TOKITSU JUKU
BULLETIN n° 12 : Septembre-Octobre 2002.
SOMMAIRE
LES DIFFÉRENTES STRUCTURES DE NOTRE COURANT.
1. ASSOCIATION
A. LES NOUVEAUX ADHÉRENTS
B. LES DATES DE STAGE À LYON ET EN FRANCE
C. LA REVALORISATION DES GRADES
D. LE PRIX DES DIPLÔMES
E. VENTE DE DVD, JISEI 1, JISEI 2, JISEIKEN ICHI ET TAICHI DE SYNTHESE 1
F. TENUES, CEINTURES ET TENUGUIS.
G. LES PERSPECTIVES FÉDÉRATIVES.
H. ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
I. DOJO DE BEYROUTH
2. NOTES DE STAGES ET DE VOYAGE
A. RÉFLEXIONS SUR LE COMBAT, PAR UN PROFESSEUR À ORLÉANS
B. STAGE ET VOYAGE AU JAPON.
LE MOT DU PRÉSIDENT
ATTITUDE DANS LE COMBAT
SOMMAIRE
LES DIFFÉRENTES STRUCTURES DE NOTRE COURANT D'ARTS MARTIAUX
Notre courant d'arts martiaux existe depuis 1983, époque a laquelle Sensei créa l´école Shaolin Mon, courant spécifiquement technique, sous tendu par l'association Shaolin Mon France (SMF), forme juridique associative destinée à couvrir les taches et problèmes d´ordre administratif et financier. Cette structure existe toujours, continuant à couvrir les activités de notre école (par exemple l´organisation des stages de VESC) dont le nom technique actuel est devenu, depuis quelques années, Jiseido.
SMF aura le même rôle, avec le futur nom de l'école, que Sensei a rendu public lors du stage de Vesc.
De même, l'IEREPC, Institut d'études de recherches énergétiques pour le combat, également sous statut loi 1901, continuera à exister dans la perspective d assurer la logistique des stages du Docteur Yayama.
L'association Tokitsu Juku sera chargée de la communication, de la liaison, organisation et logistique sur le territoire français, en liaison avec la future organisation internationale, et jusqu à plus ample informé, sous sa forme associative actuelle.
Puissent ces quelques précisions vous aider à vous y retrouver dans ces différentes structures, qui sont en fait les témoins vocables de l évolution technique, énergétique et organisationnelle de SENSEI.
Si l'école change, encore, diront certains, de nom, c´ est tout simplement que le vocable JISEIDO ne pouvait malheureusement pas être utilisé comme tel, en tant qu'outil de communication, dans la mesure où le groupe cosmétique Chisheido pouvait fort bien, en tant que dépositaire initial du vocable, légitimement poser de réserves juridiques, compte tenu de la très grande proximité phonétique entre les deux appellations.
C'est pourquoi Sensei a profité de la circonstance pour franchir le pas, et se décider à donner son nom à son école, soit celui de la future organisation internationale : Tokitsu Ryu Jiseido. La forme juridique n´en a pas encore été arrêtée : Elle ne sera en tout cas pas associative. Le quartier général en sera à Milan, en Italie.
Il chapeautera, selon une organisation exclusivement administrative, les représentations nationales de chaque pays. Chaque dojo, désireux de pratiquer sous l´égide technique de SENSEI, devra obligatoirement adhérer à cette organisation. Celle ci fera également office de centrale dispensatrice d'outils didactiques : dvd, cassettes, manuels, pourront être mis à la disposition des adhérents, via les dojos. Sensei prendra légitimement un peu de hauteur, en concentrant son activité sur la recherche, la création, technique ou didactique, et sa transmission en direction des enseignants et des gradés, leur déléguant ainsi la formation d´élèves.
Un premier site Internet, visible sur tokitsu.com, pour l'instant en italien, présente la méthode en quatre volets. Ce site sera prochainement, soit fin octobre, proposé en français, espagnol, et anglais. Bonne visite !! vous voyez, cela bouge !!
1. LA VIE DE L'ASSOCIATION
A. LES NOUVEAUX ADHÉRENTS
Le stage de Vesc a permis à notre association et à ses porte-parole, de mieux nous faire connaître et comprendre, notement auprès de la très forte délégation parisienne. C est ainsi que nous avons enregistré avec plaisir les adhésions suivantes :
Marie-Jo Jimenez, Présidente du Dojo de Paris.
Delphine Petré, du dojo de Paris.
Patrick Ballarin, du dojo de Paris.
Eric Baudin, du dojo de Paris.
Franck Hervé, du dojo de Paris.
Franck Perdu, du dojo de Paris.
Farouk Pansbhaya, du dojo Shaolin Mon Portoise, de la Réunion.
Patrick Mazaka, Dojo Mazaka, de Saint Denis de la Réunion.
Catherine Monnier, du dojo Mazaka.
Dominique Chevalier, de Dunkerque.
Nous attendons d'ailleurs de la part de toutes ces personnes, le retour de leur fiche d inscription avec photo récente.
Nous attendons également la confirmation d'inscription de certaines autres personnes du dojo de Paris, ou d ailleurs, qui se sont légitimement accordé le temps de la réflexion. Cette circulaire ne leur donc adressée qu'à titre informatif et incitatif.
Nous vous faisons également part des adhésions de :
Luis Siva Carvalho, du dojo de Lisbonne.
Delphine Mercier, du dojo du havre.
Sensei charge par ailleurs le bureau de publier une récente remise de grades, lors du stage de juin à Lyon.
Evelyne Geissler, du dojo de Lausanne : 1° dan.
Vincent Cantavella, du dojo de Limonest (69) : 1° dan.
Morgan Dervieux, du dojo Shorin mont d Or (Elève de 17 ans, ayant débuté la pratique a 8 ans) : 1° dan.
Eric Demarco , du dojo Shorin Mont d'Or : 1° dan.
Une demande de diplôme de la nouvelle école devra être effectuée par ces élèves, selon les informations contenues dans le paragraphe ultérieur réservé à cet effet.
B. LES DATES DE STAGE A LYON
Il s agit, bien entendu, des stages dirigés par Sensei.
26 et 27 octobre, à Limonest.
17 Novembre à Etampes (région parisienne).
7 et 8 décembre, à Limonest ou St Germain au Mont d'Or.
22 et 23 février, à Limonest,
12 et 13 avril, à Limonest,
4 et 5 mai, à Paris, avec le Docteur Yayama.
21 et 22 juin à Limonest.
En juillet, en Corse, à Ajaccio (dates à définir)
du 3 au 9 août 2003 à Vesc, en Drôme provençale.
Nous rappelons à nos adhérents, ou futurs adhérents, que le prix de ces stages a été fixé à €50 , dont €20 sont versés au sein d un chèque d'arrhes global de €100, (5 stages à Lyon, soit 5X20=€100 ). Les stages réglés sur place ou hors de système seront majorés de €8, sans aucun passe droit ou négociation possible.. Ces mesures, dures et discriminatoires aux yeux de certains, sont destinées à assurer une recette minimum à SENSEI, qui se déplacera d Italie pour assurer notre progression et notre niveau.
De nombreux chèques sont d'ores et dèja parvenus au secrétariat, preuve du soutien massif dont nous avons besoin. Nous attendons de connaître la position de ceux qui ne se sont pas encore manifesté, malgré notre requête réitérée. S'IL VOUS PLAIT, AIDEZ-NOUS !
C. LA REVALORISATION DES GRADES
La nouvelle organisation que Sensei va mettre en place à partir d'octobre 2002 depuis l'Italie, prendra en compte la revalorisation des grades. Comme il l'a expliqué à Vesc cet été, Sensei, qui n'a plus attribué de grades qu occasionnellement, désire remettre à jour son tableau de grades , avant de partir en Italie.
Comme cela a déjà été expliqué au travers de précédents messages, la procédure à suivre consiste à remplir le formulaire ci-joint, avec une photo d identité récente. Bien entendu, Sensei ne pourra examiner que les demandes émanant d'adeptes pratiquant sa méthode depuis quelques années déjà, et engagés régulièrement dans les stages qu'il dirige .Ces grades, attribués ou pas par Sensei, seront décernés sans examen. Par contre, tous ceux décernés dans le futur feront l'objet d un examen en règle, dont le cahier des charges est actuellement à l'étude grade par grade. Chaque élève se voyant décerner un grade devra faire à Sensei, selon la tradition, une demande écrite de diplôme, dont le tarif est actuellement à l'étude entre les membres du bureau.
D. PRIX DES DIPLOMES
A venir.
E. VENTE DE DVD.
Le bureau de notre association rappelle à ses adhérents que des DVD jiseido 1 et jiseido 2 sont encore disponibles au secrétariat, au tarif de €90 la paire, plus €5 de frais d'envoi. Ces DVD, en français « off », présentent le contenu détaillé de notre méthode, avec les principaux exercices de kiko, de taichi, les katas KERINOKATA 1 ET KERINOKATA 2, quelques exercices de combat libre, et beaucoup d explications essentielles données par Sensei lui-même.
F. TENUES, KIMONOS, TEE-SHIRTS ET TENUGIS.
Nous profitons de cette circulaire pour réitérer nos recommandations en la matière à tous les dojos :
La nouvelle organisation centrale se réservant légitimement le droit de concevoir, produire et commercialiser tous les articles vestimentaires inhérents au merchandising Tokitsu, à savoir les tee-shirts, les sweat shirts, les bandeaux serre tête, les kimonos et ceintures, il est donc expressément demandé à tous les responsables de dojo de ne plus concevoir, ni commercialiser quelqu'article que ce soit qui n ait pas été approuvé par les futurs responsables de cette organisation. Des kimonos avec ceintures sont actuellement à l'étude, qui deviendront la tenue officielle internationale de l'école. En attendant, il est demandé aux adeptes des stages de Sensei de se présenter dans les dojos et dans les stages, avec un pantalon et un tee shirt noir, ce dans un souci temporaire d uniformisation.
G. LES PERSPECTIVES FÉDÉRATIVES
Nous sommes actuellement en pleine période de discussion avec la Fédération française de Tai chi chuan Qi Gong ; des décisions devraient bientôt émaner du responsable de ce dossier, en l'occurrence, Salvatore Casule, qui envisage, de toute façon, pour cette saison encore, une adhésion partielle à la FFKAMA.
De toute façon, un rapport détaillé de notre commission sera proposée à tous les dojos, et un vote démocratique par mail, orchestré par ses soins, afin de savoir ce que fera, en bloc, toute l'école.
En conséquence, AUCUNE initiative isolée ne doit être pour l'instant, prise par qui que ce soit.
Bien entendu, il existe une connection entre le dossier de la revalorisation des grades, et celui des négociations avec cette fédération. Nous demandons donc à tous les dojos, un peu de patience, avant de s´engager ou que cela soit, malgré l'avancée de la saison.
H. ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE
Elle aura lieu le samedi 7 décembre 2002, de 19h30 à 20h45, dans un lieu à désigner, de toute façon, dans la région lyonnaise, la veille du stage dirigé par Sensei. Une convocation en bonne et due forme sera adressée à chacune et à chacun en même temps que celle pour le stage, selon un ordre du jour conforme à la loi associative et aux priorités conjoncturelles.
I. DOJO DE BEYROUTH
Benoît Naous, ex-responsable du dojo du Havre, puis élève du dojo de Paris, vient de quitter la France, pour prendre son nouveau poste professionnel à Beyrouth. Il envisage de se familiariser, dans un premier temps, à cette nouvelle existence, puis d'entrer en contact avec les instances fédérales locales, afin d envisager la création d´un nouveau groupe au Liban, où il espère pouvoir organiser des stages. Il serait par ailleurs ravi de recevoir des messages de beaucoup d'entre vous, ceux désireux de communiquer avec lui pouvant le joindre à l'adresse e-mail incluse dans l'en-tête de cette circulaire. Bonne route, Benoît !
2. NOTES DE STAGES ET DE VOYAGE
A. RÉFLEXIONS SUR LE COMBAT
Texte écrit par Alain Stoll, pour ses élèves.
Réflexion à propos du combat
En tant qu´adepte du Budô, il est nécessaire de réfléchir sur le sens et le but du combat. C'est une des raisons pour laquelle je désire vous faire partager ma réflexion.
