Health and longevity, well-being and personal development, efficiency and performance
overview     nearest dojos worldwide


 
Articles de K. Tokitsu
    Méthode Hida
        Hida: Qu'est-ce l'école Nen-ryû ? Quel est le secret ?

Hida: technique de combat et principe de déplacementHida: Convergence entre principe du sabre et méthode Hida

Les documents sur les écoles de sabre japonaises que j'ai consultés pour rédiger ma thèse sur Miyamoto Musashi (2) m'ont permis de situer avec précision son apport à l'art du sabre japonais. En même temps j'ai pu constater un point de convergence entre la méthode de l'Ecole de sabre Nen-ryû et celle de Hida. J'ai eu connaissance des caractéristiques de l'école Nen-ryû par les recherches de Monjûrô Morita (1889-1978), maître de kendô qui a développé une hypothèse sur la formation technique de Musashi.

Monjûrô Morita, maître de kendô très réputé, met en cause sa pratique du kendô alors qu'il a atteint un haut niveau, 5ème dan, et a formé un grand nombre de kendoka. Il se trouve dans une impasse et découvre qu'une de ses difficultés principales est la sensation de déséquilibre énergétique qu'il ressent lorsqu'il manie le sabre en le tenant à deux mains. Selon son hypothèse, Musashi, en maniant un sabre de chaque main, avait résolu très jeune ce problème qu'on rencontre en kendô où l'on manie généralement un seul sabre en le tenant à deux mains. Après avoir traversé une période difficile, c'est en étudiant Musashi que M. Morita a fini par trouver une voie satisfaisante en kendô et a commencé de la suivre ; il avait alors 60 ans.

Selon M. Morita, Musashi n'était pas un autodidacte comme on le pense généralement et a reçu de son père un enseignement rigoureux de l'art du sabre. Son école des deux sabres en est le développement. Le grand-père de Musashi aurait, d'après lui, été influencé par l'école Nen-ryû et aurait intégré cette influence dans l'art du sabre de la famille,

Qu'est-ce l'école Nen-ryû ?

Le fondateur de l'école Nen-ryû était le moine bouddhiste Jion, né vers 1350. D'après les documents parvenus jusqu'à nos jours, il entra dans un temple bouddhiste à l'âge de 7 ans et à 10 ans, lors de son initiation bouddhique au mont Kurama à Kyoto, il reçut un enseignement secret de l'art du sabre. A 16 ans, il séjourna au temple Jufukuji de Kamakura où il reçut l'enseignement ésotérique du moine Eïyû.

Selon M. Morita, dans l'école Nen-ryû on nomme la technique ultime « miraï », ce qui veut dire « l'art du sabre du futur ». On entend par là l'état de l'adepte parvenu à la capacité de deviner avec justesse l'acte de son adversaire et de prévoir ce qui se passera dans l'avenir.

M. Morita écrit :

« Le Miraïki (Ecrit sur l'art du sabre qu'on réalise en connaissant l'avenir) a été écrit par Ujimuné, le 7ème successeur de Jion à la tête de l'école Nen-ryû. La technique du « miraï » permet à un adepte de combattre avec une acuité perceptive remarquable et d'être particulièrement efficace, puisqu'il sait prévoir l'acte de son adversaire. Cet art a été mis en pratique aussi par Miyamoto Musashi et par Futabayama (lutteur de sumô moderne qui détient le record d'avoir obtenu 69 victoires successives). ».

Pour prouver les capacités acquises par la pratique de l'école Nen-ryû, M. Monta cite un texte du XVIII° siècle relatif à Higuchi Sadataka, 23° successeur de Jion :

« Sadataka est âgé 91 ans. Voici ses propos : « Mon art est longtemps resté médiocre. Je n'avais pas compris l'essentiel de l'école. C'est seulement à 70 ans que j'ai compris quelque chose. En continuant l'entraînement, j'ai compris une autre chose à 90 ans. Et, depuis lors, je sais manier le sabre avec aisance et mon sabre a cessé d'être médiocre... ». » 

M. Morita écrit :

« Il s'agit de l'acquisition d'une capacité perceptive élargie grâce à l'entraînement de cette école. ».

Pour obtenir cette capacité, il faut s'exercer à une technique de frappe particulière à cette école, qui constitue un « secret ».

 

Quel est le secret ?

Selon M. Morita ce secret tient en une phrase : « frapper avec le bras gauche tendu ». Généralement lorsqu'on frappe avec un sabre, on déplie les bras, tandis qu'il faut frapper en gardant les bras tendus du début à la fin, surtout le bras gauche. Cette façon de frapper nécessite une technique corporelle particulière où chacun des gestes de frappe stimule une zone du bas du ventre et la renforce. M. Morita avance l'hypothèse plus audacieuse que ce renforcement et ces stimuli permanents transmis par la moelle épinière développent une zone du cerveau dont l'homme a perdu l'usage. L'apprentissage correct de la technique de frappe permet d'activer cette zone augmentant ainsi les capacités de prévision. C'est pourquoi cette technique constitue le secret principal de l'école Nen-ryû.

Une constatation va dans le sens de l'hypothèse de M. Morita ; dans les textes sur la transmission « secrète » du Bouddhisme ésotérique existe un enseignement visant à développer la mémoire visuelle et auditive. Cet enseignement comporte des exercices particuliers de la partie basse du ventre. Le rapprochement est d'autant plus intéressant que le fondateur de l'école Nen-ryû est un moine bouddhiste.

En lisant la généalogie des écoles de sabre établie par M. Morita, j'ai appris que l'école Kaïshin-ryû que j'ai citée plus haut provient aussi de l'école Nen-ryû. En effet, sans la qualifier de « secrète », cette école met, elle aussi, l'accent majeur sur la frappe du sabre avec les bras tendus. L'enseignement correspond parfaitement à celui décrit dans la transmission de Nen-ryû. Une grande précision y est recherchée dans l'exercice de « suburi » (frappe de sabre dans le vide), qui est fort difficile. J'étudie le sabre de cette école depuis seulement 6 ans et plus j'avance en « suburi », plus j'ai l'impression de m'enfoncer dans un profond abîme. J'ajouterai que le déplacement de « musoku », dont je parle plus haut, nécessite le développement des sensations de la ligne centrale du corps et du tanden. Par là, ce déplacement rejoint l'exercice de « suburi ».

Ainsi nous pouvons trouver des points de convergence entre la méthode Hida (voie du centre sacré) et un des secrets de la transmission d'une école de sabre japonais.

Document d'archive écrit en ???
par Kenji Tokitsu - publié dans les Editions Shaolin-mon (©Tokitsu-ryu)

Hida: technique de combat et principe de déplacementHida: Convergence entre principe du sabre et méthode Hida

audited by