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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 4 : La recherche de profondeur du combat
        combat libre armures de protection jiyu-kumite

combat en budo unite du ki du sabre et du corps

A. Itosu, qui est toujours resté dans l'île d'Okinawa, avait conçu le karaté comme un moyen d'éducation physique inspiré du modèle militaire, mais son élève G. Funakoshi, s'installant à Tokyo, a pris pour modèle le budo traditionnel Puisqu'il donnait ses cours au Yushinkan, le dojo de kendo du célèbre H Nakayama, il aurait été surprenant que G. Funakoshi ne prenne pas conscience d'un décalage qualitatif entre le karaté d'Okinawa et le budo japonais, tant en ce qui concerne les formes que le niveau atteint.

Le modèle de l'entraînement et de l'enseignement du karaté a été élaboré à partir des exemples du kendo, du judo et du jujutsu. L'exercice de sanbon-kumité ou gohon-kumité provient du modèle de « kiri-kaéshi » ou « uchi-kaéshi » du kendo. Plusieurs formes d'exercice de « yakusoku-kumité » sont venues des exercices du jujutsu. Le système des grades et les vêtements avec les couleurs graduées des ceintures sont repris du judo. Ainsi, pendant la première moitié du 20ème siècle, tant par la forme que par le contenu, le karaté s'est adapté à la forme japonaise du budo. Mais il faut remarquer que, au-delà des modifications apparentes, ce qui ne cessait d'attirer les maîtres de karaté était la profondeur du budo japonais. Le combat entre S. Takano et K. Naïto donne un exemple de la profondeur à laquelle ils se sont heurtés avec un choc admiratif.

Difficultés et facilités du karaté

En karaté, la situation du combat entre S. Takano et K. Naïto est difficile à concevoir. Tout d'abord manquent les armures de protection et les shinaï qui séparent les corps de deux adversaires. Les deux corps se touchent directement au cours d'un affrontement en combat de karaté. Il y est difficile d'aller jusqu'à la limite d'une perception comme l'a fait K. Naïto, de pousser son adversaire par sa volonté et de rester imperturbable en recevant les coups. En combat de karaté, nous ne pouvons pas exercer notre perception à ce point. Avant de parvenir à ce degré, il faut éviter les coups, car le corps n'est pas protégé. De la même manière qu'autrefois les adeptes de sabre s'exerçaient avec bokuto, sans armure, en arrêtant les coups, c'est par l'exercice de « yakusoku-gumité » que certains maîtres ont tenté d'approcher cette profondeur. C'est la raison principale pour laquelle G. Funakoshi s'opposait à l'exercice de combat libre (jiyu-kumité).

Elaborer un système de combat du type du kendo était une des préoccupations les plus importantes de tous les maîtres de karaté de l'époque. Ils ont tenté d'introduire des armures de protection à partir tantôt de l'armure de kendo, tantôt de la protection de celui qui reçoit la balle en base-ball. Mais avant qu'aucun des maîtres n'ait pu trouver une forme de protection qui permette d'explorer la profondeur du combat comme en kendo, la pratique sportive du jiyu-kumité s'est développée. On n'y frappe pas véritablement, d'où un dilemme permanent. Il faut arrêter le coup juste avant de toucher et en même temps réaliser une force maximale. Quelle que soit l'interprétation que l'on donne de ce type de combat (sundomé-kumité), la situation demeure fictive. Avoir la sensation de frapper sans frapper véritablement et frapper réellement, c'est différent. Pour résoudre ce dilemme certains utilisent des armures inspirées du kendo, mais le corps vêtu d'une armure n'étant pas le corps direct, les techniques de combat vont être déformées au contact d'un corps durci et alourdi par l'armure. Et si la blessure au visage est évitée, le choc au niveau des cervicales est plus important à cause du poids du casque. D'autres ont adopté la règle de porter réellement les coups sans protections, mais à la suite d'accidents graves, ils ont commencé à interdire certains coups, au visage, aux parties sexuelles, etc., ce qui dénature considérablement la conception du combat. En réalité, si on fait un exercice plus proche de la réalité du combat, il faut savoir attaquer et défendre les parties du corps les plus sensibles. Un autre courant encore autorise les coups réels quelque soit la partie du corps sans utiliser aucune protection. Les accidents y sont habituels pour celui qui vainc et pour celui qui perd en combat. Les cassures de côtes et de dents y sont banales, plusieurs ont eu le nez cassé et certains ont perdu la vue d'un oeil. Les accumulations des coups reçus y semblent déformer la perception et les réflexes, aussi les traumatismes ne sont ils pas tous apparents. Il y est difficile de tracer une ligne de démarcation entre le combat de karaté et l'affrontement de rue.

Avec l'exemple du kendo, nous pouvons comprendre qu'une attitude sérieuse n'implique pas forcément de mener un combat pour descendre son adversaire. L'essentiel est de pouvoir faire une distinction entre deux types de situations, celle où « j'ai frappé, alors le juge m'a déclaré vainqueur » et celle où « j'ai frappé après avoir déjà gagné ». Cette dernière peut nous mener à l'étape où « j'ai vaincu l'adversaire au niveau de la volonté et je l'ai dominé sans frapper ». Les maîtres du karaté de la génération de G. Funakoshi avaient incontestablement une forte aspiration à élever leur art jusqu'à ce niveau réalisé par le kendo japonais. En partant de ce point de vue, nous pouvons constater que, si le karaté est bien développé comme sport de combat, ses possibilités dans le domaine du budo ne sont pas encore suffisamment explorées.

Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

combat en budo unite du ki du sabre et du corps

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