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Le maître de sabre Toru Shirai (1783-1850)
Je vais aujourd'hui présenter le maître de sabre Toru Shirai dont J. Yamada écrit : « Nous ne serons jamais trop élogieux pour lui, c'est un des plus grands adeptes depuis deux siècles ».
En effet, le jaillissement de son énergie en combat était tel que les adeptes de l'époque disaient : « Le sabre (bokken) de Shirai dégage un cercle lumineux ».
Kaishu Katsu (1823-1899) raconte l'impression qu'il eut en s'entraînant avec T. Shirai :
« La différence entre le ken (do) et le zen ne réside que dans les idéogrammes. Lorsque je m'entraînais au sabre, j'ai eu l'occasion de recevoir les leçons d'un adepte qui s'appelait Toru Shirai. J'ai énormément appris de lui. Son art du sabre avait une sorte de puissance surnaturelle. Dès qu'il prenait le sabre, il dégageait une atmosphère à la fois sévère et pure, puis une puissance inapprochable jaillissait du bout de son sabre, ce qui était surnaturel. Je n'ai même pas pu me mettre en face de lui.
J'ai voulu atteindre son niveau et me suis entraîné sérieusement mais, à mon regret, j'en étais très éloigné. Je lui ai demandé un jour pourquoi je sentais une frayeur pareille devant son sabre. Alors, il m'a répondu en souriant : « C'est parce que tu as fait quelques progrès en sabre. Celui qui n'a rien ne sentira rien. Cela montre la profondeur du sabre ». Ces paroles ont confirmé mon effroi devant l'étendue de la voie du sabre. Ce n'est pas sans difficulté que T. Shirai, un des plus grands adeptes du kendo, avait atteint son niveau et ce sont justement ces difficultés que nous allons examiner. Il écrit dans son ouvrage « Hyoho Michi Shirubé » (Jalons de l'itinéraire de la voie du sabre) : « Depuis mon enfance, j'ai passé plusieurs dizaines d'années au sabre et ai failli détruire ainsi ma vie entière... Je souhaite que ceux qui viennent après moi puissent éviter certains détours inutiles par lesquels je suis passé. C'est dans ce but que j'écris cet ouvrage... ».
T. Shirai a commencé la pratique du sabre en 1790 à l'âge de huit ans. Il avait pour maître S. Yoda de l'école Kijin-ryu.
La spécificité de l'entraînement de cette école était de combattre en force avec l'armure de protection en poussant des cris au maximum. L'entraînement était difficile à supporter pour ceux qui n'étaient pas grands et robustes. T. Shirai, qui n'était pas puissant physiquement, décida de s'exercer chaque soir après l'entraînement épuisant de la journée, à frapper mille fois dans le vide avec un bokken lourd. Pendant plusieurs années, il ne manqua pas un seul jour d'effectuer cet exercice. Il écrit : « Grâce à cet entraînement, à 14 ans, j'étais le plus fort parmi les disciples ».
En 1797, à 15 ans, il entre à l'école Itto-ryu de Chuta Nakanishi, un des maîtres les plus célèbres d'Edo. Dans ce dojo, il éprouva encore une fois que la puissance physique est indispensable à acquérir : « C'est pourquoi je me suis entraîné deux fois plus que les autres ». En effet, quel que soit le nombre de personnes présentes au dojo, il s'entraînait toujours deux fois avec chacun, ce qui lui valait une exceptionnelle réputation de sérieux. Et le soir, il répétait plusieurs milliers de « suburi » avec un bokken très lourd. Shirai écrit : « J'ai perdu mon père très tôt et ai été élevé par ma mère qui comptait un par un les milliers de kiaï que je poussais dans cet exercice, cela m'encouragea. Ainsi, pendant au moins cinq années, je ne manquais jamais de le faire, même le jour où j'étais malade ».
En 1801, son maître mourut, il avait alors 19 ans, il quitta Edo et voyagea en s'entraînant dans les dojos de chaque région. On appelait « mushashu-gyo » ce genre de voyage de formation. Il avait 23 ans lorsqu'il parvint à Okayama son pays natal. Sollicité par ses amis, il s'y installa pour enseigner le kendo et le nombre de ses élèves dépassa bientôt 300.
Document d'archive écrit en 1984
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