Aujourd´hui, dans la pratique des arts martiaux en général, et de percussion en particulier, le sens du combat y est galvaudé, voir banalisé, en fait considéré d´une manière trop légère. Dans les sports de combat, ce terme est plus approprié que celui d´arts martiaux, de percussion comme le karaté, le kung fu, le kick boxing etc., nous pouvons observer aujourd´hui, que deux tendances se dégagent. Malgré le « sérieux » que l´on veut bien leur attribuer, ces deux tendances ne se différencient pas l´une de l´autre, sauf dans la forme, car sur le fond le « sérieux » n´est qu´une apparence.
- Soit le combat est virtuel, donc sans contact. C´est le cas du karaté fédéral, où la notion de « contrôle » absolu est la condition sine qua non de l´existence de ce type de combat. Dans cette forme de combat de compétition tout est fictif, et lorsqu´un des deux adversaires touche l´autre, la plupart du temps c'est par accident. D´autre part, le vainqueur est désigné par une personne extérieure et selon un décompte de point. En fait les combats de karaté modernes sont comparables à une partie de pétanque, c´est celui qui additionne le plus de points qui est vainqueur. Malgré toutes ces incohérences, ce type de combat est considéré comme très « sérieux », puisque l´organisation des combats est placée sous l´autorité suprême et officielle d´une institution fédérale, qui de surcroîts est reconnue par le Ministère de la Jeunesse et Sport, qui est elle-même l´institution suprême.
- Soit, grâce aux protections et aux règles, la forme de combat est plus réaliste. Les adversaires peuvent dans ce cas se cogner dessus jusqu'à ce que l´un des deux soit K.O, ou bien abandonne car il est épuisé ou blessé. Mais c´est toujours sous la condition de règles d´arbitrage de type sportif que le vainqueur est désigné. Dans cet exemple, bien que ce mode de combat soit également placé sous l´égide d´une autorité fédérale X ou Y, le fait que les combattants se frappent réellement, cela donne une image encore plus « sérieuse ». D'ailleurs, on désigne souvent ces combattants, comme étant les gladiateursdes temps modernes.
Dans les deux cas présentés ci-dessus, ce type de combat ne permet pas aux combattants d´améliorer leur Etre, mais bien au contraire, tend à renforcer négativement l´ego des vainqueurs, même si pour ces derniers dans le cas d´une boxe de contact, malgré leur victoire, ils ont été meurtris ou blessés par leur adversaire, Parfois même les vaincus sont méprisé.
Seule la victoire sportive est prise en considération. La victoire sportive, bien qu´éphémère et relative, est toujours confortable pour le camp des vainqueurs, elle met d´une part en valeur le vainqueur lui-même, surtout lorsqu'il devient « champion du monde » ou « champion olympique ». D´autre part, la victoire met également en valeur, le club et ses dirigeants, l´autorité fédérale et ses officiels dont le club dépend, le ministère des sports qui lui représente la nation, surtout lorsqu´un « champion du monde » est propulsé au sommet de la popularité, sans oublier les aspects économiques juteux. Tout le monde y trouve son compte et s´identifie à cette « étoile montante » en scandant « on a gagné ».
Du point de vue de l´art martial en tant que Budô, si l'on effectue une analyse de ces deux aspects du combat, une évidence apparaît ; ces deux modes de pratique du combat sont tout sauf « sérieux », ils sont au contraire la manifestation évidente d'une véritable d'imposture.
L´essence d´un art martial est le combat, mais suivant comment l´étude et la pratique du combat est dirigée, elle peut aboutir à des résultats radicalement opposés. Soit la pratique du combat, dans le cadre d'une quête d'auto formation, permet à un adepte d´améliorer ses qualités humaines, soit-elle annihile ces dernières, et malgré l´apparence de force, de puissance et d´invulnérabilité relative, le « champion », reste un être faible, fragile et donc vulnérable.
Le meilleur exemple de ce type de faiblesse, vient de se concrétiser en mars 2002, par le décès suite à une overdose de produits stupéfiants, d´une vedette du karaté sportif français. Une vedette, qui était portée aux nues par les médias spécialisés, du fait qu'il était un champion du monde dans sa spécialité, qu'il était une étoile, un exemple pour la jeunesse etc., presque un dieu. Ce qui est regrettable, c'est que même devant cette réalité d'une disparition aussi minable, on continuera à entretenir le culte de la personnalité d'un pratiquant de sport de combat qui se situait dans les catégories des tricheurs. Mais en fait de nos jours, plus on est tricheur plus on devient populaire.
Dans notre méthode d'art martial, la pratique du combat a pour objectif de permettre au pratiquant de vérifier si ses capacités techniques sont effectivement en accord avec les trois axes de la méthode que sont :
1 - Bien-être
2 - Santé
3 - Autodéfense
Mais surtout d'examiner avec objectivité et réalisme, lors des assauts qu'il dirige pendant le combat avec son adversaire, où se situent ses faiblesses.
Ce n´est qu´en prenant conscience de ses faiblesses (et elles sont multiples) et en les renforçant à l'aide d'une pratique régulière et évolutive, que le pratiquant augmentera non seulement ses capacités au combat, mais aussi les capacités qui touche directement son esprit et sa personnalité.
Quelle que soit la manière dont nous exerçons ou pratiquons le combat, aussi sérieuse en apparence ou aussi réaliste que cette manière peut apparaître, elle reste insuffisante par rapport à la dure réalité du véritable combat. Le combat où deux hommes s´affrontent pour la vie. Soyons vigilant, ne confondons pas les objectifs, ne nous laissons pas envahir par des sentiments d´orgueil.
Dans l'exemple du mode de combat sportif, catalogué comme réaliste, de type Ultimate Fighting etc., il est nécessaire de se poser la question suivante : jusqu´à quel point les combattants aussi « sérieux » soient-ils, sont-ils en mesure d´assumer les conséquences de leur engagement dans un combat.
Ce type de combat serait véritablement réaliste, si chaque combattant était en mesure d´accepter les conséquences suivantes :
1 - Blesser gravement l´adversaire, ce qui peut engendrer le décès après le combat, voir tuer l´adversaire pendant le combat.
2 - Etre blessé ou tué soi-même dans les conditions identiques.
Ce qui n´est pas le cas, puisque dans ce type de combat nous sommes en présence d'une organisation dont les objectifs sont essentiellement d'ordre économique. Nous savons très bien que ce type de combat génère des millions de dollars. Peut-être que, certains d´entre vous qui liront ces lignes, penseront que cela est exemple extrême. Mais en fait ce n´est pas extrême, c´est cela la dure réalité, si l´on accepte un combat. Sinon il ne faut pas s´engager dans cette voie.
Il est donc stupide, d'argumenter que notre école, le Jisei Ken, est une école où nous pratiquons le combat réaliste, par ce que nous portons les coups.
Nous pouvons porter les coups, uniquement que grâce au port des protections. A partir du moment où nous ne sommes plus protégés par les protections, dans quelle mesure serions nous capable d´accepter le combat, et ce avec toutes ses conséquences, oeil crevé, nez écrasé, oreille arrachée, côtes fêlées, membres fracturés et j´en passe...
La manière de diriger et d´accepter de faire du combat peut être multiple. De ce fait, nous devons avoir une attitude mentale qui se doit être noble et humble. Si l´on devait dresser une échelle de valeur, il serait bien difficile de situer notre façon de pratiquer le combat sur cette échelle.
Bien sûr que, comparativement à la manière dont le combat est pratiqué dans une grande majorité des disciplines de combat sportif d´aujourd´hui, nous pourrions nous situer dans la partie supérieure de cette échelle. Par contre, comparativement à d´autres disciplines, qui elles aussi pratiquent le combat avec des protections, mais où les objectifs et les critères de combat sont différents des nôtres, nous serions alors très certainement placés tout en bas de cette échelle.
Donc, restons vigilants, n´oublions pas que dans le domaine du combat il existe aussi des gens qui vont s´engager dans un combat en attaquant comme des ours. Alors il faut se poser la question, sommes-nous capable de faire face à ce type d'attaque, et si nous en sommes capables, comment allons nous agir et combattre.
Rappelez-vous toujours ce que j´ai souvent expliqué au sujet des exercices de combat dans notre école. Tout d´abord, pour une grande majorité d´entre vous, vous n´avez jamais « croisé les bras » avec quelqu´un, vous n´avez jamais reçu ou donné des coups. Pratiquez le combat est donc une expérience qui demande de savoir dominer ses peurs et ses appréhensions. Dans le cas contraire l'expérience peut être traumatisante, et peut conduire à stopper la pratique. La pratique du combat passe inévitablement par des sanctions physiques mais aussi mentales, car la douleur physique affecte le plus souvent le mental. Il ne suffit donc pas de se « blinder » pour mieux accepter les coups de l´adversaire, mais il faut renforcer autant le mental que le physique, le mode d´entraînement de notre méthode, vous permet d´accéder à cela.
Quand vous vous exercez au combat, surtout quand il y a une grande différence de niveau, n´imposez pas systématiquement votre supériorité technique ; il est nécessaire que le partenaire qui est moins expérimenté puisse construire son potentiel et son architecture technique ; s´il vous touche, ne le sanctionnez pas, ce n´est pas grave. Par contre lorsqu´il arrive que vous vous laissiez envahir par les émotions qui parfois peuvent produire une sorte de sentiment de rancune, attendez-vous à recevoir autant sinon plus que ce que vous allez produire.
En ce qui nous concerne, nous les professeurs de l´école Jisei Ken, nous sommes parfois confrontés à des situations dans les exercices de combat qui nous obligent à infliger des sanctions à notre adversaire.
Malgré notre longue expérience du combat, nous ne sommes pas en mesure de rester sereins, voire détachés, « zen » comme on dit aujourd´hui, face à une personne dont on ressent une agressivité latente et, qui manifeste le désir effectif d´en découdre ou qui pratique tout le contraire de ce qui doit être requis pour un combat de bonne qualité. Cette sorte de soit disant « maîtrise de soi », nous en sommes incapables. Dans ce type de cas, nous savons par expérience que le combat peut dégénérer, que la situation peut évoluer négativement, donc devenir dangereuse. Alors généralement la sanction est immédiate et peut-être traumatisante pour le pratiquant.
Personnellement, je connais cela, je le vis fréquemment pendant les stages et malheureusement je suis parfois dans l´obligation de sanctionner la personne pour mettre fin au débordement. Cela se passe généralement de cette façon, ou le combat se termine pour mon adversaire, il commence pour moi. Car je ne veux pas prendre le risque d'être blessé d'une manière idiote, à cause de l'incompétence de mon adversaire. Car dans ce cas également, il me faudrait en subir les conséquences.
Comme je l´ai souvent évoqué, le registre du combat est une chose sérieuse, qui ne peut-être pris à la légère. Vous avez le privilège, comme j´ai ce privilège avec mon maître, de pouvoir vous exercez au combat avec votre professeur. Cette expérience n´est pas banale, malgré tout ce que l'on peut croire, cela est quelque chose d'exceptionnel dans le milieu des arts martiaux, je pense que beaucoup de pratiquants d´autres disciplines n´ont pas cette chance.
Alors suivez bien mes indications, ne vous laissez pas envahir par des choses inutiles. Je suis en mesure de vous enseigner le combat de deux manières. Celle que vous connaissez, c´est à dire ou je vous fais progresser tout en progressant avec vous. L´autre manière, plus radicale celle la, que je n´ai que rarement utilisée, est celle ou je peux dégoûter à vie un pratiquant de faire du combat. Surtout lorsque ce dernier dégage un esprit négatif.
La manière dont nous étudions le combat dans l´école de Jisei Ken est basée sur le modèle du combat de sabre de l´escrime japonaise. Siècle après siècle, le Kendô à atteint un niveau technique tel, qu´il est incomparable dans d'autres arts martiaux. Ce niveau de pratique du combat n´a pas encore été atteint dans les arts de combat de percussion, et il est loin de l'être. C´est sur ce modèle de combat, que Kenji Tokitsu Senseï, s´est inspiré pour construire sa pratique du combat dans sa méthode.
Il ne suffit pas de donner quelques coups de poings ou coups de pieds médiocres, pour dire que l´on fait du combat, mais c'est ce qui en fait est pratiqué dans la majorité des disciplines de combat actuelles. N´importe quel petit bagarreur minable des banlieues en est capable. Ce sous-niveau ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse, et c´est ce que je m´efforce de vous transmettre, c´est comment dans l´exercice de combat, on va imposer, sa volonté, son mental à l´adversaire, c'est comment apprendre à ne pas faire des choses inutiles, c´est comment détecter et annuler la volonté d´attaque de l´adversaire, c´est comment faire ressentir à l´adversaire que la « citadelle est imprenable », que s´il tente une action, elle est vouée à l'échec, c'est comment masquer l'intention d'attaque, rien ne doit être détectable, etc. C´est sur cette base de la recherche de l´efficacité par un esprit et des techniques justes, que la pratique du combat est bénéfique pour l´adepte, autant au niveau technique, stratégique que sur son esprit et son mental.
