L'histoire du karaté n° 17 : La valeur et le nombre des années
L'art de combat à main nue et l'âge.
« La pratique de l'art de la frappe (kempo) dure jusqu'à un âge plus avancé que celle du judo puisque le combat se termine dès qu'on touche le corps de l'adversaire. », disait K. Sawaï, alors âgé de 75 ans.
Voici ce qu'écrit sur l'art de ce maître un de ses disciples Yoshimichi Sato :
« Le maître déplace ses pieds d'une façon subtile et légère que nous ne pouvons pas imiter facilement. Les hanches baissées, il se déplace à droite et à gauche et répond librement avec aisance aux mouvements changeants de l'adversaire. Le maître a dit : « En vieillissant, on s'affaiblit à partir des jambes et, avec des jambes faibles, l'art martial meurt. Mais le simple renforcement musculaire n'est efficace que pour marcher et n'est pas très utile pour l'art martial... Il est nécessaire d'avoir la capacité de se déplacer librement en maintenant suffisamment basse la position des hanches. » (...) Pour pouvoir se déplacer comme le maître, j'ai compris qu'il ne faut pas écarter les pieds trop largement, c'est la première condition... Je reçois depuis dix ans l'enseignement du maître, ses mouvements sont légers, tantôt lents, tantôt rapides lorsqu'il attaque, je n'ai pas encore réussi à les capter... »
D'après les témoignages de ses disciples et d'autres témoignages que j'ai recueillis moi-même, K. Sawai, âgé de 75 ans, dominait au combat des disciples âgés d'une trentaine d'années. Le taïki-ken de K. Sawaï est un art martial à main nue. Or, j'ai précédemment opposé la longue durée pendant laquelle on pratique en continuant de progresser des arts martiaux tels que le kendo, à la brièveté de la période pendant laquelle on est, actuellement, performant en karaté ou en judo. L'exemple du taïki-ken semble montrer que cette différence ne tient pas seulement au fait d'utiliser des armures de protection et une arme. Quelle est donc la cause de la courte durée de la pratique en karaté ? Pourquoi la plupart des karatékas ne peuvent pas espérer continuer longtemps la pratique du combat libre ? Cela veut dire que le problème est dans le karaté et qu'il ne s'agit pas d'une impossibilité pour un art martial à main nue.
L'exemple du taïki-ken.
K. Sawaï (« maître Kenichi Sawaï », par Yoshimichi Sato, Tokyo 1982), utilise les expressions suivantes pour critiquer les karatékas :
- « Si tu bouges comme tu le fais actuellement, tu ne pourras jamais continuer le karaté jusqu'à mon âge.
- Tu bouges comme un taureau, il y a trop de perte d'énergie.
- Si on le compare à la main ouverte pour une attaque, le tsuki en seiken (le poing fermé) du karaté tend à être en retard sur la situation réelle du combat.
- Quand on a moins de 25 ans, il n'est pas tout à fait négatif de s'entraîner avec une force rigide mais, après cet âge-là, il faut apprendre la technique du petit oiseau. Si un rhinocéros attaque en fonçant avec sa cuirasse, un petit oiseau s'envolera avant que la corne de cet animal ne l'atteigne, puis il se posera sur sa tête. Tel est l'idéal de la technique. ».
Dans cette expression, K. Sawaï laisse entendre que le rhinocéros est le karaté en général et que l'oiseau est son art.
- « Avec le blocage que font souvent les karatékas en baissant la position des hanches et bloquant directement, tu ne pourras pas parer avec certitude une attaque d'un adversaire plus grand que toi.
- En karaté, lorsqu'on vieillit, la capacité des coups de pied diminue inévitablement. Beaucoup de karatékas se contentent de s'entraîner aux coups de poing et de pied, il faut qu'ils comprennent que ce n'est pas suffisant. Même si chacun ne peut pas devenir un grand adepte, il faut avoir cet objectif. Pour cela, il est nécessaire d'apprendre à employer le ki et à maîtriser la totalité de son corps avec souplesse. L'entraînement qui manque de souplesse ne permet pas d'employer son énergie sans perte et le niveau baissera fatalement en vieillissant. ».
Document d'archive écrit en 08/02/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido