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Articles de K. Tokitsu
    Maitre Masahiko Narazaki (kendo, zazen)
        Après la prison kendo

La persévérance

Après la prison
M. Narazaki a 35 ans lorsqu'il est libéré. La joie de ses proches est complète. Mais il ne trouve pas immédiatement de travail. Au bout de quelques temps, au cours d'un entraînement au dojo de la Chambre des Députés, T. Yamazaki, secrétaire général, trouve admirable le kendo de M. Narazaki. Il lui fait offrir un poste d'employé à la Chambre mais son travail réel est celui de professeur de kendo.
En effet, le kendo, après plusieurs années de restriction, revit avec un système renouvelé. Le Butoku-kai est dissout et un nouveau système de grades a été instauré. Plusieurs cadets de M. Narazaki à l'Université de Koshukikan l'ont dépassé et sont déjà devenus 6° dan. Pour rattraper son retard en kendo, M. Narazaki s'acharne à l'entraînement. Son épouse décrit se rappelant cette période :
« Je lui ai quelquefois demandé de rester à la maison pour passer un moment ensemble, mais il ne rentrait que le soir tard avec des habits d'entraînement alourdis de sueur. Le dimanche, il partait tôt le matin pour s'entraîner dans différents dojos et ne rentrait que le soir ».
A cette époque, on ne pouvait pas encore s'entraîner comme aujourd'hui parce qu'il n'y avait pas encore beaucoup de dojos. Il lui fallait un temps considérable en transport pour aller d'un dojo à l'autre.
Bientôt un excellent ami de kendo de M. Narazaki lui demande d'entrer dans l'entreprise de construction qu'il dirige et qui est située à Saïtama. M. Narazaki finit par accepter cette offre d'un travail important. Il est aujourd'hui sous-directeur de cette entreprise. Saitama est un département voisin de Tokyo et le kendo y est populaire depuis l'époque Edo.
Au fur et à mesure que le Japon se rétablit des blessures de la guerre, le kendo commence à se réactiver. Parallèlement à son travail, M. Narazaki persévère dans son entraînement de kendo. Il fréquente les différents dojos de Saitama  et va chaque dimanche au Noma-dojo de Tokyo où se rassemblent les plus grands maîtres de l'époque.

Sutémi no « men »
En 1972, lors de la victoire qu'il remporte au tournoi de Meiji-mura, son attaque au « men » est qualifiée de « sutémi-no men », c'est-à-dire attaque au « men » cri se détachant du souci de sa sauvegarde. L'expression « sutémi » est parfois utilisée pour désigner une attitude téméraire, mais dans ce cas précis, elle désigne le fait de s'investir totalement dans un moment décisif, en abandonnant toute pensée personnelle. Avant de lancer l'attaque, M. Narazaki fait monter la tension entre lui et son adversaire en accumulant les potentialités d'attaque, puis attend jusqu' à ce qu'une défaillance se présente chez son adversaire. Lorsque celle-ci se produit, il s'investit totalement. Pendant le temps d'échange préalable, il attend jusqu'à ce que l'occasion soit construite, il ne lance aucune autre attaque légère.
« Quelque soit le niveau d'un adepte, il y a toujours une chance » dit M. Narazaki. Cela veut dire qu'en accumulant la tension et en repoussant l'adversaire par le « ki », celui-ci montrera à un moment donné une défaillance. L'important est attendre jusqu'à ce moment. Mais il ne faut laisser aucune raideur apparaître pendant cette attente. Voici quelques points importants que M. Narazaki indique :

  • Il faut prendre le centre en combat, mais si vous appuyez fort d'un côté, l'adversaire pourra prendre votre centre par l'autre côté .Il ne faut pas confondre le fait d'appuyer sur le shinaï de l'autre avec la prise du centre.

Il précise aussi qu'il faut, en kendo :

  • Regarder l'adversaire comme si on regardait une montagne lointaine. Lorsque l'adversaire mène son combat à distance proche, « chika-ma », si vous le situez mentalement au loin, comme si vous le voyez effectivement au loin, vous pourrez continuer à mener le combat comme si la distance était habituelle.
  • Il faut regarder l'adversaire sans préjugé. Quel que soit son niveau, il faut chasser de votre esprit toute considération sur son niveau, sa technique favorite, etc. Pensez au poème du moine zen Dogen :

« Nombreux sont les gens
Qui passent sur le pont de Gojô,
Vois-les, chacun tel qu'il est ».

Ce poème condense peut-être une des idées directrices de sa vie. Je pense que, s'il y a un secret dans le « men de Narazaki », celui-ci ne doit pas être cherché dans le détail technique mais dans son était d'esprit qui est inséparable de l'expérience par laquelle a été forgée sa jeunesse. C'est pourquoi, dans cet article, j'ai peut-être un peu trop, insisté sur son expérience personnelle.
« Le sabre n'existe pas en-dehors de l'esprit ». Le kendo de M. Narazaki n'en est-il pas un exemple contemporain ? Pour les kendokas européens, c'est une opportunité exceptionnelle que d'avoir la possibilité de suivre son enseignement à l'occasion d'un stage. Maître Narazaki donnera cet été juste après le nôtre, à Autrans, un stage d'une semaine pour les kendokas de 4° dan et plus. Avec mes amis kendokas, je remercie Salvatore Casule qui a pris en charge, avec son efficacité habituelle, l'organisation de ce stage.

Document d'archive écrit en septembre 1990
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin de liaison Shaolin-mon n°10

La persévérance

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