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LA CHRONIQUE DE KENJI TOKITSU
Poursuivant la présentation de l'art de Musashi, je donnerai aujourd'hui la traduction commentée des trois dernières des cinq formules au travers desquelles il communique l'essentiel de sa technique de combat, puis je commenterai quelques extraits du « Rouleau du feu » dans lequel Musashi expose concrètement sa stratégie du combat.
Voici la troisième formule technique telle que Musashi la présente dans le « Rouleau de l'eau » :
Dans la troisième formule, vous tenez le sabre la pointe vers le bas (gedan) et vous frappez la main de l'adversaire par en bas, à l'instant où il attaque. S'il pare en frappant votre sabre de haut en bas pour le faire tomber, détournez son sabre en utilisant le hyoshi franchissant (kosu hyoshi) et frappez horizontalement pour lui couper le bras. L'essentiel de cette formule est de frapper d'un seul coup à l'instant où l'adversaire démarre l'attaque. Cette garde basse (gedan) est nécessaire aussi bien pour un débutant que pour un adepte avancé dans la voie, il faut s'y exercer sabre en mains.
Le terme « kosu » hyoshi provient d'un verbe « kosu » qui signifie devancer, traverser, franchir (un col de montagne), dépasser, surpasser. Dans ces cinq formules, Musashi ne précise pas s'il convient d'utiliser les deux sabres et ici ses descriptions correspondent plutôt à l'utilisation d'un seul sabre. Comme pour les formules précédentes, je rapprocherai de cette formule, l'exécution de la partie correspondante du kata des cinq formules de l'école de Musashi faite par Me Imaï, dixième successeur de Musashi. Dans cette formule, Me Imaï prend les deux sabres en baissant les pointes vers le sol. Il qualifie cette position de « ritsu-zen » (zen debout). L'autoportrait de Musashi publié dans le numéro 36 de Bushido le représente dans cette posture.
L'adversaire frappe de haut en bas et Imaï l'arrête avec son sabre gauche. Cette situation est proche de celle de la première formule mais, par comparaison, le corps d'Imaï est un peu plus éloigné de celui de son adversaire, de sorte que son sabre droit n'atteint pas le bras de celui-ci. L'adversaire attaque à nouveau et Imaï pare avec son sabre gauche en l'appuyant sur le dos du sabre adverse qu'il conduit vers le bas. Il dirige son sabre droit vers le bras de l'adversaire pour le trancher en frappant horizontalement de gauche à droite en passant au-dessus des deux sabres gardés en contact.
Quatrième formule technique
Vous tenez votre sabre du côté gauche et, de cette position, vous frappez vers le haut le bras de l'adversaire au moment où celui-ci vous attaque. S'il frappe votre sabre pour l'abaisser, vous laissez son sabre continuer sa trajectoire et vous coupez en biais de bas en haut jusqu'au-dessus de votre épaule en tranchant son bras. C'est cela le trajet (voie) du sabre. Si l'adversaire relance son attaque à nouveau, vous pouvez le vaincre de la même façon. Il faut bien examiner cela.
Le sabre gauche d'Imaï pointe vers l'adversaire, en chudan et il amène, en le croisant par-dessous, son sabre droit vers le côté gauche ; la pointe en est alors dirigée vers l'arrière ; son buste est presque de profil par rapport à l'adversaire qu'il voit par-dessus son épaule droite. C'est une position particulière à prendre en raison des caractéristiques du lieu de combat où peuvent se trouver des obstacles qui empêchent de prendre la position habituelle.
L'adversaire attaque du haut en bas à deux reprises et, chaque fois, Imaï pare avec son sabre gauche en même temps qu'il frappe horizontalement de son sabre droit comme s'il retirait celui-ci du fourreau. Du fait de ce mouvement d'attaque, son adversaire recule. Imaï, après son deuxième mouvement d'attaque horizontale de gauche à droite, prolonge le mouvement du sabre jusqu'au-dessus de son épaule droite et, à partir de là, il frappe en biais vers le bas l'épaule gauche de son adversaire.
Cinquième formule technique
Vous prenez le sabre à droite et, en suivant la réaction de l'adversaire, vous déplacez votre sabre en biais vers le haut puis vous frappez directement de haut en bas. Cette formule aussi est utile pour bien comprendre le trajet (voie) du sabre.
Imaï prend son sabre gauche en chudan, le sabre droit à côté de sa hanche droite ; les deux sabres sont pointés vers l'adversaire, et le sabre droit est placé en retrait. Comme la précédente, on utilise cette position lorsqu'il y a des obstacles ou lorsqu'on se trouve dans une situation particulière.
L'adversaire attaque de haut en bas, Imaï esquive en faisant un demi-pas en arrière et il appuie avec son sabre gauche vers l'extérieur sur le sabre adverse qui vient de trancher dans le vide jusqu'en bas, il frappe immédiatement avec son sabre droit la tête de l'adversaire en faisant un demi-pas en avant.
Si vous vous entraînez à manier les sabres en suivant ces formules, vous arriverez à mouvoir aisément un sabre pesant. Il n'est pas nécessaire de donner beaucoup de détails à propos de ces cinq formules.
Vous arriverez à apprendre les techniques fondamentales de mon école, les hyoshi de base et à discerner le sabre (attaque) de l'adversaire en approfondissant votre art suivant ces cinq formules. En développant ces techniques, vous arriverez à capter l'intention de l'adversaire et, en conséquence, à employer le hyoshi qui convient. Vous gagnerez alors de différentes façons. Il faut bien y réfléchir.
Ces passages montrent bien à quel point il est difficile d'expliciter, dans un écrit, des gestes qui sont si brefs et si concrets lorsqu'on les montre directement.
Document d'archive écrit en 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