Mais bien-sûr, on peut toujours aller au fond du sujet, dans la mesure où chacun est capable d´en assumer les conséquences, ce dont je doute.
Alain Stoll Directeur Technique du SeiShin Kan Dôjô
B. VOYAGE AU JAPON : AOUT 2002
Comme il a précédemment été expliqué, Sensei a rencontré, lors de l'un de ses voyages au Japon, le propriétaire de la troisième entreprise japonaise de jeux vidéos, après Nitendo et Sega, « Layup » M. Nakata, son PDG, est littéralement tombé amoureux des recherches et des travaux de Sensei. Même si M. Nakata a brillamment réussi dans ses affaires, il lui semble qu'il n'a pas rempli sa vie comme son tempérament d'artiste l'incitait à le faire. Parvenu à la cinquantaine, il réalise qu'il peut difficilement faire machine arrière, changer d'existence, et entreprendre quelque chose de nouveau. Fils d'un peintre empreint de culture française, M. Nakata se rattrape, en quelque sorte, en aidant financièrement Sensei à diffuser son art sur le sol japonais, et dans d autres pays. C'est grâce à lui que des cassettes et dvd ont pu être réalisés. C'est grâce à lui qu'un groupe est né au Japon, au sein duquel Sensei a entrepris de former de jeunes élèves, parfois issus d´autres courants techniques. Il est allé jusqu'à détacher un cadre de l´entreprise qui se consacre exclusivement à la diffusion du Jiseido : Shoji Ikeda, ancien camarade de fac de Sensei, organisateur de ce stage d été, présent lors de la dernière assemblée générale en France. C'est dans le but de faire progresser ce groupe que Sensei se rend, courageusement, chaque mois au Japon, depuis le début de l'année. C'est dans le cadre de ces voyages qu'il propose à certains adeptes européens de l'accompagner en tant qu'assistants, cette démarche étant assortie de toutes les dimensions touristiques et culturelles qu'offre ce pays. C'est dans cet objectif qu'a été mis en place, ce voyage de l'été 2002, qui devait initialement rassembler une douzaine de participants, groupe qui s'est finalement limité à Alain Stoll, Francesco Rossena, professeur et président de la structure italienne, et JC Guillot. Le départ est fixé au mercredi 7 août, de l'aéroport Charles de Gaulle.
Tribulations martiales et estivales de quelques Occidentaux au Japon.
Mercredi 7 août 2002 et Jeudi 8 août 2002
Sensei nous a fait profité à tous trois du tarif préférentiel dont il bénéficie sur les vols de la compagnie japonaise ALL NIPPON AIRWAYS, ce dont nous le remercions. Le rendez-vous a lieu à l'aéroport. Sensei et Alain sont sur place les premiers. J'arrive deux heures avant l'embarquement, après avoir visité malgré moi tous les terminaux du coin. Nous nous sommes tous trois faits à la perspective de faire ce voyage sans Francesco, qui n est toujours pas là une heure avant l'embarquement... Tout à coup, Sensei aperçoit une lueur qui lui paraît familière, qui n'est autre que le reflet des néons plafonniers sur le crane rasé et brillant de notre immense ami transalpin. L'équipe est au complet : nous sommes partis. Il est 21h00 heure française.
Le vol s'avère plutôt agréable, dans la mesure où Sensei a obtenu de la compagnie que nous soyons placés au fond de l'appareil, près des issues de secours, dans la mesure où des travées entières de sièges demeurent disponibles, qui nous permettront, à tour de rôle, de nous allonger pendant les douze heures que va durer ce vol. , où le service à bord s'avère efficace, rapide, où les hôtesses sont souriantes, disponibles, discrètes et affables, sans être obséquieuses, dans la mesure, enfin, où nous sommes heureux, et fiers, de partir avec Sensei.
Le vol s'effectue sans histoires et l'atterrissage à TOKYO NARITA a lieu comme prévu à 15h15, heure japonaise. Il y a sept heures de décalage horaire avec la France. L'organisation aéroportuaire est impressionnante d'efficacité, de rigueur et de rapidité.
Le premier choc a lieu immédiatement à la sortie de l'avion. : Il fait 35° , d'une chaleur lourde, moite et poisseuse. Le second a lieu immédiatement après, selon un mini incident dont Alain est le héros... ou la victime. Sensei se dirige, très rapidement, dès la sortie de l'avion, vers les guichets du service d'immigration pour ressortissants ayant un passeport japonais. Alain, croyant bien faire, le suit, de loin, et pour le rejoindre, passe sous une corde de séparation de file d attente. Il est immédiatement pris à parti par un employé zélé de l'aéroport, qui lui signifie clairement, mais fermement d un doigt pointu et vengeur, qu'il convient qu'il se rende dans la bonne queue, soit celle des passeports étrangers, et qu'il y attende son tour, que le signal lui soit donné pour franchir la ligne verte, avant de se rendre au guichet adéquat. Il ne doit pas y avoir de service d'immigration à la mairie de la Ferté St Aubin, 45260, Loiret..., patrie d'accueil de notre Sampai... (en japonais très ancien élève).
Sensei nous avait fait part, dès l'embarquement, de son légitime souci quant à l'hypothétique perspective d´accueil à l'aéroport, compte tenu d'un imprévu familial majeur survenu à l'organisateur, Shoji Ikeda.
Un délégué de LAYUP est pourtant bien là, muni d un panneau Jiseido. Nous embarquons immédiatement à bord d'un somptueux monospace Mitsubishi, véhicule de société, tel que je n'en ai jamais vu en France, muni d'un immense habitacle, d'une technologie de pointe, et surtout d'un indispensable système de climatisation modulable. Le choc suivant est conféré par la conduite à gauche, par le volant à droite, par l´intensité de la circulation, par la nature étroite et sinueuse, des petites routes de campagne ou de montagne bordée de rizières affleurant sur la chaussée, et rendant les demi-tours difficiles. C'est alors qu'ALAIN, sans doute bercée par l'air de la chanson de Marylin, « rizières sans retour », nous fait part de l émotion qui l'habite vingt cinq ans après ses deux premiers voyages, dans ce pays qu'il aime et qu'il retrouve.
Au Japon, les distances ne se mesurent en termes de kilomètres compte tenu des aléas ci-avant explicités, mais en terme de temps. Nous mettons donc près de trois heures pour couvrir les quelques cent kilomètres qui nous séparent de notre lieu de destination Katsu ura, petit port de pêche au nom bizarre et difficile à retenir, malgré les astuces mnémotechniques faciles à quatre sous de l´heure. Katsu ura est connu pour son centre international de Budo, rattaché au Budokan de Tokyo, et où sont organisés de nombreux stages de masse d'Arts Martiaux, le judo et le kendo étant au Japon les plus pratiqués. Une nouvelle surprise nous attend dès l'accueil dans le hall d'entrée du centre : chaque visiteur est invité à abandonner temporairement ses chaussures dans un petit casier numéroté, où se trouve, à sa disposition, une paire de zoris en plastique vert, qui chaussera tous les déplacements a l'intérieur du centre... enfin, presque...
Notre chambre est située au troisième étage japonais, soit au deuxième étage occidental, le rez de chaussée nippon étant considéré comme un étage. Elle est dotée d'une superbe vue sur la mer et le port de pêche, est constituée de quatre tatamis pour la convivialité, et d'un autre espace plus étroit, où sont disposés deux fois deux lits superposés, dont deux au niveau du sol, que les plus forts investissent très rapidement, avec un mutisme éloquent, représentatif de la certitude ronflante de leur niveau...Ces lits sont eux-même nantis de tatamis et de futons, de petits duvets légers, et de petits oreillers durs apparemment remplis de matière végétale séchée.
Une fois les bagages installés dans la chambre que nous allons partager, Sensei nous entraîne, très rapidement, vers les OFURO, bains chauds collectifs, qui sont une véritable institution culturelle. Le principe en est simple. Il existe des bains pour hommes, d´autres pour femmes. Chacun, une fois entièrement déshabillé, place ses effets personnels dans un casier. On accède alors a une immense salle de bain, partagée en deux parties distinctes. Dans la première, chacun doit se munir d´un petit tabouret et d´une cuvette en plastique dans laquelle il pourra effectuer ses ablutions savonneuses, accroupi devant des douches surbaissées. Le principe en est finalement plus pratique qu´en occident, dans la mesure où la toilette des pieds devient plus accessible, et plus aisée, n'est ce pas Francesco avec ton quasi double mètre ?
Une fois rincés, rerincés, l´accès au bain chaud lui-même est autorisé, dans la seconde partie, où sont disposées de véritables piscines d´eau chaude, selon des températures différentes. Au Japon, il convient donc de se laver avant de se baigner, de se rincer soigneusement, et de faire en sorte de ne pas abandonner le moindre poil suspect dans le bain collectif, au risque de dégoûter les autochtones... en entrant timidement dans le bassin, je tremble à l´idée qu'un de mes misérables poils, pectoral, ou autre.., ne s'égare malencontreusement dans cette onde si pure et accueillante. Je suis fort heureusement rassuré par l´intrusion bruyante et éclaboussante d´un colosse indigène aux jambons poilus comme une mygale ! pour un peu, je bénirais son arrivée ! (merci d´ être velu..). A peine installé dans ce bain bienfaisant, Sensei attire notre attention sur le possible danger d´un ramollissement général pour les non initiés, et sort à toute allure... à vrai dire, je crois qu'il a très faim... Nous nous rendons, une fois séchés et rhabillés, au réfectoire, où nous attendent quelques jeunes stagiaires japonais.
Je suis immédiatement frappé par la qualité de l´organisation, et par la propreté du réfectoire. Une grande desserte centrale équipée de bacs chauffants en acier permet à chacun de se servir à sa guise. Au japon, le repas du soir est copieux. Des pâtes, légumes crus et cuits, du poisson, des oeufs brouillés, du riz blanc incomparablement savoureux, arrosé de thé vert froid sont mis à notre disposition. Sur les tables, se trouve un plat comportant un assortiment d'assaisonnement allant du wasabi (moutarde forte- très forte-), au raifort, à la sauce au soja, ou sauce piquante Il y a très peu d´aliments à base de farine de blé ou de laitages bovins.
A la fin du repas, chacun va vider son plateau, et pré-lave sa vaisselle grâce à un astucieux système multi-jet qui permet aux préposés de gagner un temps précieux. Qualité, efficacité, travail d´ équipe... mes lectures sur ce pays s´avèrent on ne peut plus exactes et fondées.
Il est environ 21h30 quand nous entamons la dernière partie de notre soirée dans le hall d'accueil, où sont disposées des tables et des chaises, à proximité d'une impressionnante batterie de distributeurs automatiques, autre institution japonaise. Une tournée de saké s´avère de circonstance pour fêter notre arrivée au Japon.
Je suis rassuré sur le faible degré d'alcoolémie de cette boisson qui va irriguer notre séjour.
En fait, et contrairement à ce que pense beaucoup d occidentaux, le saké bu à table n´est ni plus ni moins que du vin de riz, dont certaines marques sont savoureuses. Rien à voir avec certaines liqueurs de saké, plus pernicieuses... voir plus loin... Les cannettes d´eau minérale se révèlent très difficiles à identifier dans la profusion de choix offert par les distributeurs en caractère kanji... Sensei et Alain restant fermes sur le saké, Francesco et moi avons acheté et essayé, en vain, plus d une dizaine de canette chacun , aux formes, couleurs, et substances incertaines, entre laitage et soda, que nous avons fini par abandonner aux innombrables nains judokas, en keikogis scotchés devant un téléviseur diffusant, à l'américaine, les images sanglantes et sauvages d´ un tournoi de combats ULTIMATE FIGHTING, signe avant coureur d´ évènements inattendus de notre séjour .Nous parvenons tous a téléphoner en France pour rassurer nos familles respectives, même celles restées en Italie .Mr KOGURE, grand spécialiste des cassettes vidéos martiales au Japon, nous rejoint en fin de soirée.
