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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Musashi-2
        Musashi sabre japonais Bouddhisme Taoïsme sacré, pensée croyances Bouddha sacrées

Musashi, Bushi et samouraï japonais terme hyôho voie du sabre


LA CHRONIQUE DE KENJI TOKITSU

MIYAMOTO MUSASHI Le sabre et l'art de vivre à l'époque de la formation de l'art du sabre japonais.

Je présenterai aujourd'hui à travers l'ouvrage majeur de Miyamoto Musashi : le « Gorin no sho », écrit en 1645, ce qu'était un guerrier japonais à l'époque de la formation de l'art du sabre et comment, pour lui, le sabre et la philosophie de la vie étaient une même réalité.

Le « Gorin no sho » est un des grands classiques du sabre japonais. Plusieurs traductions de cet ouvrage ont déjà été publiées mais elles me paraissent insuffisantes Je donne ici des extraits de ma propre traduction établie à partir de la version écrite en japonais ancien. Je précise ce point car le japonais de l'époque de Musashi étant difficile à lire pour les contemporains, il existe plusieurs retranscriptions de l'oeuvre en japonais moderne.

Le « Gorin no sho »

Le « Gorin no sho » est constitué de cinq rouleaux intitulés : de la terre, de l'eau, du feu, du vent et du ciel (ou vide), ce sont les cinq éléments constituant l'univers selon la pensée bouddhiste. « Gorin » veut dire les cinq roues désignant ainsi l'ensemble de ces cinq éléments.

Voici les premières lignes du « Gorin no sho » :

Le rouleau de la terre

« Niten Ichi Ryu » (ni: deux, ten: ciel, ichi: un, ryu : école) est le nom que je donne à la voie du hyôho qui est la mienne et je vais mettre par écrit ici pour la première fois ce que j'approfondis depuis de nombreuses années. Au début du mois d'octobre de la vingtième année de l'ère Kaneï (1643), je suis venu pour cela sur le mont Iwato de la province Higo (Kumamoto) du Kyushu. (Avant de prendre le pinceau) je salue le ciel, je me prosterne devant la déesse Kwanon et je me tourne vers Bouddha.

Je m'appelle Shinmen Musashi-no-kami, Fujiwara-no-Genshin et suis un bushi, né dans la province de Harima (Hyogo-ken). Ma vie compte maintenant soixante années.

C'est dans une grotte appelée « Reigando » (Rei : âme ou esprit ; gan : rocher ; do grotte) que Musashi s'installe pour écrire ; il y passera les deux dernières années de sa vie. Cette grotte était un lieu retiré dépendant du temple Iwato-dera, situé dans la profondeur de la montagne, entouré de rochers aux formes impressionnantes entre lesquels l'eau descend en cascades. Près de l'entrée de la grotte se trouvent plusieurs statues de divinités. C'était un endroit peu fréquenté, réservé à la méditation. Musashi indique qu'il a commencé à écrire le « Gorin no sho » en ce lieu, à quatre heures du matin, le 10 octobre 1643.

Cette manière d'écrire l'oeuvre de sa vie donne une intuition de ce qu'était le sabre de Musashi. Commencer cet ouvrage, c'est terminer sa vie. Et, de fait, il mourra une semaine après l'avoir achevé. Il a donc ressenti la nécessité de commencer en ce lieu empli de la puissance mystérieuse de la montagne, avant le lever du jour. Il a dû se mettre à écrire dans un calme profond, à la lueur d'une bougie, dans la fraîcheur des ténèbres. Cette situation était indispensable pour que l'acte d'écrire se confonde avec les existences sacrées. En saluant le ciel et en s'inclinant devant Kwanon et Bouddha, son écriture se mêle à eux. Elle devient alors sacrée. Mais, lorsqu'il s'incline devant ces puissances sacrées, ce n'est pas à la manière d'un chrétien qui s'incline devant la statue de Jésus. Dans les croyances japonaises, le sacré est multiforme et accessible aux humains ; en écrivant ainsi, Musashi entre lui-même dans le sacré. Cette conception du sacré qui est restée un trait dominant de la religion au Japon provient des anciennes croyances locales animistes et shamanistes. Lorsque la pensée chinoise est parvenue au Japon au VI° siècle, la culture bouddhiste y était en rapport étroit avec la pensée taoïste. Pour éviter des ambiguïtés, je précise que les cinq éléments du Gorin no sho sont ceux du Bouddhisme ; le Taoïsme distingue aussi cinq éléments fondamentaux mais ceux-ci ne sont pas exactement les mêmes, ce sont le bois, le feu, la terre, l'eau et le métal. Depuis que le Bouddhisme est parvenu d'Inde en Chine où le Taoïsme existait déjà depuis longtemps, ces deux modes de pensées se sont influencés réciproquement, en particulier en ce qui concerne le développement théorique des doctrines. Au Japon, le Bouddhisme s'est développé sur la base des anciennes croyances locales qui se sont un peu plus tard, à partir du VIII° siècle, fondues dans le Shintoïsme. Le trait le plus important des religions japonaises est le syncrétisme qui s'est ainsi créé et développé pour constituer une base culturelle large. Les apports successifs de la culture chinoise ont été absorbés par cette pensée tolérante. C'est pourquoi la manière de comprendre et de pratiquer le Bouddhisme - en particulier le Bouddhisme zen, le Confucianisme, le Taoïsme qui sont tous venus de Chine - est sensiblement différente au Japon de ce qu'elle est dans ce pays. Ce syncrétisme est visible dans l'ouvrage de Musashi dès le premier paragraphe.

Document d'archive écrit en 1986
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

Musashi, Bushi et samouraï japonais terme hyôho voie du sabre

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