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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Bokuden-4
        adeptes pratique situation de combat énergie ki disciplines l'entraînement

maîtres du sabre japonais, gyo et ki entre deux sabresméditation temple et Dieu autorisé Seigneur prêtre esprit de famille


En recevant Bokuden, Matsumoto lui dit :

« Votre expérience a été riche. Vous dégagez une énergie que vous n'aviez pas auparavant. Voyons avec le sabre »

Heureux de retrouver en progrès son élève le plus brillant, Matsumoto ne dissimule pas son sourire. Ils vont au jardin aménagé en dojo. Prenant le bokken en mains, les deux adeptes se mettent face à face et perçoivent chacun l'énergie dégagée. Leur énergie se propage comme une onde qui s'élargit dans l'eau lorsqu'on y jette une pierre. Les deux ondes interfèrent l'une et l'autre, c'est ainsi que les deux « ki » communiquent et que chacun des deux adeptes peut sonder le niveau de l'autre. Bokuden se rappelle qu'il y a quelques années, il ne pouvait rien faire contre le « ki » dégagé par Matsumoto avant de recevoir réellement son attaque. Et quand il était encore plus jeune, il ne sentait même pas de présence de « ki ».

Les deux formes de ki.

Les adeptes doivent savoir discerner la qualité de « ki » dans la pratique du budo. Dans la situation de combat que je viens de décrire, les deux « ki » interfèrent. Quand Bokuden était plus jeune, son ki était enveloppé et écrasé par celui de son maître. C'est comme une grande onde à la surface de l'eau qui en domine une autre le plus petite en l'enveloppant et en l'absorbant. C'est cela la communication des « ki » lors d'un véritable combat où les deux énergies s'opposent l'une à l'autre. Dans cette situation pour sentir la présence du « ki » de l'autre, il faut que l'adepte ait lui-même suffisamment développé son propre « ki ». C'est pourquoi un débutant ne peux pas le ressentir et donc n'a pas peur avant d'être frappé. Il ne ressent pas le « ki » mais il reçoit les coups.

Or, dans la pratique de budo, existe une autre forme de « ki » : le « ki » synchronisant. C'est à dire que les adeptes pratiquent, chacun anticipant l'énergie de l'autre. Tous deux s'exercent à se placer réciproquement, en quelque sorte, en situation d'émetteur et de récepteur de radio. C'est comme si on jetait deux pierres au même endroit. Les deux ondes seront superposés et amplifiés. Ce type d'exercice est nécessaire pour préparer à l'exercice que font Bokuden et son maître. Car la moindre erreur peut causer une grave accident ou la mort, surtout quand on pratique avec un sabre véritable. La pratique du jujutsu et de l'aïkido se situe dans cette tradition, elle repose sur la synchronisation des « ki ». Mais cette forme d'entraînement n'est valable que si les adeptes s'entraînent parallèlement dans des situations où ils s'opposent réellement comme les deux pierres jetées à différents endroits. Si aujourd'hui certains adeptes critiquent la qualité de quelques disciplines de budo, c'est précisément parce qu'on y pratique seulement des exercices en synchronisant les « ki » et pas d'exercices où les « ki » s'opposent et interfèrent. Il ne faut pas oublier que la pratique avec synchronisation des « ki » était issue d'une nécessité de l'entraînement. Si ce moyen se substitue à l'objectif, il peut se créer un espace où une chimère d'illusion projette dix personnes à la fois, voire les domine à distance. Et ceux qui sont projetés ainsi ne percevront pas que c'est leur propre énergie qui les fait se projeter, en se synchronisant à celle de l'autre. Cette illusion restera tant qu'ils demeurent dans un espace particulier de synchronisation inconsciente. Or, pour un adepte de budo, la synchronisation du « ki » doit être consciente et il doit être capable de la rompre à tout moment. L'histoire du sabre nous enseigne la nécessité de distinguer les deux car le combat est un tissage avec les deux fils de la concordance et de la discordance. Ces deux fils sont en même temps comme les deux roues d'un véhicule qui peut parcourir le long et dur chemin du budo sans tomber dans l'illusion.

L'entraînement que font Bokuden et Matsumoto se déroule justement entre la synchronisation et l'opposition, tantôt ils contrôlent les coups avec le « ki » synchronisant et ils entrent en rupture de l'harmonie en lançant une attaque en cherchant les failles de chacun. C'est cela l'entraînement au combat, mais ce n'est pas le combat. Car le combat, c'est une situation où les deux « ki » s'opposent l'un contre l'autre.

Document d'archive écrit en octobre 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

maîtres du sabre japonais, gyo et ki entre deux sabresméditation temple et Dieu autorisé Seigneur prêtre esprit de famille

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