Nous sommes debout depuis près de vingt heures...Tous nous accordons pour rejoindre les chambres...
la chaleur est toujours la même.Il y a bien un système d´ air conditionné , mais, il faut y mettre des pièces de 100 yens pour quatre heures d autonomie...Personne n´ ayant suffisamment de monnaie,( les distributeurs s´ étant montrés plutôt voraces), ou de courage pour aller en faire à d´ autres distributeurs spécialisés dans la conversion de billets de 1000yens, nous allons nous coucher , épuisés ; mais heureux...
Vendredi 9 Août 2002
La chaleur, le décalage horaire, et/ou les ronflements de phacochère (animal subéquatorial velu, doté de défenses), émis par Alain contribuent à ce que chacun d'entre nous soit réveillé entre 0h et 4h. Nous parvenons bien à nous rendormir superficiellement sur le matin, mais sommes aussitôt tirés de notre tentative de léthargie par les hurlements des petits stagiaires circulant , entre les chambres, la salle de bain, et les toilettes. C´est dur, et cela tombe mal, car il y a entraînement ce matin, et cet après midi, et avec Sensei, de surcroît...
Les toilettes... cela a été une autre découverte ! Au Japon, les WC ne sont pas agrémentés de sièges. Il s agit d´une cuvette oblongue, encastrée dans le sol, devant laquelle il convient de s´accroupir, dos tourné à la porte. Pas plus mal, si ce n´est pour les mixions liquides debout, pour lesquelles il faut viser juste et longtemps, afin de ne pas s´éclabousser les doigts de pieds .C'est peut-être pourquoi les Japonais changent de chaussure avant d´entrer aux toilettes : selon le même système que dans le hall d'entrée, des zoris rouges sont laissées à disposition des gens de passage, charge à eux de les changer par les vertes en repartant. Ce matin la, il est bien évident que nous ne sommes pas très frais. Nos paupières lourdes comme des boutonnières en peau de boeuf ne nous aident pas beaucoup à déchiffrer les caractères kanji placés à l entrée de la salle de bain... je suis « aveuglément », Alain, fort de sa culture japonaise. Au bout de quelques minutes, un des stagiaires, gêné, tente de nous expliquer, dans un anglais, hésitant mais très insistant, « you, big trouble, these women´s lavatories... » autrement dit, nous procédions sereinement à nos ablutions dans les salles de bain des dames, ce qui ne constituait pas vraiment une bonne entrée en matière dans notre tentative de donner l´image de gens moins barbares qu´ils n'y paraissent. La journée, mal engagée, continue au réfectoire où nous attend Sensei.
.J´ai l'impression qu´il s ingénie à donner l´impression de ne pas vouloir me connaître. Silencieux, il regarde droit devant lui en expédiant son petit déjeuner à toute allure. L´ explication vient d'un stagiaire hilare, qui me fait remarquer, dans une tirade nippone explicite, montrant mes pieds, qu´il convient de ne pas garder les zoris rouges pour circuler dans le centre, et surtout au réfectoire... La menace occidentale se précise et s'intensifie... Un café très noir et très fort s´avèrerait de circonstance..! Au Japon, le café n´est que très rarement servi à table. Je me fais donc à l'idée qu il sera remplacé par un coup de sifflet bref, et m´intéresse plutôt à ce que nous propose notre premier petit déjeuner nippon... très copieux : de la soupe chaude, des légumes, des oeufs brouillés, de la salade, des épinards froids, du poisson, des algues ( dur.. ), du thé froid et du riz blanc, chaud.. Sensei tente, avec un malin plaisir, de me réhabiliter en m´initiant à la préparation du riz aux fèves de soja gluantes, me les concoctant consciencieusement avec des baguettes, m´expliquant qu´il s agit d´une bombe énergétique, et attendant soigneusement que j´en ai absorbé les premières bouchées (et me sois débattu, victorieusement d´ailleurs, avec d´interminables filaments collants verticaux), pour me dire, en rigolant que les occidentaux, en général, apprécient mal ce type de met.... mais j´avoue que j´aurais sans doute eu plus de problèmes, surtout le matin à jeun, à absorber une composition à base d´algues, ce dont Alain s´est goinfré ignominieusement tout au long du séjour...
Le premier keiko a lieu a 9h30 précises. Nous y faisons la connaissance du reste des stagiaires présents, qui nous accueillent à la porte, plus que chaleureusement. Peut-être est-ce dû au fait que nous portons apparemment tous des chaussures adéquates... Le keiko, ou entraînement , a lieu dans un magnifique dojo, d'environ 200m², nanti d'un plancher en bois, ou de nombreuses ouvertures sur l´extérieur édulcorent la chaleur étouffante qui commence à s'installer. Il est contigu à un autre dojo, immense, semble-t-il dix fois plus grand, où s´ébattent des centaines de petits judokas et kendokas, dont le travail est rythmé au son alternatif du tambour et du golé (rythme par la voix) de leur Sensei. Dehors, de drôles d oiseaux, que je n´ai pas réussi à apercevoir, poussent de longs cris tonitruants et scandalisés. Le concert continu des cigales constitue un bruit de fond d'hirondelles en colère, parfois gênant pour les explications de Sensei, que je renonce très rapidement a déchiffrer, puisqu´en Japonais. Le keiko se déroule avec le seul fait marquant, selon lequel Sensei nous rappelle, avec humeur, et à moi plus particulièrement, que nous participons à ce stage en tant qu´assistants, qu´il convient donc que nous nous appliquions, plus qu´à l'accoutumé, de façon à imprégner du meilleur exemple possible, les jeunes stagiaires. Après une entrée en matière classique, avec le kiko du Dr Yayama, le travail s´étage autour du kata JISEIKEN ICHI, travaillé en enchainement rapide seul, puis en kihon, puis en applications par deux.
La douche, très rapidement prise, nous amène au réfectoire où nous attend un repas de midi très léger, à base de riz et de poisson, et un curieux dessert gélatineux convoité par les nuées de nains fascinés par les crânes rasés d'Alain et Francesco, et par ma barbe. Une tentative de sieste réparatrice est à nouveau entachée par la virulence des ronflements d'Alain, s´apparentant cette fois au tapir, animal subtropical, également velu, mais doté d une trompe... La sieste est de toute façon interrompue par une séance de photo presse au cours de laquelle nous posons, à tour de rôle avec Sensei, dans des postures martiales, pour des besoins journalistiques.
Le deuxième keiko a lieu, au même endroit, à 15h30 précises. Sensei développe son cours autour de répétitions du taichi de synthèse, jusqu´à la deuxième section, qui a d´ailleurs été mise en boite par les spécialiste vidéo , M. Kogure, et dont les dvd, ou cassettes, je n´ai pas très bien saisi, seront disponibles à l'automne. Chaque technique est ensuite décortiquée et travaillée individuellement en explosion, travail énergético-technique qui semble poser problème à pas mal de stagiaires, notamment ceux habitués à travailler avec un keikogi, et qui ne peuvent s´empêcher de se rassurer en le faisant claquer victorieusement. Les ravages dus à certaines méthodes semblent donc endémiquement mondialistes... Ouf ! je respire un peu suite à mes exploits balnéaires.
Vient le temps des kumite. Sensei nous a demandé à tous trois de venir en stage avec deux casques, afin qu´un maximum de Japonais, pas encore équipés, puissent s'exercer. Nous sommes alignés, Alain, Francesco et moi, en tant que MOTODASHI, pour subir les assauts des stagiaires. Je tombe avec notre ami de ce matin, gardien du temple des toilettes de ce dames, équipé avec un casque total, qui me rappelle que l'école dans laquelle est utilisé ce matériel au Japon va jusqu au KO, occultant toutes les touches franches tant qu´elles ne sont pas décisives. Sa garde est basse et ouverte, son déplacement me semble prévisible, son intention lisible. Il est donc facile de le toucher. Mais immédiatement après ce coup gagnant, mon manque d'attention et de méfiance me vaut de prendre deux violents atouchi (coup de la honte) en pleine poire, agrémentés d'un violent mawashi geri dans les fesses, qui m'aideront sans doute à mieux m'orienter dans les communs du centre, et, le cas échéant, à vérifier, avec mon mèdecin traitant, si toutefois je ne suis pas atteint de daltonisme précoce, pour confondre aussi facilement le rouge et le vert... Nous apprendrons, par la suite, que cet aimable sujet de son Empereur est policier de son état.
Le deuxième combat me permet de travailler avec Ken (chargé des cours au Japon, en l'absence de Sensei), qui nous a fait l´immense plaisir de participer cet été au stage de Vesc. Le principe de notre méthode me semble parfaitement assimilé. La protection est beaucoup plus soignée, les déplacements beaucoup plus subtils, mais l´interne manque encore beaucoup... mais que de progrès réalisés, ne serait-ce que depuis Vesc, pour quelqu´un qui a commencé il y a à peine un an. Ken est pressenti pour quitter le Japon et assurer, plus tard, les cours aux USA. Je sens qu´un jour, il sera très fort. Sensei le veut.
Le troisième combat me met face à l´autre jeune stagiaire de Vesc, Iyo , très mobile, un peu kamikaze, et qui ne me semble pas encore avoir assimilé le protocole des touches et des coups après. Mais son esprit est excellent, sa marche de progression énorme, et son désir d'apprendre feront sans nul doute de lui un excellent élément, quoique handicapé par sa taille moustique.
Francesco est opposé à un costaud à lunettes, ex-adepte du Shorinji kempo, qui semble n´avoir qu´un seul objectif : aller au sol où il semble plus à l´aise. Le problème est qu´il ne tient absolument pas compte des magnifiques coups d´arrêt que notre ami transalpin lui décoche en plein casque, avec toute la mesure qui édulcore sa force herculéène. Malgré le combat perdu, il parvient à insérer les jambes de Francesco.
Les antagonistes roulent à terre, dans un désordre pugilistique faussé. Sensei recommandera à Francesco, après les combats, de ne plus être aussi gentil. Quant à Alain, il ne m´a pas été possible de voir avec qui et comment il travaillait.. Mais je sais qu'il a pu avoir, avec son collègue policier, quelques échanges courtois, à bâtons rompus, à propos de la circulation de l´énergie.
Le keiko se termine vers 17h30. Sensei nous entraîne (très rapidement) vers les ofuro, puis vers le réfectoire où nous attend un copieux dîner, auquel se joint M. Kogure. Beaucoup parmi les stagiaires essaient de rompre la fine couche de glace interculturelle, certains parlant même un peu français ; l´anglais permet en tout cas de se comprendre, mais pas autant que les sourires et le désir mutuel d'échanger et de se lier. La soirée se termine autour d un feu d'artifice donné par le groupe de stagiaires, autour d un verre convivial. Le feu d´artifice est une passion nippone qui concerne toutes les tranches d´âge. Ils sont commercialisés en vente libre, et semble-t-il, conçus pour ne pas occasionner d'incidents. Chacun est cordialement invité à tirer sa petite fusée, qui va rejoindre dans le ciel celle parmi les étoiles qui sera peut être le soleil levant du lendemain. Après quelques nouvelles tentatives discrètes, mais toujours aussi infructueuses pour trouver de l´eau minérale dans les distributeurs, Francesco et moi nous résignons à boire du sakè. Alain n´a pas ce problème, les hectolitres de saké qu'il absorbe allant malheureusement approfondir sa capacité à passer en revue le bestiaire des ronfleurs velus grands modèle. Il est plus de 22heures... nous avons un besoin évident de dormir.
Samedi 10 Août 2002
Une heure du matin... Francesco et moi sommes déjà réveillés...la chaleur persistante, le décalage horaire toujours, quelques moustiques et les ronflements d'Alain, passent encore à une dimension supérieure, s'il en est... Francesco et moi nous rassurons avec la perspective du prochain keiko matinal programmé pour six heures trente. Les cinq heures à tuer seront longues, mais riches en sonorité harmonieuses, artistiquement modulées. Kuchii o nuguu (ce n'est pas moi) aurait dit Alain, s'il avait été conscient de cette nuisance.
L'heure, pourtant matinale du keiko, est vécu comme une délivrance.
Il se déroule avec une grande attention des participants, dont le nombre ne cesse d´augmenter, séance après séance. Nous sommes environ vingt cinq. Il est articulé autour de la répétition de l'enchainement Jiseiken ichi, jusqu'à 8h00 où un copieux petit déjeuner, toujours sans café, nous attend. Un moment de répit nous est accordé pour faire une toilette rapide (au bon endroit cette fois), avant de reprendre l´entraînement à 9h30. Sensei nous fait a nouveau travailler intensément le taichi de synthèse, avec quelques applications par deux, et le travail d´explosion en déplacement, technique après technique. L´entraînement prend fin vers 11h30.
