Une chute dans la vie
Nous avons vu que H. Hida prévoit très tôt le destin tragique qui attend la population japonaise à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale. La sensation d'être incapable d'agir pour empêcher ce destin national le conduit à une dépression profonde et il se dit :
« Quelle importance cela a-t-il de pratiquer une méthode qui ne me donne qu'une santé et une force exceptionnelles, alors que toute la population va subir de si grands malheurs ? »
Il se sent impuissant vis-à-vis de ce qu'il prévoit et nous avons vu qu'il finit par abandonner la pratique de sa méthode qui l'accompagnait depuis 43 ans. Peu après, il tombe d'une falaise et reçoit à la poitrine un violent choc, ce qui le cloue au lit pour la première fois depuis son adolescence.
Il écrit :
« Couché sur le dos, je regarde le plafond où je vois clairement le destin du Japon. J'ai été tourmenté le jour et la nuit... Je suis devenu névrotique. Je pesais habituellement 70 kg et maintenant je pèse moins de 50 kg. Selon la demande d'un jeune soldat, lorsque j'ai commencé à écrire une phrase, je n'ai écrit à peine un mot, tandis que j'ai eu la douleur dans le coeur, ce qui m'a empêché d'écrire... Je sentais au début mes pieds comme ceux d'un étranger même lorsque je marchais. Cette paralysie a commencé à monter vers le haut et lorsqu'elle a atteint sur le ventre et les poitrines, mon rythme cardiaque est devenu très irrégulier. Elle a remonté jusqu'à la tête dont j'ai l'impression de sentir une vibration permanente. Mais la capacité de pensée n'a pas diminué. Elle était tellement délicatement active, mais je savait qu'elle allait dans une mauvaise direction et pourrait arriver jusqu'à une extravagance... Même si je ne meurt pas, à quoi sert-il la vie d'un détraqué ? Je ne voulais surtout pas voir avec mes propres yeux la destruction du Japon et celle du l'Empereur. »
H. Hida se décide à se tuer en écrivant une lettre pour recommander de cesser la guerre au Premier Ministre, Hideki Tôjô.
Il écrit :
« La nuit du 11 Février 1944, j'ai sorti mon sabre que j´avais dissimulé dans l'armoire. J'ai écrit à Tôjô une lettre sur laquelle j'ai arrosé mon sang. Juste au moment où je m'apprêtais à planter le sabre dans le ventre, une image m'a arrêté dans mon geste. Si je meurt ici de cette façon, cette pièce sera plein du sang, ce qui va terriblement gêner ma famille... J'ai cessé de prendre cette solution. ».
La renaissance
Progressivement son état de santé s'améliore et la guerre finit avec les conséquences qu'avait prévu H. Hida. Dans cette condition, il décide de recommencer la pratique de sa méthode.
Il écrit :
« J'avais écrit jusqu'ici plusieurs ouvrages, dans lesquels j'ai présenté la méthode rationnelle, qui ont été tous hautement appréciés par des hommes de science. Cependant, je suis atteint d'une grave maladie et je vis à peine avec le corps de la peau sur l'os. Est-ce que cette situation est produite uniquement parce que j'ai reçu un violent coup sur la poitrine et que j'ai été profondément tourmenté ? Est-ce qu'il n'y avait pas un grave défaut dans la méthode que j'ai établi ?... En effet, lorsqu'une paralysie m'a atteint vers le ventre, j'ai eu des douleurs qui étouffait la respiration à cause d'une contraction des muscles abdominaux et de diaphragme que j'avais renforcé particulièrement par ma méthode. S'il y a une relation négative dans ma méthode, il est indispensable que je la publie... Lorsque mon état s'est amélioré, j'ai entrepris à nouveau la pratique de ma méthode pour cette raison. ».
Ainsi H. Hida retrouve une raison de se remettre en pratique de sa méthode dans la société d'après-guerre.
Il écrit :
« J'ai pu prouver la justesse de ma méthode de la voie du centre sacré... Aujourd'hui j'ai 72 ans et mon état physique dépasse largement celui d'un jeune gaillard. J'ai pu constater la juste valeur de ma méthode. Le 4 Septembre 1955, j'ai reçu une visite de l'ex-Conte Ichijô et du fils de l'ex-général Yamamoto ; j'ai montré quelques kata. Je projette mon corps sur le parquet et, en roulant sur le sol, je dégaine un long sabre... A l'état décontracté, mon bras est semblable à du beurre fondu et quand je le contracte, il devient semblable à l'acier ; en le touchant M. Ichijô poussa une exclamation. Ceci est l'état du corps à 72 ans... Depuis quelques années j'ai enfin compris l'essentiel de la voie du centre sacré. ».
Document d'archive écrit en ???
par Kenji Tokitsu - publié dans les Editions Shaolin-mon (©Tokitsu-ryu)