L'enseignement du déplacement par immersion
En étudiant l'art classique du sabre japonais, j'ai compris comment ce principe était sous-jacent à certains enseignements sans y être clairement exprimé. J'ai alors analysé, à partir de ce principe, le contenu de différentes disciplines des arts martiaux japonais et chinois et constaté que la manière d'utiliser l'énergie de la pesanteur intervenait d'une façon très subtile. Ce principe est facile à énoncer mais difficile à appliquer. En fait, sa mise en oeuvre est décelable dans les techniques avancées de différentes écoles mais elle est communiquée, à la manière d'un secret d'efficacité, à travers la réalisation de certaines techniques.
Selon mon analyse, le déplacement par immersion a été découvert et approfondi dans l'art du sabre japonais à partir de trois directions :
- L'effort pour dépasser l'impasse rencontrée dans la recherche d'un dynamisme basé sur les déplacements spontanés (propulsion) ;
- La recherche de techniques qui suppriment les manifestations préalables au geste qui permettent à l'adversaire de prévoir une attaque (kehaï) ;
- La recherche d'une plus grande énergie dans l'exécution technique.
Je citerai deux exemples. Dans l'école de sabre classique Kaïshin-ryu (Kuroda 1992), toutes les techniques sont basées sur le « principe de non utilisation (de la force) des jambes » (musoku no ho). Dans cette école, le déplacement par immersion est associé à des mouvements de rotation dont l'axe est donné par la ligne centrale du corps et la frappe du sabre se caractérise par une rapidité et une puissance fulgurantes. Pourtant, cette technique est peu éprouvante physiquement car l'ensemble chute-rotation associe l'énergie des différentes parties du corps qui entraîne les bras. La manière dont l'effort est réparti dans ce type de technique mériterait une étude spécifique. L'application la plus récente du principe d'immersion, qui n'est cependant pas explicité, est la forme de déplacement développée pour augmenter l'efficacité, par le maître de karaté Sigeru Egami, sous le nom de « principe de rapprochement avec la terre » (shukuchi-ho) ( Egami 1970).
Document d'archive écrit en 1995
par Kenji Tokitsu - publié dans Japon pluriel, actes du premier colloque de la Société française des études japonaises. Ed Philippe Piquier, Arles