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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Bokuden-4
        méditation temple et Dieu autorisé Seigneur prêtre esprit de famille

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Bokuden obtient les autorisations.

Au bout d'un moment, ils retirent leur bokken et Matsumoto dit le premier :

«  En effet vous avez fait bien de progrès. Je n'ai rien de plus à vous apprendre. ». Sur ce Bokuden dit : « J'ai pu faire à Kyoto des expériences précieuses mais je ressens une sorte de vide inquiétant dans mon esprit. Je ne pouvais pas ressentir de certitude, même lorsque j'ai gagné en combat. Mon niveau n'est nullement satisfaisant. J'ai rencontré à Kyoto Maître Aïsu Iko qui m'a fait confirmer cette sensation. Il m'est alors venu à l'esprit d'entreprendre le « sen nichi gyo ». Je voulais vous demander d'abord ce que vous en pensez. ». « Oh, le sen nichi gyo ! J'y ai déjà pensé car je crois qu'avec vos qualités et capacités vous pourrez l'accomplir et, en l'accomplissant, votre sabre obtiendra l'âme du Dieu de Kashima. Dans ma jeunesse j'y ai songé moi aussi. Mais, à cause des guerres successives et peut-être à cause d'une hésitation au fond de mon esprit, je n'ai pas pu le faire. Mais puisque vous le dites, vous pourrez certainement l'accomplir. De plus, le temps est relativement calme, la guerre ne vous en empêchera pas. Allons annoncer cette décision à vos parents ; je vous accompagne et, pour la permission du Seigneur, je m'en chargerai. ».

Le projet de Bokuden est accepté par les familles Tsukahara et Urabé avec des sentiments complexes car elles attendaient qu'un jour quelqu'un de la famille accomplisse le « sen nichi gyo », ce serait l'honneur de la famille. Le « sen nichi gyo » est un acte réservé à une élite et tous ressentaient que Bokuden le ferait sans doute. Ils sont donc soulagés parce que Bokuden lui-même l'a décidé et, du côté de Seigneur, ils sont sûrs que son projet sera accepté. Mais, sachant la difficulté et la dureté qu'implique ce « sen nichi gyo », chacun est inquiet. Cet entreprise est une affaire du clan et aussi un événement important pour la population du Kashima.

Le « sen nichi gyo ».

La demeure de Bokuden est située au plus profond du temple de Kashima. Personne n'est autorisé à y pénétrer sans autorisation. Le grand prêtre vient tous les dix jours avec un domestique qui apporte quelques nourritures et qui est chargé de nettoyer le lieu. Quand le prêtre apparaît Bokuden doit s'enfermer immédiatement dans la cellule de méditation pour ne pas voir personne d'autre que lui et il entre en méditation. Le prêtre vient bientôt examiner son état d'avancement et s'en va souvent sans prononcer aucun mot. La nourriture de Bokuden est seulement composée de légumes et de riz complet. Tout les matins, il doit préparer lui-même son repas du jour. Le reste du temps il n'y a pas de règlement, mais Bokuden le passe en méditation et en entraînement au sabre.

Sans adversaire il s'entraîne seul aux kata. Il prend aussi des bâtons taillés à une longueur d'un mètre trente à quarante et s'entraîne en frappant le tronc d'un arbre dont le diamètre est de vingt centimètres environ. Il a d'abondantes réserves de bois car le temple se prolonge directement par une profonde forêt. Mais, dans cette forêt sacrée, nul n'est autorisé à toucher au bois sans discrimination. La zone d'entraînement où il est autorisé à couper des bois et frapper les troncs est circonscrite. Bokuden place son dojo dans une place dégagée dans cette zone.

Il sait, par son expérience antérieure et par les conseils qu'il a reçus, qu'il est essentiel de s'imposer une règle pour pouvoir passer les mille longs jours. Sans règle la vie serait engloutie dans un élan désordonné et le gyo serait peu fructueux. Une auto discipline est indispensable. Si le gyo est un kata de mille jours, il lui faut un kata quotidien qui lui permette de vivre régulièrement, sans qu'il ait besoin de trouver ce qu'il faut faire chaque jour. C'est un kata de vie dans lequel il suffit de s'investir à fond, sans réfléchir rien d'autre qu'à ce qu'il fait.

Il se lève avant l'aube, fait une prière au Dieu de Kashima, puis médite un petit moment, ensuite il effectue les kata de son école. Il termine cet exercice avec la montée du soleil qui commence à éclairer d'une couleur dorée le haut des feuillages. Il monte alors au sommet de la colline où il admire le soleil rouge qui monte au-dessus de l'Océan Pacifique. Il salue et prie le soleil, Dieu de la vie, qui est la mère de tous les dieux. Il descend au temple pour préparer le repas de la journée. Après le repas il se promène un petit moment dans les collines ouvrant son esprit aux diverses figures de la nature. A son retour, il fait l'exercice de frapper un tronc d'arbre avec un bâton de chêne, trois mille coups le matin et cinq mille dans l'après-midi. Il casse une grande quantité de bâtons et plusieurs arbres meurent à force de recevoir les coups. Après ces exercices violents, il entre en méditation ; il médite tantôt à l'intérieur du temple, tantôt dans la nature suivant les indications que lui laisse le grand prêtre lors de sa visite.

Document d'archive écrit en octobre 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

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