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Articles de K. Tokitsu
    Le triangle du Shaolin mon - orientation 1991
        Le tai ji quan boxe interne courants Chen Yang Wu

Le yi chuan Wang Xiang zhai entraine Guo Yun shenLe karaté un manque de travail interne

2 - Le tai ji quan

Le tai ji quan et le xing yi quan (yi quan) sont avec le ba guà quan, considérés en Chine comme la boxe interne.

La perception des techniques du combat se situe à trois niveaux qui doivent être articulés : la perception interne, celle de la situation dans l'espace et celle de la relation avec autrui. Nous trouvons dans le tai ji d'excellents exercices pour renforcer cette perception et les exercices de combat au contact sont très enrichissants. Cependant, à mon sens, dans le lai ü actuel la préparation au combat à distance est insuffisante, ce qui, dans notre pratique, est complété par les deux autres éléments.

Dans l'exercice sui-shu (tui-shou) en tai ji, nous étudions la manière de dérober les points d'appui à l'adversaire dans le travail au contact. Quand nous recevons un coup, c'est parce que ce coup trouve chez nous un point d'appui. Si celui-ci se dérobe, l'adversaire peut nous toucher, mais ne peut pas injecter sa force qui glisse sur notre corps comme sur celui d'une anguille. Dans l'exercice du sui-shu il faut apprendre à déplacer convenablement les points d'appui, au contact de l'autre, pour laisser glisser sa force sur notre corps, tout en trouvant des points d'appui pour notre force. C'est pourquoi il faut apprendre à déployer une force souple et non une force rigide. C'est facile à dire, mais le plupart de mes élèves n'y arrivent pas encore. C'est une difficulté à surmonter qui s'impose. La pratique des séquences gestuelles de tai ji sert à nous faire découvrir cette force souple qui sert aussi à renvoyer la force de l'autre avant qu'elle ne pénètre dans notre corps. Chacun doit examiner sa pratique du tai ji en se demandant si elle l'aide à avancer dans cette direction, s'il s'agit vraiment de travail interne. C'est un des critères qui lui permettent de juger si sa propre pratique du tai ji est plus que du karaté au ralenti.

La gestuelle du taiji est importante aussi en ce qui concerne la perception interne, car chaque mouvement peut être effectué comme un exercice de qi gong. Pour cela les gestes doivent être précis, mais l'essentiel est la pensée directrice de la sensation, ce qu'on appelle « yi » c'est à dire une pensée qui s'appuie sur les sensations concrètes du corps et non sur des abstractions. La plus grande difficulté du taiji consiste à mettre en évidence, avec le corps, ce « yi ». Autrement la pratique du tai ji risque d'être une sorte de karaté au ralenti ce qui en dénature l'objectif et aboutit à des résultats dénués d'efficacité, c'est malheureusement souvent le cas. Je constate que le tai ji est donc très difficile malgré l'apparence facile de ses gestes lents et souples qui laissent croire qu'il est à la portée de tous.

Chen Pàn ling tai ji quan ou le kata du matin.

Nous appelons « le kata du matin » un kata nommé « Chen Pàn ling taiji quan » ou « Zhéng zong tai ji quan ». J'apporte ici une précision sur ce kata de taiji.

Chen Pàn ling (1892-1967) commence à l'âge de sept ans à pratiquer du shaolin quan puis, à l'adolescence, étudie la boxe interne avec le xing yi quan, le tai ji quan et ba guà quan. En 1928, il fonde l'Institut d'Arts Martiaux de la Province du He nan avec l'objectif d'y étudier les arts martiaux chinois de différents courants pour dépasser les restrictions des écoles par une démarche scientifique et de former les adeptes. En 1936, il est nommé sous-directeur du l'Institut National d'Arts Martiaux de Nan jing où les ministères de l'éducation et des forces armées préparent ensemble des textes destinés à l'enseignement des arts martiaux chinois. Chen Pàn ling dirige la commission qui achève les textes pour 54 disciplines d'arts martiaux chinois ainsi que 40 plans généalogiques des arts. Le kata de tai ji quan que forme Chen Pàn ling est diffusé dans cette organisation comme forme officielle.

