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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maitres du sabre japonais - Kamiizumi-3
        theatre no et arts martiaux declin des ninja

clan Hata Ninja Kugutsu theatre no art sangakuninjutsu n'est pas le budo ensemble du sangaku

Au XIV° siècle, un grand acteur, Kanami (1333-1384) donne forme au théâtre no, le détachant du sangaku, appelé à l'époque sarugaku ou dengaku. Cependant, la formation des acteurs du no continue de renfermer les éléments du sangaku. Une grande partie du théâtre no joué aujourd'hui a été composée par le fils de Kanami, Zeami (1363-1443) qui collabore avec son père et complète son oeuvre. Zeami a aussi écrit de nombreux ouvrages théoriques sur le théâtre. Avant l'époque de Kanami Zeami, le théâtre no n'avait pas de système précis et incluait les formes théâtrales les plus diverses. Le rapport entre le sangaku et le ninjutsu s'éclaircira sans doute, si je précise que Kanami et Zeami appartenaient au clan Hattori, d'où est issu un siècle et demi plus tard une importante école de ninja.

Le théâtre no et les arts martiaux.

Les oeuvres de Zeami sur le théâtre peuvent se lire comme des ouvrages sur les arts martiaux. Elles se réfèrent aux techniques du corps (comment se déplacer et bouger les pieds, les mains, le corps) et aux techniques de l'esprit (comment créer telle et telle émotion et impression chez les spectateurs). Zeami expose les différentes expressions de la force, les prises de cadences et de distance et leurs changements, bref la façon d'atteindre la perspicacité qui capte à chaque moment la situation globale du théâtre, comme l'adepte des arts martiaux capte la relation à son adversaire. En remplaçant la situation du théâtre par celle du combat, son ouvrage devient un excellent texte sur l'art martial. Ceci justement parce que le théâtre no provient du sangaku qui comprenait des acrobaties basés sur les mouvements du corps les plus divers et des spectacles de magie qui consistent à tromper les regards de spectateurs. On y reconnaît donc aussi la filiation du ninjutsu. Le no a été mis au point en éliminant les aspects vulgaires de ce spectacle et en accentuant et en raffinant le caractère sobre de l'expression.

Zeami a écrit un ouvrage sur le théâtre no intitulé « Shikado » - la voie pour atteindre la fleur - où la fleur symbolise l'état ultime de l'expression théâtrale du no. En voici quelques passages que j'ai traduits :

« Si vous bougez en même temps le corps et les pieds, votre geste parait brutal. Si vous déplacez les pieds délicatement lorsque vous bougez le corps violement, vos gestes paraissent puissants mais pas brutaux. Et lorsque vous posez les pieds avec puissance et remuez le corps délicatement, vos gestes ne paraissent pas brutaux, même si on entend résonner fort le bruit des pas.....

Pour la danse il est important d'apprendre à regarder devant tout en étant vigilant derrière. Le jeu d'un acteur vu par les spectateurs n'est pas exactement ce que l'acteur ressent. Il est essentiel de se voir avec un regard détaché de l'image que l'on a de soi.....

Les spectateurs avertis sont parfois intéressés par l'absence d'expression d'un acteur. Cela arrive lorsqu'ils sont sensibles au mouvement de l'esprit de l'acteur profondément dissimulé... Cette absence de l'expression correspond à une vacuité existant entre deux techniques d'expression... »

Ce sont les phrases que nous pouvons lire comme un livre d'enseignement sur un art martial. A partir de XVII° siècle, les écrits sur l'art du sabre se multiplient et un grand nombre d'entre eux empruntent souvent les mots et les phrases énoncés par Zeami.

« Il ne faut pas oublier la pensée initiale. ». Cette phrase de Zeami a été maintes fois répétée dans l'enseignement de l'art.

L'idée de « jo-ha-kyu », jo (introduction), ha (rompre la cadence), kyu (cadence rapide) est aussi devenue habituelle dans les arts japonais.

L'apogée et le déclin de l'art des ninja.

Comme nous avons vu, à partir du XV° siècle, le Japon a vécu plus d'un siècle de guerres féodales. Cette période a constitué la base de tous les arts martiaux traditionnels japonais et ils fleurissent en tant que budo une fois que la société des samouraïs se stabilise. Il n'en va pas de même de l'art des ninja qui connaît son apogée durant la période des guerres. Il décline à la période Edo lorsque la société se stabilise, car son emploi devient strictement limité, et il commence à se rouiller de plus en plus comme un couteau abandonné dans une grange. C'est par la télévision, puis par les films, que les images de ninja ont commencé à prendre leur vol dans les fantasmes des spectacles des années 1980. Mais la réalité historique est bien différente de ces images.

Document d'archive écrit en 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

clan Hata Ninja Kugutsu theatre no art sangakuninjutsu n'est pas le budo ensemble du sangaku

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