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Articles de K. Tokitsu
    Texte d'orientation 1994-95
        Principe d'immersion dans l'art du sabre japonais kenjustsu

Déplacement par immersion, gravite et pesanteurCorrélations, principe d'immersion pas explicité qi gong

Le principe d'immersion dans l'art du sabre japonais

Selon mon analyse, ce principe a été découvert et approfondi dans l'art du sabre japonais à partir de trois directions :

1- Par l'effort pour dépasser l'impasse rencontrée dans la recherche d'un dynamisme basé sur le principe de propulsion.
La plupart des guerriers ont recherché l'efficacité en combat au travers des techniques basées sur le principe de propulsion, qui est le plus spontané. Dans les combats et les batailles, vieillir conduit à l'inefficacité, tout comme pour les sportifs de nos jours, mais ils n'ont pas la possibilité d'une retraite douce. Ceux qui perdent l'efficacité perdent la vie. Comment résoudre cette difficulté ? Ils ont cherché les possibilités de la dépasser.

2 - Par la recherche de techniques qui suppriment les manifestations préalables au geste.
« Frapper sans geste de démarrage perceptible par l'adversaire » est un des problèmes techniques majeurs qu'ont affronté toutes les écoles de sabre japonais. Lorsque nous faisons un mouvement volontaire en nous propulsant d'un puissant coup sur le sol, ce geste s'accompagne inévitablement d'un mouvement préparatoire, si minime soit-il. Par exemple, vous ne pourrez pas faire un saut puissant sans exprimer aucunement votre démarrage (tant gestuel que psychologique). Il en va de même pour exécuter une technique d'attaque ou de défense en propulsant violemment votre corps.
Comment faire un mouvement détaché de l'expression de la volonté d'attaque ? Dans l'histoire du sabre japonais, tous les adeptes se sont heurtés à ce mur : sitôt que vous voulez frapper, l'adversaire capte déjà la manifestation du mouvement de votre esprit. Comment dissimuler cette expression ? Miyamoto Musashi, célèbre maître de sabre japonais du XVIIe siècle, dans son ouvrage majeur « Gorin no sho », donne une réponse avec « la frappe de non pensée », « la frappe d'une seule cadence », « la frappe de l'étincelle sur une pierre ». Dans l'école Ittô-ryû, on nomme musô-ken (sabre du rêve) l'art ultime où l'adepte se sert du sabre comme dans un rêve « sans avoir conscience de le manier ». Cet état auquel semblent être parvenus certains maîtres de sabre, qui ont souvent eu recours à des pratiques religieuses ou mystiques, mériterait une réinterprétation en termes psychophysiologiques. Un des objectifs de ces techniques est que la frappe du sabre apparaisse sans l'accompagnement gestuel qui risque de la faire prévoir à l'adversaire.
Aussi longtemps qu'on s'appuie sur le principe de propulsion, il est impossible d'effacer le démarrage du geste technique, ce qui devient possible avec le principe du déplacement par immersion. En effet, vous pouvez apprendre à abaisser le corps en ôtant les tensions des jambes sans préparation visible et par conséquent, vous pouvez vous déplacer sans manifester le démarrage. Avec une méthode d'entraînement basée sur ce principe, vous pouvez réaliser une technique d'attaque et de défense sans manifester aucun préalable. Dans les arts martiaux japonais, cet état d'esprit est désigné par « kéhaï o kesu », ce qui veut dire « effacer une expression du ki » ; le « ki » est entendu ici au sens de volonté ou de l'expression de l'énergie vitale. Cette expression est probablement moins familière à la plupart des praticiens que celle de « kisémé » repousser ou accabler l'adversaire par la volonté ou le « ki » avant de porter une attaque, attitude à laquelle ils ont été sensibilisés. Pourtant, dans la pratique traditionnelle des arts martiaux japonais, ces deux directions de pratique du « ki » sont également importantes. L'une tend à influencer, intimider ou repousser l'adversaire par une imposition de la volonté préalable à une attaque. L'autre vise à effacer toute expression de volonté au moment de porter une attaque et aussi à rester impassible, semblable à une pierre, face aux tentatives de l'adversaire.