Le déjeuner nous attend, un peu plus arrosé de bière, offerte par l´organisation. L´ambiance conviviale est montée d'un cran, d´autant plus que nous avons offert à un maximum de personnes des petits cadeaux, qu´Alain et moi avions soigneusement préparé lors de notre passage dans la Drôme. Une sieste réparatrice nous permet enfin de récupérer quelques forces. L´épuisement prend finalement le pas sur les bruyantes émissions sonores d'Alain et sur les piaillements des myriades de judokas nains dans les couloirs... Il est 15h30 quand nous nous présentons pour le keiko suivant La chaleur est lourde et étouffante. En attendant Sensei , M. SAWAI (rien à voir avec son célèbre homonyme), le responsable et doyen du groupe de stagiaires, nous présente un nouveau venu, M. SOBEA, champion du Japon d´une catégorie de Kick Boxing, qui s´est inscrit au stage.
Le personnage semble avoir la trentaine. Il est doté d´une paire de cuisse énorme, casée dans un immense short de boxe thai, qui l´oblige à déplacer avec un écart de jambes important. Il n´est pas souriant, et sa poignée de main ne me permet pas de ressentir le moindre courant chaleureux. De plus, il me semble que dès son arrivée, une tension, une atmosphère sensiblement différente s´est installée dans le dojo... Le keiko est articulé autour d´exercices par deux de kiko, puis par la répétition de l'enchainement jiseiken et du taichi de synthèse. Il est 17h environ, lorsque Sensei donne le signal du kumite. Il me demande de m´occuper de ceux qui ne veulent pas faire de combat, et de leur faire répéter toutes les techniques abordées lors de ce stage. Il prend ensuite la peine de très longuement expliquer notre manière d´utiliser les protections, le principe de ato uchi,(coup de la honte), et la perspective de la réalité du combat sans protections. Du moins, l´ai-je deviné, à ses gestes et mimiques, dans le mesure où la langue japonaise était utilisée. Occupé à faire travailler les non combattants, je ne prête pas attention à la première tournée de combats. La seconde commence très rapidement, et Alain se retrouve face à notre champion, juste à côté de mon groupe. Il m´est donc difficile de ne pas voir, et même regarder, dans la mesure où l´intensité et la rapidité et le fort bruit généré par les déplacements font immédiatement comprendre que ce combat va s´avérer être d'un engagement au-dessus de la normale.
Sobea san s'aventure beaucoup trop près, avec une garde approximative, essayant manifestement de placer des low kicks ou des mawashi enchaînés, avec une vitesse surprenante. Sa tactique est basée sur la rapidité, la force et la stabilité, apposés à ces quelques techniques dont il ne semble guère savoir varier. Il s'approche tellement qu'il se fait cueillir par une magnifique série au casque (pour laquelle Alain me semble avoir appliqué les recommandations de Sensei à Francesco). Ceci aurait en principe du mettre fin à ce premier assaut... Nettement ! Sobea san n´a malheureusement pas entendu, ou compris, ou ne désire pas tenir compte des longues explications protocolaires de Sensei... Fort de la distance qui a permis à Alain de le cueillir pleine ligne centre, il occulte la portée de la correction encaissée, intensifie dans la foulée ses séries de coups de pied, décochées avec une violence qui frise la sauvagerie. Tous sont magnifiquement parés par Alain, mais à quel prix... le combat continue encore un peu, selon le même scenario, jusqu´ à ce que Sensei invite au changement Alain salue son adversaire, ôte son casque, s´agenouille, et grimacant de douleur, se tient l´avant-bras droit, porteur d´une vilaine bosse suspecte.
L´autre avant-bras est couvert de bleus et d´hématomes, témoignages colorés de l´intensité des rafales.
Ikeda et Sawai san s'empressent, nous entourons tous Alain, pourtant réputé pour sa dureté au mal.
Il est immédiatement évacué hors du dojo, probablement vers l´hôpital le plus proche, à des fins d´examens et de radios. Le keiko se termine rapidement, et une fois le salut effectué, Sensei demande avec humeur et émotion que casques et gants disparaissent jusqu´à la fin du stage. Douche et bains sont expédiés. Nous nous retrouvons dans le hall d entrée. Alain est déjà revenu de l´hôpital. Il porte un énorme bandeau qui soutient le plâtre de son bras et avant-bras droit. Il souffre d´une fracture avec déplacement du radius, la radio mettant en évidence une image nette de branche cassée en deux. Beau joueur, il serre la main de Sobea san venu timidement aux nouvelles, l´assurant de son estime. Puis, il craque émotionnellement en m´expliquant qu´il doit retourner ce soir à l´hôpital, y rester le samedi et le dimanche suivant, afin d´y être opéré le lundi, et en sortir, avec un peu de chance, le mercredi. Nous avions prévu de quitter Katsu ura le lendemain samedi, après le keiko, afin d´entamer notre tournée touristique... Le séjour est fichu, le beau rêve tombe à l´ eau. Pour Alain, la douleur est, en prime, au rendez-vous, sans compter une certaine culpabilité qui l´investit, celle, d´avoir, selon lui, mal géré son combat, auquel il revient sans cesse. Sensei est littéralement catastrophé.
Blanc comme un laitier, les narines pincées, le regard fixe, dans le vague, il s´est isolé dans sa tête et semble méditer. Je tente, de mon mieux, de consoler Alain en lui expliquant qu´ au contraire son niveau pugilistique lui a permis de parer, faute de quoi ses cervicales seraient peut être cassées, avec à la clef, un problème de responsabilité encore plus aigu, qui aurait éclaboussé l´organisation japonaise et par ricochet, l´école... que si j´avais été à sa place, j´aurais probablement pris le coup dans le casque qu´il avait en fait dominé son adversaire, dans la mesure où celui-ci n´a pas su ou voulu, prendre en compte notre manière de travailler.
Je retourne au Ofuro avec Alain, afin de l´aider à se doucher. Le spectacle doit être cocasse, pour les personnes extérieures à notre groupe, de le voir .... à poil avec son bras en écharpe, un assistant en train de le savonner et de le sécher !
Le repas est très rapidement expédié. Sensei est toujours imprégné de l´incident. Il analyse le combat sensiblement avec la même lecture que celle d´Alain, qu´il me demande d'accompagner à l´hôpital, afin de l´aider à s´installer, ce qui était de toute façon, ma ferme intention.
M. KOGURE, touchant de prévenance et de disponibilité, nous ramène à l´hôpital ; Alain a entassé quelques affaires de toilette et de la lecture dans un petit sac... Hérodote, s´il vous plait, un traité sur le conflit grèco-perse de l'antiquité... de quoi apprendre à assurer ses arrières... Nous sommes accueillis courtoisement, devons montrer patte blanche, (ce qui n'est pas difficile pour Alain), et produire son passeport à double nationalité, française et suisse. Cette dernière semble poser problème, dans la mesure ou l´interne semble découvrir l'existence de ce pays, selon nos accompagnateurs japonais. Alain est finalement installé dans une minuscule chambre à quatre lits, dont les trois premiers sont occupés par des patients du quatrième âge, au sexe incertain, chauves, rabougris, édentés, fripés comme de vieilles pommes, mais au regard vif et curieux.
C'est à mon tour de tenter de dissimuler mon émotion, en réalisant que notre compagnon va passer au moins quatre jours dans cet endroit. Lui-même semble ne pas en mener large. Ikeda san me propose de traduire de l´anglais une série de mots qui seront écrites par ses soins en japonais sur un tableau, comportant la liste de ses probables besoins : mal, soif, faim, toilettes ; des anti-douleurs lui sont immédiatement administrés.
L´atmosphère est tendue avant notre départ. Il me semble que je parviens à la décrisper un peu en rajoutant sur le tableau une ignominie indicible, déchiffrable par nous seuls, qui tire à Alain une lueur de gaieté au travers de larmes qu´il a su contenir jusqu après notre départ. De retour au centre, Sensei m´annonce immédiatement qu´il lui a été possible de produire les radios d'Alain à un des jeunes stagiaires, médecin orthopédiste, à qui il semble que l'opération immédiate n'est pas nécessaire. Ce diagnostic ayant été confirmé au téléphone par le Docteur YAYAMA (dont la soeur participe au stage), Sensei décide qu´il irait dès le matin parlementer avec le médecin traitant de l´hôpital afin d´obtenir le bon de sortie d'Alain, qui sera dirigé sur une autre clinique prés d'Atami, notre prochaine destination, et où, par bonheur, officie notre jeune médecin stagiaire.
Là, il recevra les premiers soins qui lui permettront de terminer son séjour tranquillement. Cette décision étant arrêtée, nous sommes invités par le reste des stagiaires à tirer un nouveau feu d artifice. ce soir là, toutes les fusées qui me sont passées entre entre les mains ont été dédiés à Saint Turnoire, le patron des karatekas, comme les cierges que l´on brûle en faisant un voeu, à la primatiale St Jean, à Lyon.
Outre ces considérations volatiles, cet incident m´a amené, en tant que co-responsable de l´organisation française, à ces quelques réflexions, qui bien entendu, n'engagent que leur signataire. A l´avenir, que cela soit en Europe, au Japon, ou ailleurs, il me semble que la sélection des stagiaires devrait s´effectuer d'une manière très rigoureuse, selon un filtrage restant à définir. Ensuite, l´évolution pugilistique des élèves de notre école devrait etre gérée par les enseignants de telle manière que l´accès au combat libre ne pourra avoir lieu que dans la mesure où un certain nombre de principes culturels, techniques, protocolaires et comportementaux auront totalement été intégrés, de façon à ce que le combat puisse s´effectuer, en quelque sorte, « entre gens de bonne intelligence », et que les protections ne deviennent plus un désavantage pour ceux qui jouent le jeu, ce que Sensei semble approuver.
Il me semble enfin qu il n'est pas honteux de refuser, ou de cesser un combat face à un antagoniste dont la conduite sort du cadre de notre travail. Le combat à frappe réelle peut aussi se solder avec une bonne masse d´arme, un poignard ou une kalachnikov. Francesco me fait part de son sentiment en me rappelant l´anecdote de l´alpiniste à qui il est demandé d´indiquer quel est celui des sommets qu´il trouvé le plus beau, et qui répond que c´est celui qu´il a décidé de ne pas gravir. Il me semble que le niveau d´une personne est également défini par sa capacité à connaître ses limites par rapport à ses objectifs, et qu´une retraite sage est parfois plus glorieuse qu´une victoire arrachée au prix du sang, que cela soit le sien, ou celui de l autre...
Une fois la dernière fusée tirée, je me précipite dans notre chambre silencieuse....
Il est environ 23h00. Le sommeil est pourtant long à venir...
Dimanche 11 août 2002
La nuit a été courte, à nouveau. Ni Francesco, ni moi n´ayant encore assimilé le décalage horaire... de plus, nous avions matière à être préoccupés ! Nous avons toutefois lâchement mis à profit la regrettable absence d´Alain et de ses ronflements attachants, pour dormir un peu mieux et plus longtemps que d´habitude.
Nous retrouvons tous les membres du groupe à 6h30 pour un keiko articulé autour du kiko, de la pratique de ritzu-zen, et d´un peu de taichi de synthèse. Tous semblent avides d´avoir des informations d´Alain.
A 9h30, une fois les bagages faits et placés dans une salle contigue au dojo, une fois les chambres libérées, une fois le petit déjeuner très rapidement expédié, Sensei part à l'hôpital en compagnie de Ikeda et Kogure san pour aller tenter d´y récupérer Alain. Il confie la direction du Keiko à Ken, habituellement chargé des cours au Japon avec ce même groupe, et sollicite de notre part, à Francesco et moi, une assistance au niveau de l'encadrement, lors des répétitions de l'enchainement du taichi de synthèse.
