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C'était l'époque d'une mise en cause socioculturelle. Le pouvoir du shogunat était faible et instable et la hiérarchie féodale toujours en balance. Il était fréquent qu'un vassal s'empare du fief de son seigneur. A cette époque, aucun seigneur ne se fiait totalement à ses vassaux. Il était usuel qu'au moment de dormir un seigneur change l'emplacement de sa couche qu'un vassal avait dépliée et si on l'appelait de l'extérieur au cours de la nuit, il ouvrait sa porte avec la lame d'un naginata (arme dont la lame épaisse est attachée au bout d'un long manche, alliage du sabre et de la lance). De telles précautions étaient indispensables pour qu'un seigneur puisse se maintenir en place. Cette période était symbolisée par l'expression : « le bas s'empare du haut ». Mais, sous ces apparences de désordre, cette société était traversée par le dynamisme de la recherche d'autres valeurs, formes sociales et activités culturelles. L'art japonais de l'époque Muromachi (1338-1573) peut être caractérisé par son aspect rénovateur et créateur alors que l'époque Edo a été celle du raffinement. De l'époque Muromachi datent, par exemple, le théâtre No, la cérémonie du thé, les arrangements floraux. C'est aussi à partir de cette époque que les Japonais ont commencé à vivre sur des tatamis comme on le voit encore aujourd'hui. La vie des Japonais a subi de grands changements et connu des rénovations importantes durant cette période. L'art du sabre ne fait pas exception.
Le choix du représentant de Kyoto
Le second combat oppose Yoshioka à Araï. Ce Yoshioka est l'arrière-grand-père du fameux Yoshioka contre lequel Miyamoto Musashi s'est battu à Kyoto au début du XVIIe siècle. Les deux combattants de haut niveau se connaissent bien et s'apprécient. Le combat dure longtemps et, finalement, c'est Araï qui l'emporte. Il tire au sort avec Ochiai pour savoir lequel d'entre eux se battra contre Okamoto. C'est Araï qui est désigné mais il est épuisé par le long combat qu'il vient de mener contre Yoshioka. Malgré sa fatigue, il combat vaillamment Okamoto mais il perd loyalement.
Le dernier combat oppose Ochiai à Okamoto. Ochiai voit que son adversaire est déjà fatigué par le combat qu'il vient de mener ; de plus, il est bien plus âgé que lui. Il adopte donc la tactique de faire durer longtemps le combat en s'éloignant d'Okamoto et en lançant de nombreuses feintes. Mais Okamoto, un adepte d'expérience, ne le laisse pas prendre l'initiative de la situation et garde son sang-froid. Au moment où son adversaire change la cadence de ses gestes en renonçant à sa tactique initiale, Okamoto frappe le poignet de son adversaire. Mais, presque au même instant, le bokken d'Ochiai le touche au poignet. « Egalité ! » crie Ochiai avant même que le juge ne se prononce. Alors, le juge Aisu Iko lui dit : « Regardez bien votre propre poignet. C'est Okamoto qui est le vainqueur. Si cela était un sabre véritable, vous n'auriez plus de main droite tandis qu'Okamoto aurait seulement une blessure légère. ». En effet, le poignet de Ochiai est déjà enflé et violet et celui de Okamoto ne porte qu'une légère marque rouge. Bien que Ochiai montre son mécontentement, le jugement d' Aisu est incontestable et, surtout, son autorité est inébranlable. C'est donc Okamoto Shunko qui est choisi pour représenter l'école de Kyoto face à l'école de Kashima.
Bokuden à Kyoto.
Sur le chemin qui le mène à Kyoto, Bokuden a dû traverser un grand nombre des péages installés par les seigneurs locaux pour leur propre protection. Chaque péage est sévèrement gardé et les voyageurs sont obligés de payer une somme considérable. En arrivant au centre ville, il est ébloui d'abord par le nombre des personnes habillées de façon variée qui encombrent les rues en marchant en tous sens. La ville de Kyoto porte les traces des batailles dont la plus importante est celle de la guerre de Onin (1467-1477) où ont été détruits plus de deux cent mille bâtiments et où un grand nombre des temples ont été brûlés. Pourtant, sa vitalité éclate malgré les ruines.
Ashikaga Yoshitada avait une fois été évincé de sa place de Shogun mais il vient de la reprendre et n'a pas encore célébré la cérémonie de reprise du titre devant l'Empereur. Cette cérémonie est prévue dans le mois qui suit et le combat de Bokuden s'inscrit dans les festivités qui suivront la cérémonie. En attendant le jour du combat, Bokuden est reçu par un grand seigneur du Sud, Ohuchi Yoshioki, qui a contribué au retour du Shogun et se trouve donc être un des hommes les plus puissants de Kyoto, recevant chaque jour un grand nombre de visiteurs. La demeure d'Ohuchi est composée de plusieurs bâtiments et Bokuden est logé dans un des bâtiments les plus éloignés et tranquilles. Il sort quelquefois pour visiter la capitale mais il emploie le plus clair de son temps à s'entraîner dans le jardin où se trouve un coin dégagé au milieu des feuillages épais donnant l'impression d'une forêt. Dès son arrivée, quelques vassaux d' Ohuchi demandent à Bokuden de les entraîner, ce qu'il accepte volontiers car il a hâte de faire connaissance avec la pratique de l'art de sabre des Bushi de Kyoto.
Document d'archive écrit en 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
