sante et longevite, age formation developpement personnel et efficacite performance
découvrir     proche de chez vous


 
Articles de K. Tokitsu
    Le budo par-delà les barrières culturelles
        sémé budo sensation pratique de l'adversaire geste combat pensée occidentales

budo japonais manière adeptes de disciplines martiaux conception dieu shintoïstecombat l'adversaire kendo coup gagné pointes budo adeptes ligne karaté

Une clef pour le budo

La pensée de la voie apparaît spontanément lorsque la tension vers la formation de soi s'associe à la pratique de l'art martial, à la progression au cours du temps. Autrement dit, aussi longtemps que cette tension n'y apparaît pas, une pratique ne peut pas comporter la pensée de la voie et, par conséquent, elle ne se constitue pas en budo. Au sens rigoureux du terme, le budo ne désigne pas des disciplines particulières mais la qualité et le contenu pratique d'une discipline. Donc, ce n'est pas parce que vous pratiquez avec sérieux le kendo, le karaté-do, le jo-do, le kyudo... que vous pratiquez le budo. C'est lorsque votre pratique comporte spontanément la tension vers l'auto-formation de la personne dans sa totalité, celle de la voie, que votre pratique devient budo.

Le budo ne constitue donc pas un genre parmi des disciplines de combat mais la manière dont vous vous engagez dans une discipline de l'art du combat en recherchant l'efficacité.

La tension vers la formation de soi, au sens où je l'ai exposé plus haut, n'apparaît pas d'une manière abstraite mais elle s'appuie sur une sensation corporelle concrète. Il s'agit d'une sensation corporelle que tous les êtres humains peuvent concevoir quelle que soit leur origine culturelle. Autrement dit, cette sensation corporelle est la clef qui permet de pratiquer le budo à part entière en dépassant les obstacles culturels.

Qu'est-ce que cette sensation corporelle ? En japonais, elle est exprimée au moyen de la notion du « ki ».

Je pense que la sensation corporelle du « ki » est communément présente dans l'expérience humaine. Mais la forme d'interprétation de cette sensation varie selon la culture. Par exemple, le caractère logique est bien plus développé dans les langues occidentales que dans la langue japonaise. Mais il n'y a pas dans les langues occidentales, et c'est une difficulté majeure des traductions, de mot équivalent à « ki ». Ce terme couvre en japonais les sensations et les impressions mystérieuses, vagues, intangibles qui touchent quelque chose au fond de notre être, qui relève d'une acuité probablement archaïque ou refoulée. Cet ensemble d'impressions difficilement définissables par un mot est présent dans l'expérience quotidienne, la littérature et les arts japonais ; lorsqu'on doit la nommer, on dit le « ki ».

L'exclusion de ces sensations et impressions de la surface des vocables me semble corrélative du développement du caractère logique des langues occidentales. La pensée rationnelle s'est vraisemblablement développée en refoulant cette sensibilité.

C'est pourquoi dans la pratique, la sensation du « ki » doit être captée comme « ki » sans passer par un système de traduction avec des mots équivalents. Il me semble que pour avoir la clef du budo en dépassant les obstacles culturels, il est nécessaire de cultiver l'acuité à la sensation du ki et de se faire guider en étendue et en profondeur par cette sensation, au moyen des techniques corporelles du combat.

 

En kendo, l'adepte apprend dès le début ce qu'est le « ki » d'une manière simple, par l'expression « ki-ken-taï ». Au cours des années, il apprend l'importance du « sémé » pour le combat. Nous ne pouvons pas décrire d'une manière simple ce qu'est le « sémé ». Mais il est clair que le niveau de l'adepte se reflète directement dans la qualité du « sémé ».

Généralement le « sémé » implique des attitudes ou des gestes qui communiquent votre combativité à l'adversaire. Le « sémé » est bien plus que les feintes qu'on utilise en combat de karaté. Même si vous faites des feintes, si ces gestes ne parviennent pas à faire réagir de l'adversaire, ils ne constituent pas le « sémé ». Par contre, il s'agit du « sémé » lorsque votre geste, si minime soit-il, parvient à troubler l'esprit de l'adversaire et à un niveau plus avancé, lorsque vous pouvez faire bouger l'esprit de l'adversaire sans effectuer de signe explicite. Lorsque vous réussissez à troubler l'adversaire par le « ki » émanant de votre personne, sans un geste apparent, c'est le « kisémé ».

C'est pourquoi il n'est pas exact de définir le « sémé » par la description des mouvements. Le geste du « sémé » est celui qui communique quelque chose d'essentiel. Si cette chose essentielle n'est pas communiquée, aucun geste ne peut constituer le « sémé ». Autrement dit, si cette chose est communiquée sans geste apparent, cette transmission constitue le « sémé ». Cette chose essentielle, c'est le « ki ».

Document d'archive écrit en mars 1998
par Kenji Tokitsu - publié dans Numéro spécial du Bulletin Shaolin-Mon ISSN 1261-758 X
Retranscription du texte prononcé le 14 mars 1998 au Taïkaï de Paris par Me Kenji Tokitsu

budo japonais manière adeptes de disciplines martiaux conception dieu shintoïstecombat l'adversaire kendo coup gagné pointes budo adeptes ligne karaté

audité par