Nous sommes, bien entendu, là, pour cela. C'est vers 10h15 que nos amis reviennent, avec un Alain soulagé et hilare. Sensei, semble-t-il plus détendu, reprend la direction des opérations, nous refait travailler les explosions, quelques techniques en kihon, puis nous passons au jiseiken en enchainement. A 11h30, il nous est demandé, dès après le keiko, d´aller déjeuner encore plus rapidement que d´habitude, de façon à pouvoir reprendre le keiko dès 13h30, le terminer à 15h30, et envisager le départ du centre, avec Alain dès 16heures. Le repas, quoique très court, mérite d´être relaté, dans la mesure où Sensei lui-même, hilare, nous explique qu´à leur arrivée à l'hôpital, aucune difficulté ne leur a été faite pour récupérer Alain, les autres patients s'étant véhémentement plaints, auprès de l´infirmière, de ses ronflements tonitruants... Lui-même, au moral retrouvé, s´inscrit en faux pour cette accusation félonne, nous expliquant qu´ il n a de toute façon pas fermé l´oeil de la nuit, a attendu le matin, habillé de pied en cap, assis sur son lit qu´on vienne le chercher, ne voulant plus rester un seul instant dans cet endroit où les geignements et les émissions sonores variées et ininterrompus des patients contribuaient à maintenir son moral coincé entre le nul et le néant.
L´hilarité a maintenant gagné tout le groupe. Les tensions s´évacuent par le rire , et par de grandes claques dans les mains et dans le dos ! Ouf , cela va mieux, c'est visible... Sensei, en tout premier lieu semble soulagé ! Nous retournons dare-dare au dojo, pour y entamer ce qui constituera le tout dernier keiko de ce stage au Japon, pour lequel Sensei a sans détour annoncé qu il n'y aurait plus de combat.
Le travail est articulé autour d'exercices de kiko par deux, avec beaucoup de O'RING TESTS, d´expérience de circulation d´énergie et de force, qui débouchent, insidieusement sur des exercices conventionnels par deux, notamment la première application de GOGYOKEN pour lequel le hasard des rencontres me permet de travailler avec Sobea san, au demeurant très courtois et ouvert, mais incroyablement friable au niveau de la tenue et de l´absorption de la force de l'autre dans le travail des tuishous, ou dans la mobilisation des ressources corporelles autres que musculaires. Son regard me semble d´ailleurs refléter sa surprise, son incompréhension et son malaise dans ce type de travail, je le répète, conventionnel, car il n'est pas douteux que j´aurais rencontré avec lui, en pire, les mêmes problèmes que ceux vécus par Alain.
Décontracté, celui-ci a pris le parti de regarder le keiko, assis sur une chaise... l´épreuve a été dure, et longue... Il somnole, vacille, et, géné, file à la japonaise dans la pièce où sont entreposés les bagages, mais aussi des tatamis, pour y chercher un repos mérité. Nous saurons tous très vite qu´il l'a trouvé, puisque de nouveaux ronflements impressionnants viennent couvrir et le son des tambours d´à coté, et la voix de Sensei qui, semblait-iil, doutait un peu de nos dires, lorsque Francesco et moi relations, au petit matin, la nature sauvage et injuste de nos déboires nocturnes. La fin du stage est meublée avec quelques échanges courtois, des remerciements de notre part, à l´accent très sincère, au demeurant, car tous ces gens ont été exemplaires de gentillesse et d'un respect gênant, à mon égard, en tout cas..
Quelques photos de groupe, imprimées de kodak, en nikon, ou cannon, graveront à jamais la présence sur le sol japonais de trois occidentaux comblés et émus... Une fois la douche et le bain expédiés, les adieux et les derniers remerciements (sans oublier l´échange des adresses et la restitution des précieuses zoris VERTES), sont effectués trop rapidement, la découverte de ces nouveaux amis étant devenue de plus en plus attachante.
Mais il a fallu se détacher, et repartir à toute allure dans notre super formule un Mitsubishi, cette fois pilotée de main de maître par Ikeda san, direction Atami. Quatre heures de route de montagne très pénibles et très heurtées, (la conduite d'Ikeda san étant à vrai dire alternée de violents coups d´accélérateurs, tel SCHUMI aux 24h du Mans, et de non moins violents coups de freins à répétition), qui perturbent notre légitime besoin de repos et d´assoupissement. Notre itinéraire nous permet de traverser de nuit une partie de Tokyo, monstrueuse mégalopole endormie, (aux énormes trémies suspendues qui coupent le centre de la ville, remplaçant les boulevards périphériques), que nous abordons grâce au fameux tunnel sous la mer, dans la baie du même nom, et dont l´accès est orchestrée selon une organisation rigoureuse impressionnante d'efficacité et de fluidité, malgré l´énormité du trafic.
Avant d'arriver dans la région d'Atami, petite ville côtière qui est le Cannes des Japonais, Ikeda san nous invite à déguster des Shashimis ou poissons crus, dans un restaurant spécialisé, où nous sommes servis très rapidement et efficacement, bien que nous n´ayons ni réservé, ni n´y soyons connus (surtout nous...). Une fois arrivés à Atami, Ikeda san rencontre manifestement d´assez grosses difficultés pour trouver l'immeuble où se trouve l'appartement de fonction appartenant à LAYUP, dans lequel nous allons passer la nuit. Après bien des tours et détours, contribuant à l'agacement de certains, nous finissons par arriver au pied d´un petit immeuble cossu, devant lequel nous avions dû passer trois ou quatre fois. L´appartement, petit mais fonctionnel, comme taillé dans le bois, est un lieu de séminaires ; il possède un confort et un équipement optimal à tous niveaux, qui favorise les retraites ou congés de certains cadres, ou probablement clients de la société LAYUP. Notre chambre, que nous allons a nouveau partager, doit avoir une surface d'environ 15m², exclusivement constituée de tatamis épais. Un grand placard mural profond recèle une profusion de futons et de couettes que Ikeda san nous apprend à manier et à disposer, selon une précision qui confine à la maniaquerie. Alain et Francesco vont prendre un dernier verre dans le salon avec Ssensi et Ikeda san ; Je m´écroule dans une torpeur bienfaisante et réparatrice, dont je serai tiré, bien malgré moi, par de maintenant rituels ronflements, qui dureront jusqu´au petit matin, malgré quelques vols dirigés de chaussettes, puis de gants de combats, et même de casques, et de verre d'eau... en vain... Francesco et moi nous résignons...
Lundi 12 août 2002
Lever vers 8h00, dans une hâte peu propice à un matin de lendemain de stage et d'après vol intercontinental. Francesco et Alain me considèrent d´un air hilare, et attendant que j'ai commencé à me plaindre des nuisances nocturnes habituelles, me font acerbement remarquer que je me suis joint au concert, selon des intensités qui sont même allé jusqu'à déranger Sensei dans son sommeil ; au petit déjeuner, celui-ci confirme qu´il lui serait impossible d´accepter un tel raffut dans une chambre, et qu´il en virerait immédiatement l´auteur... Il s´agit de ranger impeccablement le matériel mis à notre disposition, ce à quoi veille Ikeda san, avec une rigueur cérémoniale.
La chaleur est toujours pesante. Dehors, d´énormes corbeaux bruyants, perchés sur d'innombrales lignes et pilones à haute tension semblent attendre une opportunité pour venir picorer sur la route.
Nous reprenons notre « formule 1 » pour nous rendre à la clinique, où nous y retrouvons avec plaisir le jeune stagiaire orthopédiste, qui a diné la veille avec nous, et qui a préparé le terrain pour le traitement du dossier de notre sampai. La salle d´attente est remplie de dizaines de personnes, qui nous regardent comme si nous descendions de la dernière navette spéciale. Le préposé aux entrées appelle les gens par leur nom-San, ce à quoi ils répondent par un « haï » enthousiaste, avant de se diriger énergiquement vers le cabinet de leur médecin. Nous sommes tous surpris par la rapidité avec laquelle Alain est appelé, et encore plus par celle avec laquelle il revient, de nouvelles radios sous le bras, des médicaments en poche, et surtout la confirmation définitive selon laquelle il peut tranquillement terminer son séjour au Japon, et envisager de se faire opérer en France. Dans cette hypothèse, il pourrait reprendre les keikos au bout de deux mois.
Dans l´hypothèse d'une non opération, et d une recalsification de l´os, il lui faudrait attendre six mois... ce qui ne manque pas de lui soutirer quelques protestations... une incertitude s´installe quant à la décision qu´il doit prendre, qui n´appartient qu'à lui, malgré les conseils qu´il tente de glaner, de ci de là. Il décide, en tout cas, de profiter de la fin de son voyage. Sensei nous explique alors clairement, à titre informatif, afin, sans doute, de précéder certaines questions d´Alain, qu´ il lui a paru normal que les frais de prise en charge inhérents aux deux hopitaux soient répartis entre l´organisation japonaise... et lui-même ! La grandeur n'est pas conférée par le seul talent technique ou culturel...
Nous voilà repartis dans notre « navette formule 1 » hoquetante, ce qui n'est pas grave, dans la mesure où nous n´avons pas pris de petit déjeuner. Ikeda san y remédie rapidement en nous proposant de le prendre dans la voiture, après avoir acheté des gateaux de riz emballés astucieusement dans une pochette en papier... aux algues. La conduite hachée devient alors problématique et le café sera pour une autre fois. Nous reprenons notre route cotière, maintenant plus qu´encombrée par une circulation à double sens impressionnante, semble-t-il due aux départs en congé, qui ont lieu précisément jour-là. Au Japon, il semble que les employés n'aient droit qu à 8 à 10 jours de congé par an. Nous observons que les voitures sont, en règle générale, de haute gamme suréquipée, avec beaucoup de mono-spaces et de berlines inconnues en europe. Nous nous arrêtons vers 13h30 à SHIMODA, petite ville côtière importante dans l´histoire du Japon. Ikeda san nous invite à y déguster des Shushis, ou boulettes de riz au poissons et crustacés. Nous choisissons un minuscule petit restaurant populaire, constitué d´un laboratoire central, entouré par une desserte carrée, devant laquelle les clients peuvent s´asseoir et saisir les Shushis, au gré d'une astucieuse bande mobile tournante, approvisionnée par le cuisinier au fur et à mesure des besoins. Un shushi au poulpe passe à portée de ma main. Je le saisis d'une preste tentacule, l´engloutit voracement avant que de m´entendre dire, indicible honte, qu´il s´agit de celui parmi les plus chers... mais que je ne me fasse pas de « shushi », et que je continue a profiter de mon séjour au Japon, dont acte ! Sensei nous précise toutefois qu´il s agit d'un plat de basse gamme, que nous aurons l´occasion d'en déguster de meilleurs. C´est alors que nous faisons la connaissance d´un couple, qui vient taper sur l´épaule de Sensei et de Ikeda san.
Il s´ agit de M. NAKATA, PDG de LAYUP et de son épouse, venus à notre rencontre.
Un rendez-vous est fixé pour immédiatement après une excursion en téléphérique, sur une colline qui domine Shimoda, petit port de peche niché au coeur de collines a la végétation étonnement bombée, et verdoyante, ressemblant fort aux paysages des films de Kurosawa, par exemple dans les sept samourais.
Nous y remarquons également une profusion de maisons aux toits en céramique bleu clair ou bleu roi, rappelant, dans une palette versicolore, l´omniprésence de la mer. Nous visitons ensuite les abords de quelques temples shintoïstes, écrins de tranquilitè, au coeur de profonds jardins dominant le port. D´énormes papillons bruns et pourpres, au vol lent et plutot familier, traversent des nuées de vols de libellules semblant apprivoisées. Les cigales, encore plus bruyantes qu'à Katsu ura, daignent se montrer, sur le tronc des arbres ; elles sont beaucoup plus grosses qu en France et dotées d´èlitres damasquinées, semblant les rendre plus précieuses.
Le JINJA, ou temple, est le lieu saint ou les fidèles de la religion indigène au Japon, le SHINTO, se rendent pour prier. Le shinto trouve ses origines dans les peurs ancestrales des démons, de leurs pouvoirs surnaturels, et dans le culte qui leur était rendu. Bien qu´il n existe aucun crédo, ou gènése écrit, le SHINTO, religion principale de l´archipel, est largement célébré par diverses cérémonies et fêtes. Nous retrouvons M. Nakata à la sortie du téléphérique. Il nous emmène dans sa résidence secondaire où il passe quelques jours de congé en compagnie de son épouse. Nous sommes invités à y résider deux jours durant, en compagnie de Sensei et d'Ikeda san. La maison est située au coeur d´un lotissement à l´américaine, avec pelouses sans barrières. Mais la conception de son intérieur est toutefois bien japonaise : petite, confortable, ergonomique, pratique, avec de petites pièces ou prédominent le bois clair et les tatamis, et l´impression d´être au large malgré l´exiguïté apparente des lieux. La pièce principale est occupée par une table carrée en bois, dont le seul plateau affleure au niveau des sièges, constitués par les rebords des tatamis creusés. M. IKEDA nous installe dans ce qui sera notre chambre commune pendant deux jours. Puis arrive l´heure du bain, pour lequel Sensei ne manque pas de nous réitérer ses recommandations angoissées en la matière. Nous décidons, d´un commun accord, qu' Alain et Francesco étant les moins chevelus, (mais pas forcément les moins velus..), ils passeraient en dernier, afin de laisser un minimum de chance aux poils subreptices susceptibles de gêner nos hôtes, et de ne pas ainsi les prendre.. à rebrousse poil... Une fois cette délicate opération couronnée du succès qu´elle mérite, nous sommes invités à nous attabler devant un véritable festin, que nous a préparé Mme IKEDA.
