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Articles de K. Tokitsu
    Le ki dans le karaté. Qu'est-ce que le ki ? (suite)
        Ki dans le karaté Aller vers le ki Qu'est-ce que le ki ? (suite)

Ki dans le karaté Imprégner le ki dans la technique

Aller jusqu'à la limite pour acquérir une capacité en ki

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D'après mes recherches, il y a plusieurs chemins pour atteindre la sensation du « ki ». Je dirai qu'il y a des chemins empiriques et des chemins tracés par les méthodes traditionnelles. Voici un exemple de chemin violent et direct, mais très épineux. Le « ki » n'est pas l'objet de la recherche, mais la conséquence d'une expérience poussée à la limite. Il est d'une certaine manière à la portée de tous à condition d'être capable de persévérer, voire de survivre. Ecoutons Maître Kurosaki Kenji (65 ans), ancien Kyokushin kaï, un des premiers combattants de kick-boxing :

« J'ai eu quelques expériences qui sont inexplicables d'une manière rationnelle. Autrefois, dans la pièce où je dormais, était posée juste derrière ma tête une grande caisse en bois dans laquelle on conservait du riz. Elle pesait au moins 120 kg et le fond de la caisse s'enfonçait dans le tatami à cause de son poids. Un jour, allongé sur le lit, j'ai tiré la caisse. Elle est venue. Je ne pesais que 60 kg. Physiquement, cette situation est impossible... Un gros bambou vieilli est très difficile à couper. J'étais capable de le trancher net avec une vieille faucille inutilisable parce que la lame en était toute élimée... Une fois, je marchais dans la nuit noire devant une grange à la campagne ; je me suis arrêté tout à coup, car je sentais que quelque chose de vivant avait bougé. En regardant attentivement, j'ai vu un bambou taillé comme la pointe d'une lance juste devant ma gorge. Si je ne m'étais pas arrêté, j'aurai certainement eu la gorge transpercée...

Je ne sais pourquoi j'ai eu ces expériences mais je pense que j'ai acquis une capacité particulière par ma formation. Tout petit, j'ai été obligé de travailler comme les grands sur les terres d'une nouvelle exploitation. C'est grâce à cela que j'ai acquis une force physique et d'esprit exceptionnelle. Pour l'entraînement au karaté, je me suis imposé des exercices particulièrement durs afin d'aller au-delà de mes limites : j'ai passé 20 jours sans manger, 7 jours sans boire une goutte d'eau, 7 jours sans dormir. J'ai brûlé, contre mon bras, un faisceau d'encens jusqu'à ce qu'il se consume complètement. J'ai vécu 82 jours en hiver en montagne à une température de moins 20. Je persévérais dans ces exercices par lesquels je visais à atteindre mes limites. Je pense qu'en vivant constamment à la limite je suis entré dans un état psychologique particulier ; j'ai alors pu déployer une énergie particulière.

Si je reviens à mon expérience de la caisse de riz, j'étais constamment énervé et cet énervement a cumulé en une explosion à ce moment. Ma force limite s'est déployée à cet instant. Pour moi, la vraie force découle de cette énergie limite. C'est ce que je vise dans mon enseignement. Ceux qui visent à devenir forts doivent accumuler les entraînements durs, pénibles et sévères. Il n'y a pas d'autre chemin pour devenir forts .... A ceux que j'ai amenés à être champions de kick-boxing, j'ai imposé un entraînement quotidien de 10 heures pendant lesquelles je n'autorisais aucun relâchement du « ki ». Je les obligeais à faire tous les exercices à fond. Au cours de ces 10 heures d'entraînement intensif, ils ne pouvaient déployer leur capacité maximum que pendant 3 ou 4 minutes. On pourrait dire : ne suffit-il pas de faire 4 minutes d'exercice intensif. La réponse est non car durant le combat personne ne peut être constamment dans une condition optimale. Dix heures d'entraînement leur étaient nécessaires pour devenir capable d'affronter n'importe quelle situation... ».

C'est ainsi que Me Kurosaki a résolu la question du « ki » en combat. En lisant comment il s'est entraîné, on est surpris de la bonne santé qu'il a conservée. Dans cette méthode, la condition de base est de survivre à des épreuves limites. Si vous avez survécu tout en préservant votre santé, vous avez certainement acquis quelque chose. Mais vous avez des chances de vous détruire. Ce n'est donc pas un chemin recommandable à tous. Notons que Me Kurosaki développe aujourd'hui une méthode plus rationnelle qui est basée sur ses expériences.


