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Articles de K. Tokitsu
    Le triangle du Shaolin mon - orientation 1991
        Etapes de progression, franchir les difficultés, elements du ritsu-zen

Ouverture à partir du karatéPour avancer en Shaolin mon

Comment franchir les difficultés ?

La sensation de stagnation que ressentent certains des élèves de longue date est due principalement à une forme de routine qui les conduit à s'installer dans leurs défauts au lieu de continuer à s'affiner.

L'exemple le plus flagrant est la discordance qui s'installe dans l'exécution technique alors que celui qui l'effectue s'applique consciencieusement et est persuadé de bien faire. Cette impression subjective rend d'autant plus difficile l'amélioration qu'elle l'empêche de voir où sont ses défauts. Je constate souvent chez des personnes avancées une insuffisance de la coordination des forces et de la sensibilité des différentes parties du corps, plus complexe que chez les débutants. On voit fréquemment ce défaut chez les karatékas en général qui se sont disciplinés à se mouler dans la rigidité d'une forme technique. Lorsqu'on n'est pas conscient de ce problème, la répétition endurcit dans les défauts au lieu d'amener une amélioration. Lorsqu'on s'entraîne seul, c'est là un des risques les plus importants, pourtant il est nécessaire de s'entraîner seul. Ce problème constitue un palier que tous les adeptes ont à affronter avant d'être effectivement autonomes.

Je pense que la coordination du geste ne doit pas être conçue uniquement du point de vue physique. Il s'agit aussi d'une coordination de la perception de son propre corps et de l'entourage. Si, par exemple, un adepte porte ses vêtements d'une façon négligée et déséquilibrée en serrant la ceinture non symétriquement, cela me semble révéler un problème. S'il y a une véritable recherche de la coordination technique, cet effort doit apparaître spontanément dans la manière de se comporter. Il ne s'agit pas d'être conforme au règlement, mais d'être conforme à ses propres sensations de coordination gestuelle dans l'art martial ou perception « juste ». La philosophie et la morale des arts martiaux orientaux reposent largement sur l'approfondissement de la « justesse ». Sans avoir cette spontanéité il est impossible de concevoir ce qu'est le « zheng ti ».

Pendant les cours et les stages, les élèves apprennent de nouvelles techniques, mais il est peut-être encore plus important pour eux de vérifier comment ils mettent en pratique des choses qu'ils croient déjà connaître.

Yi quan : vers un approfondissement du ritsu-zen.

Des adeptes avancés ont pris l'initiative d'organiser en Février 1991 un stage dont l'objectif est de hausser le niveau en dépassant divers paliers dont ils ressentent le freinage. C'est un essai. La plupart de ces adeptes sont professeurs, ce qui fait que leur travail se reflétera dans leur enseignement. Dans ce stage nous avons principalement étudié le yi quan.

Ceux qui s'exercent au ritsu-zen d'une manière un tant soit peu intensive doivent veiller à la correction de la posture à partir des indications que j'ai données durant les cours et les stages. La forme du « yi », elle aussi doit varier suivant le niveau d'avancement.

Selon Me Yu Yong nian, l'efficacité du travail de ritsu-zen (zhàn zhuang) est constituée par trois éléments complémentaires :

  1. La posture : le degré de flexion des genoux détermine l'intensité du travail physique. Il convient de commencer par une posture haute et de fléchir les genoux au fur et à mesure de l'avancement ;
  2. L'intensité de « yi » (la pensée qui produit une sensation concrète dans le corps) détermine la qualité de travail ;
  3. Le temps : la durée du temps d'exercice détermine l'intensité du travail.

Les trois éléments sont interdépendants : par exemple, si on prend une posture facile avec peu de flexion des jambes, il faut, pour obtenir une efficacité, allonger le temps d'exercice et intensifier le « yi ». Si la flexion est suffisante et le « yi » fort, le temps peut être raccourci jusqu'à un certain point. L'important est de former progressivement le « yi » en expérimentant l'effet produit dans le corps, ce qui est impossible à communiquer sans passer par la pratique. Il ne suffit pas de se mettre debout longtemps et il ne s'agit pas d'un simple renforcement musculaire. Les étapes de la progression sont guidées par le « yi » qui prend différentes formes et intensités, constituant, comme je l'ai écrit plus haut, des modèles, équivalant à des kata dans le travail interne. Il faut donc les apprendre et les répéter minutieusement. Cette forme de ritsu-zen est un exercice fort, complet en soi, et il ne convient pas de le faire en menant une autre forme d'introspection, en particulier il ne faut pas fermer les yeux et se couper du monde extérieur. En effet, si le travail du « yi » est mené convenablement, il n'y a pas lieu de faire intervenir une autre direction de travail mental.

D'une manière générale, il est déconseillé de mélanger différents types d'exercices internes.

L'exercice de sui-shu du yi quan présente des différences avec celui du taiji qui est surtout éducatif. Il est plus réaliste du point de vue de l'art martial, car il met en jeu différents types de force et des déplacements. Par cet exercice, nous apprenons en même temps à dérober l'appui à une attaque venue de l'adversaire et à renverser la situation en contre coup. Mais pour pouvoir s'y exercer efficacement il est nécessaire d'avoir une bonne formation technique en yi quan et un partenaire exercé.

Avançons progressivement, et correctement, plus une pratique est efficace, plus la prudence s'impose. C'est en pratique, plutôt que par l'écriture, que les problèmes doivent se résoudre. Dans ce domaine, je n'en suis qu'au commencement mais suffisamment avancé pour guider mes élèves avec conviction.

Document d'archive écrit en mars 1991
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin de l'école Shaolin-mon

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