Un énorme plat de shashimis, haut de gamme cette fois, nous est offert, dont la variété couvre presque toute la table. Cette oeuvre culinaire est d´ailleurs prise en photo par tout le monde, ce qui me permet de mieux comprendre pourquoi Kogure san avait utilisé une pellicule pleine pour photographier les andouillettes et le camembert qui lui avaient été servis, lors de l´assemblée générale en décembre 2001. Le shashimi se déguste selon un rituel aussi agréable à préparer qu´à manger. Il s´agit tout d'abord de prendre délicatement entre ses doigts, une feuille de papier d´algues, au coeur de laquelle un peu de riz blanc est déposé. Quelques feuilles, semble-t-il de chrysanthèmes et de plantes odoriférantes diverses servent de litière à celui des morceaux de poisson, de calamar, de seiche, ou d´oursin choisi, lequel a préalablement été trempé dans un petit récipient où ont méticuleusement été mélangés du wasabi, de la sauce de soja et d´autres condiments mystérieux.
Le tout est roulé à la main, et dégusté comme un petit sandwich. Cette merveille gastronomique est abondamment arrosée de bière japonaise, légère et rafraîchissante, et bien entendu de saké froid, qui coule à flot. Ce repas demeurera dans ma mémoire, comme l´un des plus extraordinaires auquel il m´ait été permis de participer, tant pour la richesse des mets, que par la délicatesse avec lequel il nous avait été servi et offert .
Je regrette que Madame Ikeda, comme semble le vouloir la tradition, ne l´ait pas pris en notre compagnie, ni ne comprenait suffisamment l'anglais pour que nous puissions la remercier en conséquence.
Puisse-t-elle avoir saisi, au vu des plats vides, à notre mine réjouie et reconnaissante, que nous avions, grâce à elle, réussi une rencontre capitale avec la culture japonaise. La fin du repas est émaillée par un petit choc culturel, selon lequel nos compagnons japonais nous dévisagent, alors que nous nous régalons tous les trois avec d´énormes raisins au goût de pêche et de fruits venus d ailleurs.
Sensei s´est bien gardé de nous dire, cette fois, qu´au Japon, la peau des raisins n´est pas avalée, que ce type de fruit se consomme par succion, et que la peau en est reposée au bord de l'assiette.. En fait, il s´ agit un peu du même problème qu´avec les pâtes à la farine de riz, de blé ou celles noires de Sarrazin, dont les Japonais sont friands : elles sont absorbées par succion bruyante sur quasi toute leur longueur, à grand renfort de coup de baguettes et de buste penchés, ce qui fait que c'est le consommateur qui va à la nourriture, et non pas le contraire. J´ai tenté de m´adapter à cette coutume, mais sans succès, je dois le dire, mes relents de manière occidentale restant décidément trop ancrées. En tout cas, je suis d´accord pour admettre qu´il ne m'aurait pas été agréable de trouver un poil dans mes pates..
La fin de la soirée, copieusement arrosée par saké et bière, aurait pu être encore plus conviviale qu´elle ne le fut, dans la mesure ou la quasi impossibilité de communiquer avec les Japonais autres que Sensei a sans doute entravé les rapprochements en cours, et favorisé les conversations entre Japonais. Sensei, évoquant notre aptitude à ronfler, demande à ne pas être dérangé par quelque bruit intempestif que cela soit, dans la mesure où il va partager, avec Ikeda san, la chambre se trouvant au-dessus de celle des prédateurs.
Une fois le signal du coucher donné, après le rituel bol de thé vert froid, Alain s´écroule littéralement sur son tatami, entamant quasi instantanément sa profonde litanie, qui résonne dans toute la maison, à tel point qu'Ikeda san, curieux, vient subrepticement entrouvrir la porte coulissante de notre chambre, pour identifier l´auteur d´une telle performance. Satisfait, il ne manque pas de pousser ce petit cri propre aux Japonais qui viennent d´apprendre quelque chose d´étonnant ou de négatif, selon un « aaaaahh » mi-interrogatif, mi-plaintif, émis dans un douloureux decrescendo. La nuit est semblable aux précédentes, à la seule différence que casques et gants volent en formation resserrée, mais sans effet, vue l´apparente léthargie du principal intéressé.
Mardi 13 août 2002
Le réveil est comme chaque matin depuis le début de ce séjour, difficile, et conflictuel. Il semblerait que je sois définitivement entré dans le clan de l´ennemi, en attestent les gants, casques de combat, et autres objets divers et variés qui entourent mon futon.
Pour rejoindre les toilettes, (à l'occidentale chez M. Nakata), Alain traverse torse nu la grande pièce d´accueil et la cuisine contiguë. Il y croise notre hôtesse, ce qui lui vaudra de la part de Sensei une réflexion comme quoi les hommes ne doivent se produire en petite tenue dans les lieux communs d une maison. Puis, il investit les toilettes, dans lesquelles Francesco et moi trouvons qu´il s éternise. Aucun ronflement n´émanant du réduit, nous en concluons qu´il ne s'est pas encore endormi. Le pauvre ami doit en fait inaugurer le fonctionnement du tableau de bord de la chasse d´eau, à la technologie proche de l´ordinateur de bord du Mitsubishi. Il confond en fait le système d´évacuation avec celui du nettoyage total du sol, irrigue abondement zoris prêtées et doigts de pied, finit par appeler légitimement au secours, étant le premier d entre nous à utiliser cet endroit, ce matin-là . Fort de nos conseils et indications, mais après s´être aspergé le visage avec un jet vertical destiné aux toilettes intimes, et actionné une sortie intempestive de kilomètres de papiers toilettes, il parvient in extremis à sauver son honneur déjà bien mis à mal par ses frasques nocturnes.
Le petit déjeuner a, ce matin-là , une connotation beaucoup plus occidentale, mais toujours sans café, malgré un délicieux thé foncé à propos duquel j ai pensé, à prime abord, qu´il pouvait s´agir de la seule denrée qui m´ait fait défaut pendant ce séjour. Sensei, d´un air mi renfrogné-mi amusé, finit par nous avouer discrètement en français, qu'il n a pas dormi de la nuit à cause des ronflements d'Ikeda san, lequel nous quitte pour régler ses problèmes personnels, et nous rejoindre plus tard. M. NAKATA nous propose ensuite de nous détendre à la plage voisine, à laquelle nous nous rendons à pied, lui tenant en laisse son chien, d´une main, de l´autre le petit sac rituel contenant de quoi ramasser les déjections de son compagnon canin, mais aussi une astucieuse petite gourde articulée qui permet de le désaltérer. Au Japon, les animaux domestiques ne pénètrent jamais dans les maisons, doivent obligatoirement être tenus en laisse, et ne pas se laisser aller sur la voie publique. La plage est petite, comme tout au Japon, il s´agit en fait d une crique encaissée où s´entassent un nombre impressionnant de baigneurs, venus en famille, adeptes du bronzage, de la plongée en apnée, du matelas gonflable et des ballades sur le sable. Quelques grottes ont été creusées par la mer, jusqu'à une profondeur surprenante, compte tenu de la compacité de la roche. Ceci laisse imaginer la force colossale que doivent avoir certaines tempêtes, toujours représentées sur les estampes maritimes par une langue de mer en suspens, surplombant dangereusement les personnages effarés qui y figurent.
L'endroit est investi par des colonies de bestioles dont l appartenance oscille entre la branche des crustacés et celle des cloportes moyens, ayant certes le droit d'exister, mais à condition que cela ne soit pas dans le pantalon que j'ai gardé, à défaut du maillot de bain lamentablement oublié en France. Sensei et Francesco se livrent, sous l´oeil indifférent des autres baigneurs, à quelques exercices de pousse mains, avant d´aller piquer un plongeon en compagnie d'Alain, qui garde un bras hors de l'eau, à toute fins utiles...
De retour à la maison, M. Nakata prend lui-même la peine de nous doucher les pieds avec une pomme d´extérieur, non sans oublier le chien sur lequel il passe plus de temps, à cause des poils, sans doute !
Une douche, très rapidement prise, puis un rapide déjeuner nous ouvrent un après-midi touristique où M. Nakata en personne nous servira de guide. Il nous emmène visiter plusieurs musées de SHIMODA, relatant par le menu le fameux événement historique qui a rendu ce port célèbre.
Au XIXe siècle, à une époque correspondant sensiblement à la fin du shogunat et du début de l´ère Meïji, un navire de guerre américain, dirigé par le Commodore Perry, accoste dans la baie de Shimoda, y semant la terreur. Pourtant, les intentions des marins étrangers sont louables, dans la mesure où leur objectif consiste à établir un contact avec ce pays si mystérieux et fermé, image que donnait, à juste titre, le Japon au monde. Une délégation du navire est reçue à terre. Le contact est établi, qui débouchera ultérieurement sur des échanges d´ambassadeur, pour initier les premiers trafics commerciaux de transport de marchandises par navire ,avec d´autres pays occidentaux, comme la Russie et la Hollande. Ces musées proposent toute une gamme de photographies, d'estampes, de documents, de connaissements, d´objets d art, d´armes et de canons issus du navire américain, ; ils reflétent la peur que conférait aux nippons notre monde occidental et barbare ; certaines estampes, par exemple , réalisées par des artistes japonais de cette époque, mettent en scène le commandant Perry, selon des caricatures accentuant l´étrangeté de son long nez, de ses traits, de son costume et de ses armes droites. Nous avons toutefois regretté que la majorité des légendes et explications de ces musées ne soient pas proposés en langue française ou anglaise. Nous terminons l´après-midi par une ballade féerique sur des chemins côtiers escarpés, situés à l´extrême-sud de l´île, presque face à l'Australie, où une vue extraordinaire nous est offerte sur un archipel volcanique au large, appelé les sept îles, dont l´une, la plus peuplée, a dû être totalement évacuée, deux ans en arrière, à cause d'une éruption imminente. Petits chemins escarpés pierreux, minuscules temples suspendus dans la roche, surplombant dangereusement le fracas des rouleaux du Pacifique, quelques centaines de mètres plus bas... Une profusion de végétation grasse et ronde abrite des myriades de cigales bruyantes et de ces curieux papillons lents et surdimensionnés, qui disputent aux nuées de libellules le contrôle d'un ciel écrasé d une chaleur lourde et moite. Le dépaysement est à la fois total et familier, car proche de certains paysages représentés par des artistes naïfs. Nous retournons chez M. Nakata, où de quoi faire un énorme barbecue a été préparé par Madame, sur la terrasse, face à la mer. Le maître de maison passera la soirée debout, devant son grill, à cuisiner pour les autres, les innombrables poissons, viandes, crustacés, saucisses et brochettes de légumes qu´il distribuera au fur et à mesure de leur cuisson, et ce longtemps encore, après que notre appétit ait été comblé !! Le tout est arrosé de bière et de saké... cette fois-ci, Mme Nakata a passé presque toute la soirée avec nous, nous faisant encore plus regretter la barrière linguistique... Ikeda san nous rejoint en cours de soirée. Celle-ci se termine dans la pièce principale à l´intérieur, où nous sont proposés thé, bière, saké normal et saké extraordinaire, en l´occurrence la fameuse liqueur de saké, de marque IICHIKOO, à propos de laquelle Sensei nous demande de nous recueillir en la buvant, dans la mesure où il s´agit de celle dégustée, dans des temps révolus , par les samouraïs. La discussion est centrée sur la future organisation internationale dont Francesco est le pivot. C'est difficile à admettre pour un tel voyage, mais il me semble que j´ai fait davantage de progrès en langue italienne, qu´en japonais !!! ma non e lo stesso !!!
Mercredi 14 août 2002
Le lever a lieu tôt, dans le maintenant habituel contexte de négociations relatives à qui a le plus sonorement ronflé et lancé de projectiles.
