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Articles de K. Tokitsu
    La formation du kendo 8 : S. Takano et T. Naîto
        Tokyo et Kyoto deux courants est ouest et l'ecole speciale du budo

developpement et continuite des arts martiaux le butokukaïderniers combats de Takano et Naîto

C'est ainsi que les deux rivaux s'installent l'un à Tokyo et l'autre à Kyoto donnant forme aux courants de l'Est et de l'Ouest qui vont s'affronter durant les 30 ans qui vont suivre. En 1901, J. Kano, fondateur du judo qui était aussi le directeur de l'Ecole Normale Supérieure de Tokyo, invite Takano à assumer le rôle de maître du kendo dans cette école. Précisons que le terme « kendo » a été pour la première fois utilisé dans un texte officiel dans l'article de la loi, en 1891, relative à l'éducation physique scolaire, où le kendo a été intégré à la formation des lycéens. Mais à cette époque encore les termes kenjutsu et gekiken étaient les plus usités parmi les adeptes. Auparavant déjà, dans les années 1880, Yamaoka Tesshu semble avoir utilisé le terme kendo en fondant son école « Muto-ryu » qui est symbolisée par une fameuse phrase : « le sabre ne vit pas en dehors de l'esprit » (shin-gai-mutô). L'appellation du « kendo » se stabilise vers les années 1910 en se définissant avec la notion de voie (do) au lieu de celle de technique (jutsu). La différence n'est pas seulement dans les mots, mais dans l'idée directrice de la pratique entre « kenjutsu » et le « kendo ». Si nous voulons être un peu rigoureux, il n'est donc pas juste de parler de kendo pour désigner la pratique du sabre d'avant la fin XIXe siècle. En tout cas, S. Takano devient le maître du « kendo » d'une Ecole Supérieure, en même temps qu'il dirige son dojo.

Tandis que l'activité de S. Takano prend envergure de plus en plus large autour de Tokyo, T. Naîto développe la sienne autour de Kyoto. Parallèlement à la fonction du maître du Butoku-kaî, lorsque « l'Ecole Spéciale du Budo » (Budo senmon gakkô) est constituée dans cette ville antique, il en devient le maître directeur.

« L'Ecole Spéciale du Budo » (Budo senmon gakkô)

En 1902, en liaison avec le Butokukaï, a été fondé l'Institut de la Formation des Professeurs de Budo. A partir de cette expérience, « l'Ecole Spéciale du Budo » a été constituée en 1912. La durée de la formation était d'abord de trois ans, ensuite elle est passée à 4 ans. On y enseignait principalement le kendo et le judo, avec une dureté particulière. Voici le témoignage de H. Hiromitsu, étudiant de cette époque :

« Les blessés étaient nombreux parmi les étudiants. Beaucoup ont renoncé au cours du chemin à cause de la dureté et quelques uns de mes amis sont morts. Il était fréquent que des camarades vomissent à travers la grille de leur casque, auprès du puits. Comme on transpirait tellement, on ne pissait que peu, mais avec du sang. Un jour, mon oncle est venu regarder l'entraînement. Je ne peux pas oublier ce qu'il m'a dit : « Rentre avec moi. Tu ne pourras pas survivre ici, même si tu as plusieurs vies. ». J'ai dû alors lui demander surtout de ne pas en parler à ma mère parce qu'elle en mourrait d'inquiétude. ».

Le principe de cette école était d'apprendre sans parole, telle était la direction de T. Naîto que les autres maîtres ont adoptée. Cette attitude d'enseignement fait contraste avec celle de S. Takano qui donnait maintes explications au cours de son enseignement. Et cette différence se reflète dans les pratiques des écoles de l'Ouest et de l'Est.

J. Furusé témoigne : « On arrivait à une limite où on ne pouvait rien faire. Mais, dans cet état mourant, on devait faire sortir la force par le kiaï et on devait prendre appui solidement sur le sol pour continuer à frapper. Cette expérience d'avoir investi la vie dans l'entraînement est inoubliable. Elle m'a aidé plus tard dans les différentes phases de ma vie. Je dois remercier pour cet entraînement. ».

Au travers des témoignages des élèves, nous pouvons entrevoir l'expérience qu'a faite T. Naîto lui-même dans sa jeunesse. A la direction principale de l'Ecole Spéciale du Budo décidée par T. Naîto, s'ajoutent parfois les initiatives du directeur de l'école. Par exemple, en 1918, H. Nishikubo devient directeur. Celui-ci assiste lui-même à l'entraînement des élèves. Il est de coutume d'effectuer durant la période la plus froide une série d'entraînement qu'on appelle « kan-géiko ». Dans le célèbre froid de l'hiver de Kyoto, toutes les fenêtres du dojo sont grandes ouvertes. Le premier entraînement commence à cinq heures du matin. Pour cet entraînement, le directeur Nishikubo arrive tous les jours avec ses habits d'entraînement spéciaux car il fait plonger ses habits dans la baignoire et les fait exposer dehors durant la nuit, ce qui fait qu'ils sont durcis en glace. Son grand corps rond de lutteur du sumo, vêtu d'habits glacés, commence bientôt à produire une fumée de vapeur durant l'entraînement.

S. Takano aussi avait fait ce type d'entraînement dans sa jeunesse. Il disait à ses étudiants qui grelottaient du froid lors de kan-géiko : « Quand j'étais jeune, nous faisions l'entraînement d'hiver après avoir plongé les habits entraînement dans l'eau, en continuant jusqu'à ce qu'ils sèchent. ».

En tout cas, la recherche d'un dépassement de la difficulté était commune à tous les arts martiaux japonais, que ce soit l'Est ou l'Ouest. Pourquoi faisaient-ils cela ? Etait-ce nécessaire ? Il arrive que l'on qualifie de masochiste ou de sadique l'attitude ascétique dans la pratique du budo, lorsque les actes commencent à se décaler de leur objectif. C'est sans doute un problème auquel il est nécessaire réfléchir lorsque nous pratiquons les arts martiaux traditionnels dans notre vie actuelle.

Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

developpement et continuite des arts martiaux le butokukaïderniers combats de Takano et Naîto

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