L'ouverture à partir du karaté.
Selon mon expérience et mes observations sur différentes personnes, pour ceux qui ont persévéré en karaté (ou dans un autre art martial externe), le moment idéal pour commencer à entrer dans la pratique interne se situe autour de l'âge de trente ans. Il me semble positif d'approfondir les techniques du karaté durant la période de la jeunesse et en s'approchant de l'âge plus mûr, de laisser petit à petit place à la pratique interne.
Mais ce passage comporte plusieurs difficultés, j'en évoquerai quelques unes :
- Il faut examiner le contenu du karaté pour voir s'il offre une ouverture naturelle pour introduire un travail interne. Autrement on aboutit à une juxtaposition de pratiques qui ne peuvent pas fusionner, par exemple, pour alléger la pratique du karaté dur, on pratique en parallèle yoga ou le taiji, mais la qualité même du karaté ne change en rien ;
- L'exigence de la finesse augmente dès que la pratique commence à comporter un travail interne. Il ne s'agit pas simplement de la finesse du mouvement, mais de la finesse qui laisse une ouverture à l'introspection ;
- Il faut faire de plus en plus de place à la sensibilité du corps, tandis qu'il suffisait avant de chercher la force et la vitesse. Ce qui donne parfois l'impression de ne plus avoir de puissance. Cette impression peut être décourageante ;
- Il arrive souvent qu'un adepte parcoure le chemin du karaté avec une passion et une énergie juvéniles. Le travail interne met en quelque sorte en cause cet élan de la pratique. Et on n'arrive pas toujours trouver de satisfaction dans la réflexion ou dans la sensation physique. La réponse ne vient pas toute seule ;
- L'âge de la maturité comporte une transformation des rapports personnels et sociaux, ce qui influe en profondeur sur le sens de chaque type de pratique, interne et externe.
Il y a encore d'autres difficultés, mais c'est en surmontant ces problèmes que l'on parviendra à trouver une continuité et à créer une cohérence dans sa propre pratique. Puisqu'un art martial s'inscrit dans la vie de chaque personne il est normal de traverser les différents problèmes et difficultés. Il s'agit de se former soi-même, surtout lorsqu'on franchit ce palier l'impression de créer et de se forger soi-même devient de plus en plus forte.
Les kata de karaté du Shaolin-mon.
Les kata de karaté que j'ai enseignés ces derniers temps se complètent les uns les autres. Ils sont parmi les kata du shorin-ryu, ceux dont les significations sont les plus claires. Ce sont les kata suivants :
- Kushanku dai, Kushanku sho et Chatan yara no Kushanku (les 3) ;
- Bassai-dai, Bassai-sho, Matsumura no Bassai, Oya tomari no Bassai (les 4) ;
- Chinto, Tomari no Chinto (les 2) ;
- Goju shi ho ;
- Sêsan ;
- Jion ;
- Sôchin.
Ces 13 kata me semblent suffisants pour apprendre les qualités principales du karaté Shorin-ryu. L'étude d'autres kata est facultative et peut être enrichissante.
Dans le registre technique, en plus du karaté, nous étudions le tai ji quan et le xing yi quan. Nous pouvons étudier ces techniques à la suite du karaté dans leur spécificité gestuelle, et aussi dans le prolongement du travail interne.
Après avoir ainsi saisi le triangle interdisciplinaire, je vais aborder certains problèmes qui sont parfois vécus comme une sensation d'impasse par des adeptes.
Document d'archive écrit en mars 1991
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin de l'école Shaolin-mon