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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 2
        kata classique de Naifanchi par maitre Yabu

Naifanchi Tekki authenticite critiques et appreciation des maitresidée directrice d'Anko Itosu guerre armee militaire

Mais, contrairement aux avis partagés de ses contemporains, aujourd'hui la tendance est à admirer, sans nuances, la personne et l'oeuvre d'A. Itosu. Je pense qu'il faut un regard objectif pour comprendre la nature et la qualité du karaté dont nous héritons. Car voir les choses objectivement est à la base de toute la pensée stratégique et donc du budo. Nous devons nous demander pourquoi les disciples d'Itosu, comme Kentsu Yabu qui était sans aucun doute un des plus grands adeptes de cette époque, avaient une attitude critique à l'égard de l'oeuvre de leur maître ? K. Yabu n'était certainement pas opposé à la démarche d'A. Itosu mais, de son point de vue d'adepte, il n'a pas approuvé les modifications apportées aux kata car ces modifications lui semblaient négatives.

Des kata modifiés

Certaines modifications estompent la signification d'un kata. Pour comprendre ceci, vous prenez les trois kata que nous pratiquons sous le nom de Naifanchi ou Tekki dont les gestes nous ont été transmis après les modifications d'Itosu. Lorsque vous pratiquez ces kata et que vous essayez de les appliquer dans leur ensemble à l'exercice de combat, est-ce que vous trouvez une pleine satisfaction ? Tant mieux, si vous la trouvez. Mais, à mon sens, il est difficile que les kata Naifanchi ou Tekki vivent pleinement sous leur forme actuelle car ils sont, comme le dit S. Gima, tellement simplifiés. Le plus souvent ces kata sont pratiqués pour la formation de base et les exercices destinés à développer la stabilité, la force et la précision. Cependant, leur application en combat est imparfaite, voire impossible, si l'on ne fait pas intervenir de gestes supplémentaires. Par exemple, le premier mouvement de Naifanchi-shodan (ou Tekki-shodan) est considéré comme une technique de parade à main ouverte. Cette parade est généralement suivie d'un coup de coude. Mais, si vous appliquez cet enchaînement technique, vous vous trouverez trop loin de l'adversaire pour effectuer le coup de coude indiqué dans le kata. Vous devez donc ajouter un déplacement et une transformation du mouvement du bas du corps pour rendre cet enchaînement applicable. Par contre, dans le Naifanchi classique, le premier geste de parade avec la main ouverte se transforme et se prolonge immédiatement en une attaque aux yeux de l'adversaire, on saisit ensuite l'adversaire soit à la nuque, soit au bras, puis vient le coup de coude. Le coup de coude est donc la quatrième technique, tandis que dans le kata moderne il vient en second ; les deuxième et troisième techniques de l'ancien kata sont absentes. Pour donner une logique de combat à ces mouvements, les adeptes modernes doivent tantôt ajouter un déplacement avec une transformation de position, tantôt insérer un geste de saisie entre la première et la quatrième technique. En effectuant « correctement » l'ensemble de ce kata, nous rencontrons plusieurs passages où manque la cohérence d'une logique de combat, tantôt à cause de la distance, tantôt à cause de l'enchaînement technique. Ces manques proviennent de la simplification du kata d'origine. En effet, les techniques enseignées dans le kata classique, servaient à la formation de base tout en étant fidèles à la logique du combat. Dans la réalité du karaté d'aujourd'hui, on rencontre trop souvent un manque de cohérence que chaque maître interprète comme il peut, avec son intelligence et son niveau, mais les résultats ne sont pas toujours satisfaisants. Lorsqu'on pratique les kata sans qu'ils débouchent sur le combat, on est forcé de séparer en pratique les kata et le combat et d'attacher aux kata un sens moral ou abstrait. Nous comprenons mieux maintenant pourquoi les disciples d'Itosu qui étaient eux-mêmes de grands adeptes, comme K. Yabu et C. Hanashiro, ont critiqué l'oeuvre de leur maître. En effet, K. Yabu refusait de pratiquer les Naifanchi recomposés par Itosu et il enseignait la version originale de ce kata qui était pourtant plus difficile à apprendre. C'est ce que rapporte S. Gima : « L'exécution du kata Naifanchi par Me Yabu était formidable. J'aurai bientôt 90 ans, mais je n'avais jamais vu de Naifanchi comparable à celui de Me Yabu. ». Lorsque K. Yabu disait : « le karaté commence par Naifanchi et se termine par Naifanchi », il s'agissait de ce kata classique et non pas des Naifanchi ou des Tekki d'aujourd'hui.

Il faut reconnaître que, en ce qui concerne la signification technique des kata, la rénovation d' A. Itosu a causé la perte de quelques techniques classiques du karaté d'Okinawa. Même un adepte aussi grand qu'A. Itosu, en croyant que son acte était un progrès, a pu commettre ce genre d'erreur irréparable qui nous dissimule définitivement certains kata classiques.

Document d'archive écrit en 1988
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

Naifanchi Tekki authenticite critiques et appreciation des maitresidée directrice d'Anko Itosu guerre armee militaire

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