La convergence entre le principe du sabre et la méthode Hida
Avec ces rapprochements, nous pouvons avancer l'hypothèse que, si dans la tradition de l'art du sabre on insiste sur la force du ventre, ce n'est pas seulement pour obtenir une grande force, mais aussi pour obtenir de nouvelles possibilités d'acuité perceptive, par des stimulations cervicales, et que la manière de réaliser correctement ces stimulations constituait une part importante du secret de certaines écoles. Mais cette hypothèse reste à vérifier scientifiquement.
Dans les écoles de sabre, la transmission était voilée, car il fallait à la fois transmettre aux successeurs choisis et dissimuler aux regards des concurrents. L'habilitation à transmettre l'enseignement de l'école Nen-ryû était, selon les usages de l'époque, limitée à une seule personne, dans une province. Si une autre personne la recevait, elle devait s'installer dans une autre province. Le double jeu qui consiste à transmettre et en même temps à cacher a engendré nombre de mystifications. Si je n'avais pas lu l'ouvrage de M. Morita, je n'aurai pas pu penser que l'exercice de « suburi » que je fais régulièrement pouvait avoir un autre objectif que d'acquérir la rapidité, la précision et la force, et que cet objectif est de stimuler et de renforcer le centre du corps et peut-être aussi d'améliorer la perception. Dès que j'ai commencé à effectuer cet exercice en le sachant, la qualité du travail a changé et je lui ai trouvé une grande similitude avec la méthode Hida que je pratique en parallèle. C'est grâce à la lecture de M. Morita que j'ai pu m'ouvrir à cette sensibilité, car la transmission est parfois faite de sorte que le praticien détourne son regard de l'essentiel aussi longtemps qu'il ne reçoit pas l'information nécessaire, généralement donnée par oral.
J'avoue que cette découverte m'a donné une satisfaction, car elle r a aussi permis de préciser quelques points obscurs de la méthode du da cheng chuan. En constatant que les différentes méthodes que j'étudie convergent, j'ai la forte sensation que le travail de l'une permet d'avancer dans l'autre et j'ai la sensation qu'elles renvoient à un même principe.
H. Hida a essayé de présenter clairement dans ses ouvrages une découverte, et celle-ci touchait en quelque sorte au contenu secret des écoles de sabre. Cependant, même s'il l'avait explicitée dans ses ouvrages, la méthode pour l'assimiler n'est pas facile, c'est ce qu'il affirme avec force. Car certaines conditions sont requises pour maîtriser sa méthode : la rigueur, la sincérité, l'assiduité, la pureté d'esprit (selon son expression)... Pour renforcer le centre du corps selon la méthode Hida, il est nécessaire de parvenir à une décontraction générale du corps et, sur ce fond, de faire apparaître une tension musculaire particulière au bas du ventre et dans la partie dorsale correspondante. Nous comprenons aussi pourquoi l'étude des arts martiaux a aidé H. Hida à constituer sa méthode. Il a capté l'essentiel du principe du corps recherché en budô, mais sa préoccupation n'était pas de devenir fort en se battant contre des adversaires, mais de vaincre sa faiblesse physique qui impliquait une faiblesse de l'esprit. Personnellement, je suis bien plus attiré par cette méthode et par son état d'esprit que par les méthodes qui cherchent à atteindre l'efficacité en se situant volontairement dans un état de folie. Cela est dû probablement aussi au temps social et historique.
La critique du sport par H. Hida
Revenons aux écrits de H. Hida :
« Les athlètes sportifs de haut niveau ne sont pas toujours en bonne santé et ils meurent parfois bien jeunes. A quoi ce phénomène est-il dû ? Je ne parle pas de ceux qui négligent leur hygiène de vie. Il arrive que même ceux qui s'entraînent avec sérieux et mènent une vie saine aient des problèmes de santé. C'est principalement parce que leur méthode d'entraînement manque d'un renforcement du centre du corps et que la ligne centrale n'est pas actualisée dans leur corps. Ce qui produit chez eux un déséquilibre entre les organes internes et aussi une disproportion entre des forces partielles et la force du centre de corps et leur fait subir des chocs trop importants. Autrement dit, dans beaucoup de cas, la méthode d'entraînement ne renforce pas le plus important : la force du centre du corps, ce qui provoque des déséquilibres énergétiques. On cherche à fortifier le dérisoire en négligeant l'essentiel. Si l'on sollicite un effort important dans cet état, les organes, les viscères et aussi l'encéphale subissent des effets négatifs.
La posture correctement formée par les forces du bas du ventre et celles de l'arrière du bassin permet de protéger le système nerveux et tous les organes. Mes organes internes et mes viscères sont protégés des vibrations négatives comme si elles étaient protégées par un tonneau sacré en acier. C'est pourquoi, quelle que soit la violence avec laquelle je m'entraîne dans le dojo, ma respiration est calme comme si je ne respirais pas et ma vision reste claire et large. Il est intéressant de noter qu'il ne se produit aucun changement dans mon rythme cardiaque. Somme toute, en employant la véritable force centrale, les notions d'excès et surmenage disparaissent... Depuis que je l'ai compris clairement, j'ai appliqué la violence et la vitesse à l'exécution de ma méthode et j'ai constaté un net développement de la force musculaire et, par là, l'esprit et les gestes ont gagné en rapidité, ce qui m'a permis de raccourcir la durée de l'exercice... L'excès et le surmenage ne sont pas des questions de degré et de quantité de la force employée, mais une question d'équilibre entre le centre et le reste du corps. Si la force centrale est supérieure à celle des autres, il n'y a plus de problème... ».
Les difficultés de la méthode Hida
Les problèmes et les difficultés de cette méthode tiennent à ce que les résultats et les exploits de H. Hida dépassent l'ordre de l'ordinaire et' touchent un domaine difficilement explicable, bien qu'il s'explique en termes logiques et scientifiques.
Du vivant de H. Hida, sa méthode a attiré beaucoup d'attention et plusieurs médecins, scientifiques et hauts fonctionnaires du gouvernement se sont portés garants de l'authenticité et de la valeur de sa méthode. Cependant, cela n'a pas amorcé d'étude scientifique systématique. Il me semble qu'il touchait une sorte de tabou de la science. Autrement, pourquoi n'y a-t-il pas eu un suivi par des chercheurs scientifiques du cas de H. Hida au Japon ? Cela est dû probablement à l'engagement du Japon dans une politique de guerres et aussi au fait que l'application de cette méthode touchait à un domaine spirituel où la science n'a pas tellement d'outils d'exploration. Les scientifiques semblent parfois préférer se trouver en sécurité en excluant des cas exceptionnels comme non existants ou faux. De fait, le temps ayant passé, les expériences de H. Hida ne sont plus vérifiables ; on peut donc dire qu'elles n'ont jamais existé.
Les recherches de M. Morita sont intéressantes, mais bien peu de kendokas les étudient. Pourquoi ? Si un kendoka prend au sérieux son hypothèse et la travaille scientifiquement, cela le forcera à une mise en cause des techniques du kendô moderne. Qui ose le faire ? Cependant les ouvrages de M. Morita demeurent et ouvrent des possibilités.
Document d'archive écrit en ???
par Kenji Tokitsu - publié dans les Editions Shaolin-mon (©Tokitsu-ryu)