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Articles de K. Tokitsu
    Le ki dans le karaté. Qu'est-ce que le ki ? (suite)
        Ki dans le karaté Imprégner le ki dans la technique

Ki dans le karaté Aller vers le ki Qu'est-ce que le ki ? (suite)

Imprégner le ki dans la technique

 

Pour entrer dans l'étape où vous menez le combat en vous faisant guider par la sensation du « ki », il faut construire des techniques basées sur le « ki », c'est-à-dire des techniques qui véhiculent le « ki ».

Il existe aussi des difficultés à ce niveau. Car certaines remises en cause des mouvements techniques deviennent inévitables. Je m'explique. Si votre corps est figé vous ne pouvez pas être dirigé efficacement par la sensation du « ki » dans les mouvements du combat, car le « ki » est une énergie mobile. Comment pourriez-vous faire circuler pleinement le « ki », tandis que votre corps est figé et contracté, bref un corps en état de blocage énergétique ? Dans un corps rigide, le « ki » stagne et vous ne pouvez pas déployer le « ki » dans le combat. Si vous cherchez à construire un karaté nourri de « ki », il vous faut examiner si vous ne bloquez pas votre corps, ou, plus exactement, si vous ne bloquez pas le « ki » en contractant inutilement vos muscles. Dans n'importe quel mouvement, il y de la contraction musculaire ; plus exactement, nous pouvons bouger, parce que nous savons contracter les muscles nécessaires. Mais la qualité d'un mouvement varie selon la manière dont vous dirigez votre attention. Le déploiement du « ki », pour un art martial, doit être fluide et expansif, il ne peut pas se laisser enfermer dans la rigidité du corps qui est, de fait, une stagnation du « ki ».

 

Si nous y regardons de près, un karatéka est souvent éduqué à confondre le déploiement de force avec une simple contraction musculaire, voire une rigidité du corps. Ce conditionnement est tellement fort qu'il ne peut sentir sa force qu'en devenant rigide. Pour une frappe de tsuki, par exemple, quand il sent qu'il frappe très fort, c'est souvent parce qu'il ressent qu'il a dépensé la force dans ses muscles. Cette forme de dépense de l'énergie se traduit souvent par une sensation de force. Dans cette situation la force de frappe est enfermée dans le corps et ne va pas en réalité au delà du poing. L'effet du coup est alors terne et peu percutant, tandis qu'un coup guidé par le déploiement du « ki » percute et pénètre profondément. Cette sensation est différente de celle qu'on appelle souvent le « kimé ».

 

J'écris ces lignes à partir de mes propres expériences. J'ai passé moi-même par une longue période où je confondais le blocage de force physique avec la concentration de force.

Rappelons la réflexion de défunt Me Egami (cf. Histoire du karaté-dô) :

« ... J'ai dû constater que les tsuki des karatékas sont les moins percutants. Je me suis demandé avec désarroi : « Qu'est ce que j'ai fait jusqu'ici ? »... ».

C'est sans doute une des plus grandes difficultés qu'un karatéka doit affronter. Heureux sont ceux qui ont de chance de pratiquer sans passer par un grand détour. Il ne suffit pas de faire du « qi-gong » ou du « ritsu-zen » pour construire son karaté avec le « ki », il faut reconstruire les gestuelles qui permettent de contenir et de faire circuler le « ki ». Cet effort n'est pas évident. Il suffit de réfléchir à l'exemple de Me Egami pourquoi à son haut niveau, avec 30 ans d'expérience, lui a-t-il fallu mettre en cause radicalement l'efficacité du tsuki ? Il faut découvrir où se produit une obstruction énergétique dans votre technique. Si on veut se changer, il faut accepter de mettre en cause la chose la plus élémentaire : la sensation technique qui parait évidente. S'il n'y a pas une mise en cause, il n'y a pas de changement. S'il n'y a pas de changement, il n'y a pas de lieu où une nouvelle sensation du corps, celle du « ki », guide nos techniques.