Aller vers le ki par une méthode constituée, le taïki-ken

En taïki-ken, on s'appuie sur une méthode constituée pour acquérir une capacité en « ki » : il s'agit de la méthode du « ritsu-zen ». Elle est à la portée de tous, à condition de persévérer. Les méthodes de « qi-gong » ou de respiration permettent aussi de cultiver et développer la dimension physique interne du « ki ». Le chemin n'est donc pas unique.
Le fondateur du taïki-ken, Me Sawaï était un kendôka et, dans cet art martial, on vise une forme de « ki » voisine de celle du kendô. On y ajoute la recherche des mouvements techniques produits spontanément par la manifestation du « ki ». Me Sawaï cite l'image d'une toupie. Quand elle tourne fort, une toupie se stabilise droit et calme en contenant une énergie dynamique. Un homme devient comme une toupie lorsqu'il se remplit de « ki ». En un instant, il peut s'approcher de l'adversaire, en un instant il peut éviter une attaque et en un instant il peut descendre l'adversaire. On vise ainsi l'efficacité produite spontanément par le « ki ».

Voici quelques conseils de Me Sawaï sur la manière de capter le « ki » :
« Il faut commencer par nourrir le « ki » en développant la sensation du « ki » dans la vie quotidienne (kibun). Pour cela il faut méditer en « ritsu-zen », la méditation est particulièrement efficace dans la nature, parmi les arbres immenses .... Même si je parle du « ki » plusieurs centaines de fois, vous ne pourrez pas comprendre aussi longtemps que vous ne faites pas l'expérience vous-même.... Les poissons nagent sous l'eau. Si vous jetez une pierre dans l'eau, les poissons s'en vont avec une rapidité exceptionnelle. La manifestation du « ki » ressemble à cette situation .... Le corps rempli de « ki » est comparable à une bouilloire pleine d'eau bouillante prête à faire sauter le couvercle... ». Le « ritsu-zen » du taiki-ken est l'application et l'adaptation personnelle de Me Sawaï de l'exercice de zhàn zhuang du dà chéng chuan. Pour Me Sawaï, c'est par le « ritsu-zen » seulement qu'on peut acquérir le « ki » et ensuite continuer à le nourrir.

J'ai appris la méthode du « ritsu-zen » en 1982 et je la pratique depuis. Parallèlement j'ai étudié une méthode de respiration visant à cultiver le « ki » et le « qi-gong ». Grâce à ces méthodes, j'ai pu obtenir une première sensation de « ki » au bout d'une année environ. Depuis cette époque, j'ai reconsidéré mon entraînement de karaté en le centrant sur l'exercice du « ki ». J'ai étudié sur cette base le « da cheng chuan », méthode qu'avait étudiée Me Sawaï pour créer le taïki-ken. Selon mon expérience, le progrès est plus rapide si on comprend la logique et l'objectif de l'exercice. Mais la compréhension théorique ne dispense pas d'une pratique régulière. Un de mes maîtres de qi gong m'a dit : « Le qi-gong, c'est le temps. C'est le « gong fu » (talent cultivé) qu'on construit avec le temps. Il faut pratiquer sans se lasser tous les jours sans se préoccuper d'un résultat immédiat. ».


Applications du ki

Se sentir rempli de « ki » et combattre avec le « ki » sont deux choses différentes. Si vous vous sentez plein d'énergie vitale, mais si, face à l'adversaire, vous êtes figé par la peur, vous ne pouvez pas mener le combat efficacement. Il n'y a pas lieu de parler de « ki ». Mais, en regard de cette expérience, la combativité peut être comprise comme une expression primaire du « ki ».

A ce niveau, nous n'avons pas besoin de nous préoccuper de préparer le « ki » par une méthode particulière, car il suffit de vouloir combattre, c'est déjà le « ki ». Dans le karaté d'après guerre, la pratique du « ki » semble s'être limitée à ce niveau, susciter la combativité en renforçant le courage et l'excitation. C'était la continuité de l'esprit de guerre. En allant au fond de l'investissement de soi dans l'entraînement, on acquiert une combativité quasi animale. Rappelons le cas de Me Kurosaki qui avait repris le modèle d'entraînement de son défunt maître Ohyama. C'est d'autant plus intéressant et évocateur que Me Ohyama, partant de l'exploit physique s'approche de l'idée pratique de Me Sawaï quand il déclare que sans se nourrir du ki la pratique du karaté est éphémère. Il y a là une rencontre d'une démarche empirique poussée à fond par Me Ohyama avec une méthode constituée, celle de Me Sawaï. Ce n'est pas par hasard que les adeptes avancés de Kyokushin-kaï intègrent la méthode de taïki-ken dans leur entraînement.

En taïki-ken on cherche à se familiariser avec la sensation du « ki » par une méthode construite ; il ne s'agit donc pas d'une méthode empirique.

En voici les grandes orientations :

  • se sensibiliser à la sensation ordinaire du « ki » (kibun)
  • nourrir le « ki » en développant le « kibun »
  • augmenter la sensation du « ki »

Ces processus vous permettent de former la sensation du « ki ». Vous devez ensuite entrer dans une étape où vous menez le combat en vous faisant guider par la sensation du « ki ».

Document d'archive écrit en février 1996
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin Shaolin-mon n°7

Ki dans le karaté Imprégner le ki dans la technique

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