3 - Par la recherche de l'acquisition d'une plus grande énergie dans l'exécution technique.
Avec le principe de déplacement par immersion, vous pouvez engager la totalité du poids du corps dans l'exécution technique, ce qui augmente considérablement l'efficacité. Car vous pouvez utiliser l'énergie de la descente du corps due à la gravitation. Ce mouvement de descente est absorbé par la contraction musculaire des jambes. Ce procédé est à l'inverse du mouvement ordinaire où vous vous propulsez d'abord par contraction musculaire et absorbez ensuite la chute. Dire qu'ils sont en rapport inversé est trop simple, car la réalisation d'un nouveau mode d'action signifie une réorganisation importante du système sensori-moteur.
La première étape de l'enseignement est de placer correctement son poids dans le bas du corps et d'utiliser la force de la chute dans un déplacement. Dans la seconde étape, vous apprenez à transférer cette force de chute sur la main, sur le poing ou sur le sabre. Reste à étudier dans quel cas de figure et dans quelle direction du coup cela est possible.
Est-il possible de frapper, en quelque sorte, aussi fortement que vous pouvez chuter ? Dans la technique du kenjutsu, cette énergie de descente est associée à celle d'une rotation autour de l'axe central du corps. Selon mon approche ce principe se trouve aussi dans la technique de concentration de force en dà chèng chuan et celle du taichi de Chen.

Le principe du déplacement par immersion est un aboutissement de la recherche de l'efficacité dans le kenjutsu, l'art du sabre japonais. C'est pourquoi il constituait un secret pour les différentes écoles et c'est la raison pour laquelle je l'ai introduit dans mon école.

L'étude du sabre classique montre que l'ensemble des techniques basées sur le principe du déplacement par immersion ne se situe pas dans le prolongement qualitatif de l'évolution du principe de propulsion qui est plus spontané. Il ne s'agit pas d'un aboutissement quantitatif de la répétition du déplacement par propulsion. Aussi longtemps que vous ne changez pas le principe, il est impossible d'y accéder. Sur ce point, pouvoir dire « je m'entraîne beaucoup » ne fait pas beaucoup avancer.
Comme nous avons vu, ce principe a été élaboré à partir d'une mise en cause d'un principe plus immédiat. L'expérience empirique n'a de valeur que si elle aboutit à une mise en cause de son propre système. Si nous observons des exercices techniques de combat comportant les deux formes de déplacements, il est difficile de les distinguer au premier abord. La différence se constate dans l'efficacité au combat, surtout avec des personnes âgées. Sous une apparence similaire, certains phénomènes corporels peuvent procéder de principes différents ; les déplacements en sont un exemple. La recherche de l'efficacité dans l'art du combat nous conduit à réexaminer la logique à laquelle nous sommes habitués.
Je pense que la pratique sérieuse du karaté et de l'art martial restera brève aussi longtemps que les personnes de 40 à 50 ans parleront du temps où elles était plus fortes... il y a dix ans, aussi longtemps qu'elles ne sauront pas appliquer une autre logique du corps. Le principe de déplacement par immersion nous offre une porte d'entrée vers un art martial conçu sur le long terme.
J'ai essayé d'expliciter la raison pour laquelle j'ai introduit l'art du sabre dans mon école. J'ai rencontré plusieurs maîtres de sabre et l'école Kaïshin-ryû enseignée par maître Tetszan Kuroda m'a le plus convaincu ou faut-il dire que je n'ai été convaincu par aucune autre. Il existe un grand nombre d'écoles de sabre classique au Japon, mais la plupart d'entre elles me semblent avoir développé principalement l'aspect formel quasi cérémoniel de l'art ; sur ce point le kenjutsu de l'école Kaïshin-ryû est exceptionnel.
Cependant il convient de noter ceci :
Dans mon enseignement du karaté et du taichi se reflète spontanément la pratique du kenjutsu. Il ne s'agit pas d'inviter tout le monde à la pratiquer le kenjutsu. Je veux indiquer la source et la référence de certaines techniques et des principes que j'introduis dans mon enseignement du karaté et du taichi.

Document d'archive écrit en juin 1994
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin Shaolin-mon n°1

Déplacement par immersion, gravite et pesanteurCorrélations, principe d'immersion pas explicité qi gong

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