Les maîtres du sabre japonais.
Kamiizumi Hidetsuna (1507-1579) et Yagyu Muneyoshi (1527-1606).
Après le départ de son maître, Yagyu s'acharne le jour et la nuit, cherchant à atteindre l'état de « muto ». L'entraînement physique ne suffit pas, il médite tantôt dans la montagne, tantôt au dojo. Le zen est pour lui, au départ, un moyen de parvenir à l'état de muto et il se confondra avec son objectif le jour où celui-ci sera atteint.
Un an après.
En printemps 1559, Kamiizumi retourne chez Yagyu sans prévenir.
En recevant Kamiizumi, Yagyu montre une profonde joie et il le salue avec émotion : « Maître, bienvenue, merci d'être revenu... ». Kamiizumi, en voyant son visage, ressent que son disciple a sans doute accompli sa tâche. A la place de ses deux disciples, Kamiizumi est accompagné de Suzuki Ihaku qui semble avoir à peu près le même âge de Kamiizumi. Ils se sont connus dans leur jeunesse lorsqu'ils étudiaient le sabre à Kashima. Kamiizumi a reçu la visite de Suzuki Ihaku à Kyoto, peu du temps après la séparation avec ses deux disciples et, depuis, celui-ci le sert comme son disciple.
Muto : dori.
Lorsque Kamiizumi demande ce qu'il en est du muto, Yagyu répond : « Je pense avoir trouvé quelque chose. ». Ils vont au dojo. Yagyu va combattre à main nue contre Suzuki Ihaku qui prend un bokken en mains. Les deux adversaires se mettent en face à une distance de six mètres. Yagyu avance sans bruit, et lorsque Suzuki le capte dans sa portée, il attaque en élançant son corps vers la tête de Yagyu avec un kiaï perçant : « Eïï ! ». A ce moment précis, Yagyu saisit la poignée du sabre de sa main gauche et le bras gauche de Suzuki de sa main droite. Les deux adversaires demeurent figés un instant puis se déplacent quelques mètres sur le côté en équilibrant les deux énergies opposées dans les deux corps et, à ce moment, un kiaï sourd sort du ventre de Yagyu. Le corps de Suzuki est projeté au sol et son sabre reste dans la main de Yagyu. Le muto contient trois modes de domination de l'adversaire : arracher le sabre, se servir de la main comme d'un sabre (shuto) et immobiliser son adversaire (muté). Yagyu montre ensuite la technique de shuto.
Les deux adversaires se remettent en face à une distance de quatre mètres. Yagyu avance, Suzuki recule de deux puis trois pas. Suzuki reculant son pied droit prend la position de waki-gamaé (garde de côté). Yagyu avance calmement. C'est alors que Suzuki, en avançant largement son pied droit, attaque en késa (en biais du haut en bas) sur l'épaule gauche de Yagyu. Celui-ci esquive en faisant un demi-pas en arrière. Le bokken de Suzuki le suit en frappant horizontalement, Yagyu - le laissant pourfendre l'air - pénètre immédiatement et sa main gauche appuyant sur la poignée du bokken, il frappe le poignet droit de Suzuki avec son shuto. Ainsi, il arrache son bokken sur le champ. Yagyu le domine aussi en un troisième affrontement et, cette fois-ci, il immobilise son adversaire après l'avoir projeté.
Suzuki dit en regagnant sa place : « J'ai perdu. Vous m'avez vaincu complètement. Bravo ! ». Il a dit ces mots avec une véritable admiration. Yagyu s'incline à genoux devant Suzuki et dit : « Je vous remercie. ». Puis il se retourne vers Kamiizumi pour saluer. Ce dernier dit en souriant : « Enfin vous y êtes arrivé ! C'est formidable » et il frappe dans ses mains trois fois : « Monsieur Yagyu, je l'ai vu avec certitude. ».
Peu de temps après, Kamiizumi octroie tous les actes de transmission. Les quatres rouleaux que nous avons vus en photos dans le n° 46 ont été écrits à ce moment.
Au lieu d'échafauder des suppositions, réfléchissons un moment à ce que veulent dire le maître et le disciple et la succession dans une école de budo.
Document d'archive écrit en 12/1987
par Kenji Tokitsu - publié dans non publié