Un dernier petit déjeuner familial nous rassemble autour de la table creusée au coeur des tatamis, au cours duquel cartes de visites, adresses et promesses de garder le contact seront prises. Le départ, empreint d´émotion de notre part, vu la gentillesse et la totale disponibilité avec laquelle nous avons été reçus, a lieu peu après, dans le Mitsubishi, avec Ikeda san aux commandes, chaussé de ses lunettes formule 1...
La chaleur est torride. Les routes sont encombrées et la circulation difficile. Notre destination finale est Tokyo, avec une visite préalable au fameux site de Kamagura. Nous nous arrêtons vers 14h00, après quatre heures de route, dans un minuscule caboulot populaire, où nous y absorbons à toute allure un plat de pâtes, chaudes ou froides, sauf Francesco, qui , ayant choisi de rester à l´arrière du fourgon afin de pouvoir y allonger ses interminables jambes, semble brassé et nauséeux. Ceci est probablement du au gymkhana heurté que nous devons vivre jusqu´à notre première halte au site de Kamagura. La voiture est laissée sur un de ces innombrables petits parkings artisanaux, pris en main par une personne âgée parfois de soixante dix à soixante quinze ans, chargée d´encaisser le montant des stationnements, mais aussi de gérer l´occupation et la rentabilité des places dont il dispose. Pour cela, les usagers lui confient leur clefs de voiture, afin qu´il puisse la déplacer, dans un objectif d´optimisation de l´espace. J´ai remarqué que tous ces petits boulots, pourtant peu exaltants, étaient accomplis avec une foi énorme, et un sens de la responsabilité et de l´efficacité dont il me semble que certains européens sont maintenant dépourvus.
Il en est de même dans les stations services. Le fait d´acheter de l´essence ne constitue pourtant pas une curiosité culturelle ou un phénomène touristique propre à être décrit.
Au Japon, les pistolets à carburants sont suspendus au plafond de la station, toujours selon une éternelle quête de gain d'espace. L´accueil, généralement effectué par des étudiants, est très rapide, très efficace.
L´appellation « station service » s´avère alors pleinement justifiée, dans la mesure où le rapport client fournisseur est pris en compte à un degré tel que pares brise, carrosseries sont scrupuleusement briqués, que la note, toujours réglée en espèce, est présentée sur un plateau, sans que le client ait à bouger, jusqu´au démarrage, accompagné de courbettes traditionnelles !!.
La première halte au site historique de Kamagura a lieu vers 15h00.
Ce site appartenait aux derniers Shoguns de l´île de Honshu, à qui il servait de résidence, jusqu à l´avènement de l'ère Meïji, qui, si je l´ai bien compris, correspond au début de la régression de la féodalité.. Les temples , shintoïstes ou bouddhistes visités sont nichés dans un immense domaine naturel soigneusement et amoureusement entretenu par de équipes de jardiniers invisibles, mais méticuleux.
Une atmosphère de méditation flotte d une manière pesante et immobile sur tous les édifices, sur les rochers des jardins, sur les plans d eau verts foncé, ou dans les arbres soigneusement taillés qui peuplent ces endroits magiques, berceau de l´« ICI ET MAINTENANT ». Lors de notre dernière halte, Ikeda san nous emmène visiter le gardien des lieux, un immense Bouddha en bronze, trônant au sommet d un escalier monumental , au pied duquel règne un arbre centenaire majestueux, dont Sensei ne manquera pas de prélever respectueusement une feuille, peut être selon un voeu de longue vie. Comme je suis un de ses élèves, je prélève, moi aussi, une de ces feuilles qui, une fois séchée, marquera celle des pages de ses écrits dont je tente, en permanence de m´imprégner...
Quelques heures de voiture nous conduisent jusqu à Tokyo. Les abords de cette cité parmi les plus peuplées du monde sont surprenants, dans la mesure où il m´a semblé que même les zones industrielles paraissent conçues et disposées de telle façon qu´une certaine forme d´esthétique urbaine soit prise en compte. C´est ainsi que pour la première fois de ma vie, la vue de l´aire maritime portuaire m'a semblé aérée et logiquement disposée par compagnie, chacune ayant à proche disposition son propre parc à conteneur, se moyens de levage, et ses bureaux. Il en est de même pour la zone aéroportuaire, pour le port pétrolier, et même pour les immenses ponts suspendus au-dessus des bras de mer, aux trémies qui surplombent ce monde industrieux de fourmis efficaces et rationnelles, enjambant audacieusement les premiers faubourgs, jusqu´ aux bâtiments du centre ville. Nous nous rendons directement à notre hôtel, près de bureaux de LAYUP, situés en plein centre des affaires. Notre hôtel, comme beaucoup de choses au Japon, est minuscule. Les préposés parlent peu et mal l´anglais. Mais peu importe. Un rendez-vous est très rapidement fixé dans le hall, où nous devons retrouver Kogure san, lequel nous a fort aimablement convié à un repas dans un somptueux restaurant Coréen. Là encore, nous avons la possibilité de découvrir, en genre et en nombre, de merveilleuses denrées qui nous sont servies par de très belles jeunes femmes en costume traditionnel, dans un box privatif à l´entrée duquel nous avons abandonné nos chaussures, au grand dam des autres clients du restaurant restés dans la salle commune et qui semblent nous regarder de travers chaque fois que la porte s´ouvre, pour laisser place à encore de nouvelles victuailles. Celles-ci sont arrosées par un saké laiteux, sucré, traître et léger, qui se boit... comme du petit lait. Aucune autre réjouissance n'étant fort heureusement prévu ce soir-là au programme, nous réintégrons notre hôtel, ou, événement, Alain se glorifie de pouvoir, enfin, passer une nuit tranquille, dans une chambre individuelle ! Nous qui avons été si tolérants et charitables avec lui, le choyant comme un bébé impotent, jugeons alors que l´hôpital, dont il sort, se fout bien de cette charité !!
Jeudi 15 août 2002
Après une nuit réparatrice, la première depuis le 7 au soir, si je compte bien, je suis réveillé par une odeur de café... je saute tête première dans un pantalon, et me rue dans la salle à manger du rez de chaussée. La préposée courtoise mais disciplinée, me fait remarquer qu´ il ne m´ est pas possible d´accéder au buffet si je ne suis pas muni de l´indispensable ticket jaune clair, sésame d´entrée incontournable, pour lequel Ikeda san nous a pourtant bien averti, et que j´ai portant soigneusement préparé en conséquence, la veille avant de m´endormir... Le fumet persistant du café doit me troubler au point que je ne parviens pas à mettre la main sur ce passe partout. Je remonte dans ma chambre, que je retourne. Le ticket est en fait jaune foncé, à la place exacte où je suis allé le chercher en premier lieu, dans mon passeport au fond de ma poche !! Après un copieux petit déjeuner au cours duquel Alain fait l´objet d'une drague en règle par quelques minettes audacieuses, nous voilà partis avec Sensei et Ikeda san pour visiter Tokyo. La première chose à faire, avant de voir quoique cela soit, est d´aller retirer un peu d espèces dans une banque. Celles-ci sont ainsi organisées, qu´elles accueillent la clientèle dans un grand hall entrée muni de banquettes, comme au cinéma, un grand écran de fer masquant les guichets. A neuf heures tapantes, le garde armé de la banque, portant casquette et uniforme, se met au garde à vous, crie un slogan, alors que se lève automatiquement le rideau, dévoilant les employées en uniforme debout devant leur poste de travail. L'appel des clients se fait selon un numéro papier prélevé dans une machine. Le change peut également s´effectuer automatiquement, dans des distributeurs réservés à cet effet. Alain rencontre le problème selon lequel la somme qu´il veut changer nécessite trois opérations avec le même distributeur, qui, une fois ajoutées , lui délivrera l´autorisation de se rendre à la poste, ou ses espèces lui seront remises. Là, le procédé me paraît un peu lourd, surtout pour des étrangers !
Ces trois opérations successives au distributeur nécessitent de surcroît, l´aval des directeurs de la banque, qui nous reçoivent courtoisement et collégialement dans un bureau privatif. Comme il semble que cette banque soit celle de LAYUP, les ambiguïtés sont vite levées. Il est près de 10h00 quand Alain obtient son argent.
Nous remontons, très rapidement, dans notre Mitsubishi pour nous rendre au PALAIS IMPERIAL , où réside L´Empereur du Japon et sa famille.
La circulation est relativement fluide et favorisée par un déploiement important de policiers.
Nous apprenons que cette date correspond à celle, honorifique, de l´anniversaire de la capitulation du Japon, lors de la seconde guerre mondiale. Ikeda san doit faire face aux pires difficultés pour trouver l´ accès aux places de parking les plus proches possibles du magnifique parc où se niche notre but d'excursion.
Une fois casés, nous nous rendons à pied au Palais impérial, à travers d immenses et somptueux squares urbains parfaitement entretenus, d´où se dégage, malgré la proximité du trafic urbain, une sérénité venue d´ailleurs. Le Palais impérial est une énorme battisse de style « grosse pagode » fort bien conservée, entourée de douves profondes, à laquelle on ne peut accéder que par quelques pont suspendus, férocement gardés par des guérites truffées de sentinelles, dont la détermination se déchiffre, même à cent mètres de distance, au vu de la perfection et de l´ immobilité de leur posture et de leur regard... Il n´est malheureusement, ou heureusement, en l´occurrence, pas possible de pénétrer à l´intérieur de ce bâtiment légendaire. Nous le photographions sous toutes ses coutures en profitant de la beauté du site. C'est alors qu´arrive au pas cadencé une troupe d environ quinze personnes, que nous avions déjà remarqué en sortant du parking, et que nous avions pris pour des policiers en civil, compte tenu de leur rigueur vestimentaire commune, de leur air paramilitaire. Ils s´alignent impeccablement face au Palais, et au signal de celui qui semble être leur chef, saluent guturalement de concert, l´Empereur, le Palais, déployant le drapeau blanc au soleil rouge. Ils repartent comme ils étaient venus, manipule guerrière au port altier, nostalgique de l'ordre serré de temps révolus... Ikeda san, s'approchant de nous, attend qu´ils soient à distance respectueuse pour nous expliquer qu´il s'agit là de représentants d´un groupe politique d´extrémistes, fanatiques de l'Empereur, de l´Empire, de ses gloires et honneurs passés, venus témoigner leur attachement en ce jour historique. Le spectacle est à la fois inquiétant, dans la mesure où il est évident que n´importe lequel de ces fanatiques donnerait sa vie pour une insulte au drapeau... il est également touchant de par la force mentale collective de ce bloc humain... Nous reprenons notre bolide plus que jamais bondissant, pour nous rendre au Kodokan centre mondial historique des Arts Martiaux Traditionnels Japonais. En sortant du parking, Alain nous fait remarquer à proximité, l´étrangeté d´un véhicule industriel, au pare-brise protégé par du grillage serré, équipé de pare buffles, et d´ une carrosserie blindée. A l´intérieur, nous pouvons en apercevoir les occupants, hiératiques, aux regards braqués comme des armes de gros calibre... Des inscriptions en kanji attestent de l´ appartenance de ce panzer au groupuscule d'extrémistes côtoyé au Palais impérial. Il ne s agit plus de Shoguns, mais de « chauds guns »...
Nous arrivons au Kodokan ; la circulation devient de plus en plus difficile, ceci étant semble-t-il dù au fait que cette journée commémorative fait l´objet d'une cérémonie officielle dirigée par l´Empereur en personne. Nous approchons du centre des Arts Martiaux, à proximité duquel un déploiement de policiers, de gendarmes, de militaires et d´officiels en tenue d'apparat, communiquent nerveusement par talkies et portables.
Après qu´Alain ait montré « patte blanche », nous pouvons nous garer dans un immense parking contigu au Kodokan. Le bâtiment, de facture architecturale moderne, ronde, comportant plusieurs niveaux, donne une impression de majesté moderne empreinte toutefois d'un zeste de tradition. C´est sans doute pour toutes ces raisons que l´Empereur a choisi cet endroit pour célébrer cet anniversaire ; il est considéré comme un des plus vastes à Tokyo... Ikeda san le comprend, apercevant, près de l'entrée principale, des officiels en queue de pie, qui ne s'étaient sans doute pas fendus de cette tenue pour nous faire l´honneur d une fanfare et d'une haie d´honneur, avec nos shorts, nos appareils photos et notre « bras cassé&nbs