La période de mise en cause est plus ou moins longue selon la personne. Pensons encore à Me Egami. Me Matsuda, un des précurseurs de l'art du combat chinois au Japon depuis le début 1970, m'a dit :
« A partir du karaté rigide que je pratiquais à cette époque, j'ai dû passer 4 ans pour reconstruire une nouvelle sensation du corps.
Cette période a été déprimante pour moi car je ne sentais pas d'efficacité dans mes techniques, alors que je me sentais bien plus fort auparavant. C'était très dur d'accepter cette sensation de faiblesse. Au bout de 4 ans, j'ai constaté, avec joie, que j'avais enfin acquis une force d'une autre dimension. »

 

Se faire guider par le ki

En parlant de l'entraînement, un karatéka s'imagine souvent que l'entraînement consiste à s'exercer aux coups de poing et de pied ou aux kata. Si on débute en karaté en apprenant des techniques de poing et de pied, cela ne veut pas dire qu'il faut les répéter de la même manière 20 ou 30 ans après.

Me Sawaï dit :
« Même si vous vous entraînez avec sérieux à une technique de coup de poing et de pied pendant des années, vous ne pourrez jamais doubler la vitesse. ». Selon lui, cette forme d'entraînement atteint rapidement un plafond et pour hausser réellement son niveau, il faut acquérir le ki. A partir d'un certain niveau, il pourrait arriver que plus on s'entraîne, plus on régresse ; c'est parce que l'entraînement est inadéquat aux besoins de l'étape que vous traversez. Il faut s'appuyer sur une méthode d'entraînement qui permette de nous conduire loin. L'entraînement au ritsu-zen et à d'autres exercices de taïki-ken vise à rendre le corps prêt à bondir n'importe quand, n'importe où. On ne se rigidifie pas dans des formes figées.

Me Sawaï dit :

« Il faut s'entraîner à un degré tel que vous puissiez faire une confiance totale à vos mains. ». Avec de longues années d'entraînement au ritsu-zen, si vous vous êtes bien forgé, il suffit de vous mettre face à l'adversaire, puisque vos mains remplies du ki trouveront de toute façon la solution la meilleure. Les mains jouent alors le rôle à la fois d'un radar et d'une arme. Former des mains fiables à ce point, c'est cela l'entraînement. Me Sawaï cite l'image d'une trompe d'éléphant. Elle est souple, sensible, si sensible qu'elle est capable d'envelopper et de soulever un éléphant nouveau-né, qu'elle est capable de détecter la direction du vent et celle d'une odeur. Elle est aussi si puissante qu'elle peut arracher un arbre, renvoyer ses ennemis d'un coup. Il faut former vos mains avec cette image qui est à l'opposé de celle de la solidité du béton dont la dureté n'est pas la force, mais la fragilité dans la situation dynamique du combat.


Conclusion

Il n'y a pas de trucs qui permettent de nous guider rapidement vers la maîtrise du « ki » en art martial. Je ne crois pas non plus que quelqu'un puisse projeter ou faire envoler son adversaire par la force du « ki » sans le toucher. J'ai assisté à cette forme de pratique où les élèves tombaient loin sans que le maître les touche. Mais je ne suis ni tombé, ni ai été projeté ; je ne crois donc pas à cette sorte d'énergie. Mais quand j'ai fait cette expérience, j'ai ressenti quelque chose d'énergétique dégagé par le corps de ce maître. Il y avait quelque chose de difficile à décrire, mais cette énergie était loin de celle qui pouvait me faire bouger. Cependant, à mes yeux, les autres élèves sensibles à cette forme d'énergie, agrandissaient l'effet de cette sensation, par une forme de soumission au maître, s'envolaient d'une façon spectaculaire. J'ai compris alors que l'être humain est capable de se faire projeter par une énergie qui ne permet même pas de faire bouger une feuille de papier, à cause et grâce à son énergie psychique.

Depuis plusieurs années, je ressens avec netteté des courants énergétiques à l'intérieur et l'extérieur de mon corps. Ce n'est pas par hasard, car ses répartitions et mouvements dans le corps correspondent parfaitement à l'enseignement que j'avais reçu. Je constate aussi qu'en m'intégrant dans cette sensation, je peux capter jusqu'à un certain degré le mouvement de l'esprit de l'adversaire et ma force atteint plus loin en me faisant diriger par cette sensation.

Je pense que c'est cette sensation qu'avaient décrite nos prédécesseurs : l'essentiel est indescriptible et intransmissible sans passer par la pratique. J'ai la certitude que c'est cette énergie que je dois continuer à nourrir et développer. Je suis au commencement du nouveau chemin.

Document d'archive écrit en février 1996
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin Shaolin-mon n°7

Ki dans le karaté Aller vers le ki Qu'est-ce que le ki ? (suite)

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