Avant de former son kata, il étudie différents courants de tai ji, Chen, Yang et aussi Wu sous la direction des maîtres les plus considérés de chaque école. Il cherche à former un tai ji quan qui déborde les cadres conservateurs de chaque école pour unifier les aspects positifs de chacune des écoles. Ainsi Chen Pàn ling verse dans son tai ji des éléments de ces trois écoles de tai ji et aussi du xing yi quan et du ba guà quan. En effet ce kata réunit différents aspects : la puissance de Chen, la souplesse du Yang, les cercles de ba guà, les lignes droites du xing yi quan...

Telle est la particularité initiale du tai ji quan que nous pratiquons.

Ce kata est introduit à Taiwan par Wang Shu jin qui devient très célèbre dans cette île comme adepte de la boxe interne, xing yi, tai ji et ba guà. J'ai pu remarquer que Wang Shu jin est très respecté dans les milieux d'arts martiaux à Taiwan même après sa mort. Son nom est connu aussi au Japon et il était en relation avec le défunt K. Sawai du Taiki-ken. J'ai appris ce kata au Japon par un adepte qui l'avait lui-même appris d'un élève de ce maître. Lors de mon voyage de recherche à Taiwan, en 1989, j'ai eu l'occasion de le réapprendre avec un des disciples du défunt Wang Shu jin. Comme vous l'avez remarqué de nombreux détails différent entre les deux versions. J'ai été surpris de constater qu'autant de différences sont apparues au cours d'une transmission si récente. J'ai également comparé ce kata avec la forme qu'un ami en avait apprise à Taiwan d'un autre disciple de Wang Shu jin, et j'ai ainsi pu ajuster une forme qui me semble plus proche de l'original.

Lorsque le tai ji formé par Chen Pan ling a été transmis par Wang Shu jin, nous pouvons imaginer qu'il y a eu probablement quelques modifications dues aux qualités et aux expériences personnelles de cet adepte. Avant de venir à Taiwan, Wang Shu jin a passé une année à Pékin où il a pratiqué le yi quan sous la direction de Wang Xiang zhai. Il est probable qu'il a introduit certains éléments inspirés de yi quan dans son kata de tai ji quan.

Je ressens encore plus d'affinité envers ce kata de taiji en approchant davantage sa forme originelle et en découvrant son histoire.

Le Chen shi tai ji quan.

Tai introduit la pratique du taiji dans l'école Shaolin-mon en 1984 à partir du Chen shi tai ji quan que j'étudiais depuis 1981, et que j'ai appelé, pour simplifier, le kata de l'après-midi. Le dynamisme de cette forme de tai ji facilite la transition avec le karaté. Et beaucoup de mes élèves se sont initiés au taiji à partir de ce kata. Il en existe grand nombre de variantes. La forme que j'ai apprise par la suite de Me Wang Xi an présente des différences et est plus intériorisée. Ceux qui ont déjà pratiqué quelques années de tai ji trouveront davantage de profondeur dans la pratique de cette forme, c'est pourquoi j'ai commencé à l'enseigner à quelques élèves disponibles.

Toutefois, il ne s'agit pas de se disperser dans la pratique des différentes formes, ce qui importe est la profondeur et la qualité. Le travail du kata est un moyen de s'approcher de l'essentiel et non l'objectif en soi. C'est de ce point de vue que j'ai choisi les kata et que nous devons considérer les formes lorsque nous les effectuons.

Pour capter la place du travail interne dans l'école Shaolin-mon, il convient de comprendre le triangle du Shaolin-mon : karaté, yi quan, taiji quan.

Document d'archive écrit en mars 1991
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin de l'école Shaolin-mon

Le yi chuan Wang Xiang zhai entraine Guo Yun shenLe karaté un manque de travail interne

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