Sawai Sensei en arrivant en Chine avait une grande confiance en sa technique de combat. Le jour vint où il put se mesurer à Okosai. Il m'a raconté qu'à chaque fois qu'il lançait son attaque, elle était comme aspirée par le maître chinois qui en retour lui donnait un petit coup. Il avait réalisé de façon indéniable la supériorité de Okosai.
B. Dans son livre il raconte qu'il essaya de placer ses connaissances en judo sans grand succès. Il écrit ceci «...j'étais 5e dan de judo et j'avais une grande confiance dans la valeur de mes techniques de combat. Quand j'eus ma première occasion de me mesurer dans un combat contre Wang, je lui pris le bras droit... Aussitôt je me sentis projeté en l'air. Je me décidai alors à le saisir. Je lui pris le bras gauche et le revers droit de son habit afin de tenter de placer les attaques que je connaissais, pensant que même si la première échouait, je l'amènerais au sol pour l'étrangler. Mais à chaque fois que je venais sur lui, Wang prenait le contrôle absolu de mon bras et me repoussait loin de lui. A chaque fois que j'essayais de le maîtriser, j'étais projeté en arrière et à chaque fois il me donnait un petit coup à la poitrine juste au-dessus du coeur. Je ressentais une étrange et terrifiante douleur... ». Savez-vous quelle discipline pratiquait le maître Okosai ?
K.T. Le Tai sei ken. Je le prononce à la japonaise. C'est le Hsing I.
B. Savez-vous s'il reste des disciples du maître encore vivants ?
K.T. Sawai Sensei a parlé d'un homme qui doit avoir une dizaine d'années de moins que lui mais qui a commencé à pratiquer avec le maître Okosai avant lui. Il le considère comme son ancien. Il va l'inviter à venir au Japon l'an prochain pour diriger des stages.
B. Combien de temps est-il reste en Chine ?
K.T. Je crois qu'il y a travaillé sept années. Mais ce n'est qu'une fois rentré au Japon qu'il affirma avoir capté le chi. Au cours d'un combat exactement !
Un maître peu connu
B. Comment expliquez-vous que Sawai Sensei ne soit connu que des grands experts, disons ceux qui ont acquis une certaine expérience dans les arts martiaux, alors qu'il semblerait ne pas être connu des autres.
K.T. Le fait que Sawaï Sensei ne soit pas très connu même au Japon hormis par un cercle de grands experts s'explique très bien. D'abord contrairement à ce que hors du Japon, on a tendance à penser, le karaté n'est pratiqué que par un pourcentage très minime de Japonais. L'univers des arts martiaux est un univers clos, fermé. De l'extérieur on ne sait pas ce qui s'y passe. Même ceux qui sont dans cet univers, pour ceux qui connaissent Sawai Sensei, il faut avoir dépassé un stade de travail pour pouvoir apprécier la démarche de ce maître. En effet, cela suppose que l'on ait réfléchi sur le karaté, donc avoir pratiqué un certain temps, pour pouvoir se poser quelques questions et de ce fait s'intéresser à une démarche critique à l'égard de son propre art, le karaté en l'occurrence. C'est pourquoi peu de gens le connaissent. Qu'il soit apprécié par les grands experts s'explique certainement par sa critique des arts martiaux contemporains, en particulier dans son aspect combat libre tel que nous le connaissons.
Document d'archive écrit en 1985
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
