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Le défi de Musashi ayant été accepté, la rencontre est fixée au 8 mars à dix heures du matin dans un champ proche du temple Rendaï-ji, situé en dehors de la cité. Pour ce combat Musashi emploie les stratégies suivantes : « irriter l'adversaire », « se mettre à la place de l'adversaire » et « effrayer ».
Yoshioka Seijuro arrivé avant l'heure est prêt à se battre. Il va être dix heures mais Musashi n'arrive pas. Puis, une cloche annonce dix heures, Musashi n'est toujours pas là. Musashi a décidé d'arriver en retard. Il avait appris cette stratégie à ses dépens, l'année précédente, lors d'un combat contre un adepte de l'école Shinkagé-ryu à Kyushu (grande île du sud du Japon). Son adversaire était arrivé avec presque quatre heures de retard. Musashi, vexé et énervé, avait failli perdre et il avait retenu de ce combat une leçon vitale.
En partant de sa propre expérience, Musashi imagine ce qui se passe dans l'esprit de Yoshioka Seijuro. En se mettant à sa place, il voit surgir dans l'esprit de son adversaire, l'angoisse du combat car plus on attend plus les images de la mort vous envahissent ; l'imagination engendre la peur et on commence à sentir son corps s'alourdir. Celui qui attend s'efforce de ne pas tomber dans la stratégie de son adversaire mais plus il s'y efforce, plus les images négatives s'accrochent. Il vivra à plusieurs reprises des moments de frayeur, hors de la présence de l'autre. Demeuré à l'auberge, Musashi feint d'avoir mal au ventre et entend la cloche de dix heures tranquillement couché dans son lit. C'est seulement vers onze heures qu'il se lève et commence à se préparer. Le lieu du duel est à environ une heure de marche, il fait tranquillement ce parcours. Lorsque Musashi arrive, il est déjà midi passé et, effectivement, S. Yoshioka est irrité. Après la présentation mutuelle des deux combattants, S. Yoshioka ne pouvant se retenir dit : « Tu n'es qu'un paysan et en plus inculte ! »
Musashi répond calmement par un sourire, ce qui énerve davantage son adversaire. Yoshioka prend son sabre et le tient verticalement au-dessus de l'épaule droite (hasso). Musashi prend un sabre en bois et le tient en garde moyenne. Ils demeurent un moment presque immobiles. Par des mouvements subtils des pieds, Musashi cherche spontanément un meilleur terrain, c'est une habitude qu'il a prise car il s'entraîne toujours dehors dans la nature. Pour Yoshioka, ce geste n'est pas spontané car, pour lui, la plupart du temps, l'entraînement se fait au dojo, sur un parquet lisse. Tenant son sabre avec légèreté, Yoshioka fait ressentir sa rapidité d'attaque mais sa garde ne présente aucune vulnérabilité. Musashi mettant de la force dans son regard fait ressortir les deux petites rides verticales entre ses sourcils et conserve l'ensemble du corps de Yoshioka dans son champ de vision. Yoshioka faisant ressentir son adresse et sa force prend l'attitude d'attente que Musashi appelle « taï », il réagira en répondant à l'attaque de Musashi. Soudain, Musashi recule de deux pas vers l'arrière en changeant sa garde en une garde de côté. Yoshioka avance calmement, c'est à ce moment que Musashi s'élance avec un cri effrayant changeant la cadence de ses mouvements. Il feint une attaque à l'épaule gauche de Yoshioka qui, au lieu de parer, avance en tournoyant pour le devancer par une attaque à la tête de Musashi. C'est juste à l'instant où Yoshioka croit avoir touché sa cible que son sabre est renvoyé vers le bas comme s'il était pris par un tourbillon. Et, au moment où il tente de le relever, le sabre de Musashi brise son épaule gauche. Un voile rouge passe devant ses yeux et il tombe par terre en perdant connaissance.
Dans ces cinq articles consacrés à Miyamoto Musashi, je me suis contenté de présenter brièvement son art et sa stratégie à partir de son livre majeur, le « Gorin no sho ». Le cadre d'une revue ne me semble pas propice à une analyse plus détaillée. Je publierai prochainement une traduction intégrale du « Gorin no sho » dans un ouvrage approfondi sur Miyamoto Musashi et son art. Pour donner une vision globale de l'art du sabre japonais, je présenterai, à partir du prochain numéro, les maîtres de sabre les plus importants, en commençant par les plus anciens et en remontant leur filiation. Je commencerai par Tsukahara Bokuden puis suivrai sa filiation directe et indirecte avec Kamiizumi Nobutsuna, Yagiyu Sekishusaï puis Yagiyu Munénori. Je rapporterai comment l'école Kashima, la plus ancienne école de sabre japonais, a trouvé sa forme avec Bokuden et comment son art a été transmis à Nobutsuna ; comment celui-ci contribua à la création de l'école Yagiyu qui se développa au cours de l'époque Edo.
(A suivre ...)
Document d'archive écrit en 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
