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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du budo  : Réflexion sur l'exercice au makiwara
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  • L'exercice au makiwara et la canalisation du « ki ».

Revenons à la question de l'exercice au makiwara. La finesse des sensations de notre main sera étouffée par les exercices de frappe au makiwara. Car en donnant régulièrement des coups contre un objet plus ou moins dur comme le makiwara, nous déplaçons le registre de notre sensibilité vers un durcissement, en une réaction de défense contre la douleur et les chocs. Par un processus de défense de notre corps, la peau devient plus épaisse et les cals apparaissent atténuant les douleurs de l'impact. En quelque sorte, nous pouvons frapper plus fort parce que la main est devenue insensible à la douleur. Au point de vue de l'efficacité du tsuki que nous cherchons, même si elle frappe fort, une main insensible est peu percutante. Nous avons vu que l'accumulation du « ki » sur une partie du corps activait les défenses. De même, je ferai l'hypothèse que nous pouvons activer la main en y canalisant le « ki », afin d'augmenter la qualité percutante de la frappe. La main qui rassemble le « ki » est, selon mon expérience et mes observations, une main solide et sensible qui rend une attaque percutante sans commune mesure avec l'attaque d'une main durcie par l'exercice du makiwara.

Les manifestations de ce qu'on appelle le « ki » ou le « qi » dans les traditions japonaise et chinoise sont très difficiles à constater directement et ce terme est souvent utilisé pour désigner des manifestations mystiques. Cependant, on constate un nombre important de guérisons obtenues par la médecine traditionnelle qui repose sur l'idée du « qi » et est, en Chine, pratiquée en coordination avec la médecine moderne. Le fondement de cette médecine est, comme on le sait admis par certains médecins européens et rejeté par d'autres. Sans prétendre apporter des éléments scientifiques à ce dossier, je m'inscris parmi ceux qui pensent que l'hypothèse du « ki » ou « qi » est pertinente. La difficulté est de trouver une forme scientifique de mise en évidence du « ki » susceptible de le circonscrire et d'en définir le champ.

En s'exerçant au makiwara qui forme les cals, on perd partiellement l'effet de la percussion par une augmentation de la surface du poing et d'autre part, ce qui est plus grave, on obstrue la canalisation du « ki » sur le poing. Ce qui correspond à la constatation choquante de S. Egami : «  plus la personne persévère en karaté, moins efficace est son tsuki. ».

Pour chercher l'efficacité du tsuki, il est important de rassembler le « ki » dans le poing, comme on peut aussi le faire pour soigner. Que le coup soit porté avec le poing ou la main ouverte, l'efficacité d'une frappe qui concentrant le « ki » est sans commune mesure avec celle d'une main durcie par les cals. Si on se contracte avec dureté, le courant du « ki » est obstrué, c'est la « contraction fermée ». Nous avons déjà expliqué pourquoi la détente est indispensable pour rassembler le « ki » et coexiste avec ce que j'ai appelé « la contraction ouverte ». Les exercices choisis dans la méthode que j'ai apprise vont dans cette direction.

 

Cette chronique reprendra après quelques mois d'interruption.

P.S. : Message pour M. Bénoliel.

Comme je vous l'ai indiqué par téléphone, l'interruption temporaire de mes articles est due à la préparation de ma thèse de Doctorat sur la vie et l'oeuvre de Miyamoto Musashi, en Langues et Civilisations Orientales, à l'Université Paris VII.

Document d'archive écrit en 07/08/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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