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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Bokuden-4
        maîtres du sabre japonais, gyo et ki entre deux sabres

adeptes pratique situation de combat énergie ki disciplines l'entraînement


Les maîtres du sabre japonais.

Tsukahara Bokuden (1449-1571)

Bokuden a vaincu tous les adversaires qu'il a rencontrés au cours de son séjour à Kyoto, cependant, il ne se sent pas satisfait de son art du sabre. La rencontre avec Aïsu Iko lui donne conscience de son insuffisance, et il se rend compte d'un manque fondamental dans son art. Il en vient à penser que pour atteindre le niveau ultime du sabre il lui sera indispensable de se plonger dans le « sen nichi gyo », le gyo de mille jours.

Le gyo.

La notion de « gyo » ne se traduit ni par entraînement, ni par exercice. Elle implique un engagement global d'une personne dans un acte par lequel elle approfondit son état spirituel par des pratiques physiques diverses, allant souvent jusqu'à la limite de la vie, c'est ce qui fait l'ascétisme du gyo. La pratique de gyo est sous-tendue par l'idée que c'est en dépassant certaines limites physiques qu'on peut parvenir à un état d'existence supérieur. On dit souvent que la pensée japonaise n'est pas dualiste et qu'il n'y a pas d'opposition entre le corps et l'esprit. C'est une affirmation un peu simpliste, car cette dualité s'inscrit dans la pensée japonaise, mais ce n'est évidemment pas à la façon cartésienne. La dualité « corps - esprit » se situe dans un dynamisme et dans une fluctuation et dans cette mobilité l'opposition ne prédomine pas. Dans la pratique de gyo, l'exercice consiste à aller du corps à l'esprit et aussitôt bascule de l'esprit au corps. La recherche permanente d'un équilibre des deux donne l'impression qu'ils sont confondus mais, si l'on y regarde de près, la dualité est sous-jacente et elle est à la base de tout le processus de gyo. Dans cette pratique parfois le corps domine mais, à une autre étape, c'est l'esprit qui dominera. Le rapport « corps - esprit » y est fluctuant mais l'objectif est d'atteindre un état où, si on règle le corps, l'esprit est réglé et, si on règle l'esprit, le corps est réglé. La pratique du zen pour un adepte de sabre se situe dans ce rapport de la technique et de l'esprit. La notion de gyo est présente dans toutes les pratiques religieuses japonaises, mais aussi dans l'art japonais qui implique l'engagement global d'une personne.

Pour que l'art du sabre atteigne à l'état ultime, il est nécessaire que l'adepte passe par une pratique ascétique qui lui permette d'atteindre à une nouvelle dimension du rapport entre corps et esprit, à une dimension différente. Dans la pratique du gyo, la démarche est la suivante : les désirs physiques s'affaiblissent, l'esprit se détache de l'entrave du corps et l'adepte voit le monde où il vit d'un regard radicalement différent. Ensuite ayant franchi les dimensions ordinaires de la perception, l'adepte pourra trouver un développement élargi de ses facultés physiques. C'est à ce moment que la personne obtient une capacité immuable qui peut s'adapter à toutes les situations, même à la mort. Cette idée de gyo est sous-jacente à tous les budo japonais, en particulier à l'art du sabre.

Il faut aussi souligner que l'imprégnation des méthodes du budo par la notion de gyo a amorcé la transformation par laquelle le budo a commencé à cesser d'être une technique pour tuer et est devenu une voie qui mène à l'accomplissement de l'homme. Elle a accentué la dureté du mode d'entraînement et aussi la recherche d'énergie par l'introspection.

On peut dire que le « sen nichi gyo » est une forme de kata dont le cycle est de mille jours et par lequel on vise un dépassement radical pour accéder à une dimension supérieure. C'est à cela que songe Bokuden.

Les ki entre les deux sabres.

Bokuden est le futur responsable de la famille Tsukahara et a des responsabilités envers son Seigneur. Il ne lui est pas possible de pratiquer le gyo de mille jours sans autorisations et sans effectuer quelques formalités. C'est pourquoi, lorsque Bokuden va saluer Matsumoto Nichi qui est l'adepte le plus réputé de Kashima, il a l'intention de lui en parler. Bokuden a reçu son enseignement depuis l'âge de 10 ans et, bien qu'il ait obtenu l'égalité en combat avec lui au tournoi de sélection pour aller à Kyoto, il reconnaît toujours sa supériorité en tant qu'un adepte et en tant qu'un homme.

Document d'archive écrit en octobre 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

adeptes pratique situation de combat énergie ki disciplines l'entraînement

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