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En suivant un vassal qui lui montre le chemin, il suit un longue couloir qui longe en bordure de nombreuses pièces grandement ouvertes, donnant face au jardin. Par son éducation, depuis l'enfance, il a acquis le réflexe de contourner largement les coins du couloir pour éviter une éventuelle attaque de celui qui y se dissimulerait. C'est quand il passe devant un grand paravent qu'il ressent tout d'un coup une volonté d'attaque dans son dos comme une sorte de frisson désagréablement aigu. En même temps, il est déjà dans l'espace et le temps de l'affrontement ; il tient de la main droite son wakizashi (le sabre court) et a aperçu un homme au masque noir mourrant, pourfendu de l'épaule gauche jusqu'au nombril. C'est seulement après avoir réagi ainsi que Bokuden réalise exactement ce qui s'est passé. C'était lorsqu'il a dépassé le paravent, un homme qui s'était caché lui a lancé une attaque du sabre par le côté gauche en arrière. Bokuden avait dégainé son wakizashi et non pas son tachi (grand sabre). Au lieu d'esquiver en s'éloignant, il a pénétré près de l'agresseur en évitant son attaque de justesse et l'a pourfendu d'un seul coup en biais de haut en bas.
En entendant le bruit, les vassaux arrivent immédiatement. L'un d'eux défait le masque et crie : « Oh ! C'est Ochiaï Yoshitsugu qui avait mené le tournoi si peu cordialement. » Un autre dit : « Il était vassal de notre seigneur mais il a été chassé il y a quelques années. ». C'est à ce moment qu'arrive le seigneur Rokkaku, il dit : « Qu'est-ce qu'est ce vacarme ? ». Et apprenant ce qui s'est passé, il dit : « N'êtes vous point blessé Bokuden ? Je suis profondément désolé de ce qui s'est passé dans ma maison. ». « Ne vous inquiétez pas mon seigneur. Je ne suis aucunement blessé. »
Entendant cette réponse, le seigneur Rokkaku dit : « Vous êtes en effet un véritable adepte. »
Un des vassaux demande à Bokuden : « Pourquoi avez-vous utilisé le sabre court (wakizashi) et non pas le sabre long (tachi) ? »
Bokuden réfléchit un instant car il ne savait pas lui-même pour quelle raison il avait dégainé le wakizashi et pas le tachi, il dit :
« J'ai été attaqué par le côté gauche, je n'ai pas eu le temps de dégainer le tachi que je porte du côté gauche, or le wakizashi étant plus court, il était plus facile à manier dans cet espace étroit du couloir. Bien que le couloir soit ouvert vers le jardin, il est fermé devant ce paravent par des portes coulissantes assemblées. L'agresseur avait dû calculer cela. »
Le vassal dit : « En effet, ce couloir n'a que largeur d'un mètre vingt. Non seulement il est difficile d'y manier le tachi mais, surtout, de le dégainer, tandis que l'espace de l'agresseur est largement dégagé dans la pièce. Il a donc bien prémédité sa tactique. »
Bokuden rajoute : « Mais ce que je dis est ce que j'analyse maintenant, je n'ai rien pensé sur le moment, j'ai agi instinctivement. »
Les vassaux disent : « C'est d'autant plus la preuve de votre excellence en sabre.». Le seigneur Rokkaku le confirme en disant : « Vous êtes réellement un grand adepte. »
Une leçon tirée de l'expérience.
Mais Bokuden ne peut pas se contenter des éloges qu'il a reçus dans la maison Rokkaku. Il s'est demandé plusieurs fois en se rappelant les images de la situation : « Est-ce que cela n'était pas un hasard faste ? Est-ce que j'aurais pu m'en sortir s'il y avait une autre attaque semblable ? ». Il ressent des frissons dans son dos en imaginant le résultat inverse car la situation du combat lui semble n'avoir tenu qu'à un fils fin qui pouvait se rompre à tout moment. Après plusieurs jours de réflexion, il en tire une conclusion et se dit : « J'ai pu me tirer de la situation car ma disponibilité de corps et d'esprit était en éveil. S'il y a eu une autre attaque, la situation aurait été semblable. Mais il ne faut pas se fier seulement à ma propre capacité car dans la situation du combat des éléments divers peuvent s'ajouter et elle peut tout moment basculer. Il est donc nécessaire d'avoir une attitude prudente. ». Il compose une phrase à une tonalité poétique pour graver profondément dans son esprit une leçon qu'il a tirée de cette expérience et de ses réflexions.
« S'il y a un autre, un samouraï le verra toujours à sa droite. » Ce qui signifie qu'une attaque subite venant de côté gauche est difficile à parer et, de même, pour porter une attaque inattendue à son adversaire en « uki uchi » il faut la situer du côté droit. Un samouraï doit passer avec une vigilance le lieu où il y a un risque de recevoir une attaque de son côté gauche.
Document d'archive écrit en septembre 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
