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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 4 : La recherche de profondeur du combat
        combat en budo unite du ki du sabre et du corps

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L'histoire du karaté - n° 4 : La recherche de profondeur du combat

Dans le numéro précédent, j'ai présenté l'exemple d'un célèbre combat de kendo entre deux éminents maîtres d'avant-guerre. Par là, j'ai voulu indiquer la dimension profonde du combat de budo qui servait de modèle aux maîtres de karaté des années trente.

La complexité du combat en budo

Reprenons l'exemple du combat raconté par C. Ogawa. Si nous nous plaçons en spectateur ordinaire d'une compétition sportive de kendo, le jugement est simple, S. Takano a largement remporté la victoire puisqu'il a frappé à cinq reprises, tandis que K. Naïto restait imperturbable sans parer, ni attaquer. Mais nous avons constaté que l'appréciation des maîtres du kendo d'alors était toute différente. Pourquoi ?

En premier lieu, il faut souligner qu'il s'agit d'un combat entre maîtres du plus haut niveau, apprécié par leurs pairs. Sous l'apparence physique du combat, ceux-ci ont vu le déroulement d'un combat entre l'esprit et la volonté de deux personnes, c'est ce qu'ils qualifient de combat du « ki ». K. Naïto persévère à repousser son adversaire avec sa volonté transmise par son shinaï (kiaï-zémé). Il reste imperturbable alors même qu'il reçoit un coup. S. Takano est repoussé par la volonté et la puissance immanentes de son adversaire et doit frapper pour éviter de reculer davantage. Il ne frappe pas parce qu'il a vu un vide chez son adversaire, mais il est obligé de frapper. Ses coups sont semblables aux coups de piolet d'un alpiniste qui cherche à éviter de glisser en bas et non pas aux coups de piolet qui assurent la montée. Ce qu'ont apprécié les maîtres de kendo est que K. Natta a placé son adversaire dans l'obligation de frapper sans être en situation de choisir sa frappe. Il faut ajouter que le récit de C. Ogawa, élève de S. Takano, omet de préciser que celui-ci a dû reculer tout en portant les coups et que lorsque le juge a arrêté le combat, il avait été repoussé jusqu'à la limite de l'espace de combat. Le garde en jodan est en principe celle qu'on prend face à un adversaire inférieur et S. Takano a salué son adversaire en prenant cette garde où il excellait. Ayant pris le jodan, c'est lui qui aurait dû repousser l'adversaire, même sans le frapper. Tandis que K. Naïto, avec sa garde chudan, a créé une situation dans laquelle S. Takano a été obligé de le frapper pour ne pas reculer davantage. C'est cette façon de mener le combat que les autres adeptes de haut niveau ont jugée « magnifique au-delà de toute description ».

Ainsi, ce qui importait en kendo, à ce niveau, n'était pas le simple fait de porter ou non un coup non décisif à l'adversaire, mais de découvrir de quelle manière dominer la volonté (ou ki) de l'adversaire. S'il est possible d'anéantir le « ki » (énergie, volonté) de l'adversaire, celui-ci ne pourra plus attaquer et même s'il attaque, son geste ne pourra pas être parfait car le « ki-ken-taï » (unité du « ki », du sabre et du corps) n'est qu'imparfaitement intégré dans sa technique. Si on réussit à conduire l'adversaire jusqu'à cette situation, il n'est pas nécessaire de lui porter un coup. Le kendo était alors pratiqué avec une maîtrise qui permettait ce niveau de conscience. Pour un spectateur ordinaire, les coups de S. Takano pouvaient paraître superbes, car ils étaient reçus sans parade, mais pour des adeptes de haut niveau il était évident que ces coups n'étaient pas décisifs et que c'est pour cette raison que l'adversaire avait décidé de ne pas parer. C'est dans ce sens qu'encore aujourd'hui quelques maîtres du kendo attachent une importance primordiale au combat de l'émanation d'énergie et de volonté (kiaï-zémé) qui précède les échanges des coups. Ce type de combat est considéré par certains kendokas modernes comme l'idéal du kendo, l'ultime étape du kendo (kyukyoku-nokendo).

L'ultime étape du kendo, le fondement du budo

Nous pouvons maintenant mieux comprendre cette phrase de la revue « Kendo Jidaï » (n° 9, 1987).

« Pour le tournoi entre les 8ème dan, il n'y a pas eu de bon combat cette année, cependant A. Hanshi a assez bien mené le combat. Avec son ki, il a pu repousser à 5 ou 6 mètres un adversaire de niveau égal. C'est une chose difficile à réaliser. Mais il n'a pas encore compris l'essentiel du kendo car il a donné un coup à la fin. Il fallait ne pas frapper, tout en dominant par le ki, puisqu'il avait été capable de repousser l'adversaire jusqu'à ce point. ».

Cette appréciation sous-entend une idée que nous pouvons formuler de diverses façons : « Si on a pu repousser l'adversaire à ce point-là, il ne fallait pas frapper car l'issue était évidente. S'il frappe, cela implique une cruauté. Quel sens peut avoir l'acte de frapper, après avoir conduit et immobilisé son adversaire avec la poussée du ki ? ». C'est précisément sur ce point que le kendo et l'art du sabre des samouraïs diffèrent car, une fois le sabre dégainé, un samouraï devait tuer. Nous pouvons dire que le kendo est apparu, lorsqu'il n'a plus été nécessaire de tuer tout en menant le combat le plus sérieux. Cette attitude déjà présente au Japon depuis le XVII° siècle s'est formalisée vers la fin du XIX° siècle et constitue une des bases de la pensée du budo à laquelle J. Kano a donne une forme moderne. Lorsque le karaté été introduit au centre du Japon au début du XX° siècle, il a dû se confronter à la pensée et à la qualité atteintes par le budo dont la discipline la plus représentative était le kendo. Les maîtres du karaté ont capté intuitivement cette profondeur du budo japonais et se sont efforcés de s'en approcher.

Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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